Hainan et les marchands hainanais dans les sources vietnamiennes 
Nguyễn Thế Anh -
 
Ecole Pratique des Hautes Etudes, Sciences Historiques et Philologiques.

  ( pp. 179-193)                               Située entre le Golfe du Tonkin à l’ouest et la mer de Chine, à une vingtaine de kilomè­tres du continent chinois dont elle est séparée par le détroit de Qiongzhou, l’île de Hainan avec ses 34.000 km² occupe une position stratégique de la plus haute importance pour le contrôle du trafic maritime de cette partie de l’océan Pacifique. Elle était pourtant restée jusqu’à la seconde partie du XIXè siècle encore assez largement inconnue du monde extérieur; sa mauvaise réputation de repaire de pirates avait par surcroît contribué à détourner d’elle les courants du commerce maritime, les navires ne l’abordant que quand cela s’avérait absolu­ment nécessaire. [1] Il n’était pas possible du reste, selon un rapport consulaire britannique de l’époque, pour les vaisseaux de plus de dix pieds de tirant de s’approcher à moins de trois milles de son principal port, Haikou, qui ne pouvait accueillir que des sampans à fond plat. [2]

La proximité avait dû cependant faciliter la fréquence et la régularité des relations entre les côtes vietnamiennes et Hainan, que les Vietnamiens, sans doute pour éviter toute confu­sion avec le terme Hải Nam qu’ils utilisaient parfois eux-mêmes pour désigner l’aire méridio­nale de leur espace maritime, appelaient traditionnellement Quỳnh-Châu, prononciation vietna­mienne du nom de la préfecture de Qiongzhou qui constituait la circonscription admi­nistrative de l’île de Hainan. [3] Confrontés à la violence des courants et des tempêtes fréquen­tes dans ces eaux, les voyageurs occidentaux ne manquaient pas de se féliciter de cette proxi­mité: par exemple, le P. Cabral, Visiteur de la Compagnie de Jésus, écrivait qu’en janvier 1647, après avoir mouillé à Hainan, il fit route vers le Tonkin «distant de 60 ou 70 lieues, en partie le long de la côte de l’île, le reste à travers le golfe. Nous les avons parcourues en 48 heures, car le vent était portant». [4] Reconnaissant l’île au début de 1717, le navigateur Le Gentil de La Barbinais disait d’ailleurs que sa «vue est nécessaire pour s’assurer du passage entre le Para­cel et la côte de la Cochinchine. Le Paracel est un banc de rochers qui s’étend fort loin, et dont l’approche est très dangereuse.» [5]
Les marins chinois, qui avaient toujours pêché et commercé sur les côtes de l’ancien Tonkin, [6] connaissaient parfaitement les distances à parcourir. Entre autres, le docu­ment Annan tuzhi rédigé par Deng Zhong sous les Ming contient un passage qui donne les relève­ments de la route maritime du Fujian aux côtes du Viêt-Nam et la durée du voyage:

Si le navire part du Guangdong, le comptage se fait à partir de Dongjiangshan, et il arrive à Yundunzhou [Vân-Ðồn Châu] en juste 50 geng. [7] Si le navire part de Hainan, le comptage se fait à partir de Limushan, et il arrive à Yundunzhou [Vân-Ðồn Châu] en juste 30 geng. [8]

  De même, rapportant ce que lui relatèrent des marchands cantonais, le philosophe et homme d’Etat viet­namien du XVIIIe siècle Lê Quý Ðôn nous dit qu’il ne fallait que trois jours et trois nuits à une jonque bénéficiant de vents favorables pour relier Canton aux côtes du Vietnam du Centre, et seulement un jour et deux nuits pour naviguer de Canton aux marchés du Viet­nam du Nord. L’île de Hainan lui apparaissait ainsi comme le repère de navigation dans la mer de Chine: il comparait la route maritime à la circonférence d’un récipient, avec «le zhou de Qiongyai au centre, les provinces de Yên-Quảng, Hải-Dương, Sơn-Nam se situant à gau­che, et celles de Thuận-Hóa, Nghệ-An, Thanh-Hóa à droite, tandis que, diamétralement oppo­sés, Canton et le Quảng-Nam [avec son port de commerce international Faifo, aujourd’hui Hội-An] sont à égale distance.» [9]

Toutefois, en dépit de cette relative contiguïté, Hainan ne semble guère attirer les Viet­namiens, [10] dont un nombre infime se trouve éparpillé sur la côte méridionale, [11] très peu par rap­port aux Fujianais qui vivent sur les côtes nord et nord-est, et n’entretenant selon toute appa­rence aucun rapport avec les Li, les plus nombreux parmi les minorités ethniques qui compo­sent la population hainanaise. Les Li vivent dans le centre, où se dresse le mont Wu­zhishan [12] culminant à 1879 mètres, et dans le sud. Outre leur nom Li en mandarin, ils sont aussi appelés Loi, Le, Lay, Moi, et même Dli, B’li, S’lay, B’lay ou M’lay dans d’autres lan­gues; [13] ils appar­tiennent au sous-groupe linguistique Kadai. Une tradition transcrite à l’époque des Song rapporte que la Mère des Li (Limu) naquit d’un œuf transporté dans les montagnes par l’Esprit du Tonnerre, et qu’elle se maria ensuite avec un homme du Jiaozhi qui avait traversé la mer pour venir chercher des aromates. De cette union était issue une innom­brable descen­dance, ce qui explique, selon les textes chinois, que les Li, «provenant d’un œuf, appartien­nent à la race des oiseaux et des bêtes», et «leur disposition naturelle étant distincte des êtres humains, ils sont restés depuis les temps anciens jusqu’à aujourd’hui non influencés par la civilisation impériale.» [14]

Tout en suggérant une certaine communauté d’origine entre la population aborigène de Hainan et certains peuples habitant le Viêt-Nam ancien, ce mythe rappelle curieusement la légende vietnamienne d’Âu Cơ donnant naissance à cent œufs, d’où sortirent les ancêtres des Bách Việt (Cent Yue). Or, aussi surprenant que cela puisse paraître, aucun auteur vietnamien ne semble avoir eu connaissance de ce conte, pour lequel on se serait attendu à quelque intérêt de la part de lettrés toujours à l’affût de ce qui sortait de l’ordinaire. La raison de cette indiffé­rence doit être recherchée, à mon sens, moins dans le sentiment de persuasion confucéenne qui postulait la supériorité du «civilisé» sur le «barbare» telle qu’elle est sous-entendue dans la citation susmentionnée, que dans la volonté d’occulter des souvenirs qu’on aurait plutôt souhaité effacer: parmi les troupes mongoles de Toghan qui envahirent le Viêt-Nam en 1287, les Li comptaient en effet pour 15.000 hommes sur une force totale de 91.000 soldats envoyés par les Yuan, comme le notent minutieusement les chroniques officielles. [15]

En temps ordinaires cependant, les autorités vietnamiennes eurent très souvent affaire à l’administration locale de Hainan pour le règlement de questions relatives à la navigation dans le golfe du Tonkin, comme le secours porté aux équipages chinois ayant fait naufrage sur les côtes vietnamiennes et leur rapatriement, [16] ou les contestations soulevées par l’exploitation des ressources naturelles, et surtout les empiétements frontaliers et les actes de piraterie per­pétrés de part et d’autre. Les Ming shilu font observer à diverses reprises que la population des régions côtières du Viêt-Nam avait pris l’habitude d’aller pêcher les perles dans les eaux chi­noises et de vendre le produit de leur pêche aux marchands de la sous-préfecture de Qin et du Lianzhou; une référence de 1457 précise même qu’une flottille de 150 bateaux vietnamiens s’était rendue illicitement sur les bancs d’huîtres perlières au large du Guangdong. [17] Les cho­ses prirent parfois une mauvaise tournure: ainsi, en novembre 1470, une ambassade fut envoyée par Lê Thánh-tông à Yanjing pour élever des récriminations sur le pillage des bancs d’huîtres perliè­res du Viêt-Nam et des empiétements territoriaux. [18] Du côté chinois, on opposa aux ambassa­deurs vietnamiens que c’étaient au contraire des forbans vietnamiens qui, à bord de grands vaisseaux à deux mâts, avaient traversé la mer pour aller piller les huîtrières et les marchandi­ses de commerçants, que les préfectures côtières de Qiongzhou et de Leizhou s’étaient plain­tes des incursions fréquentes de ces pirates dans le but d’enlever des gens et du bétail. [19] En septembre 1567, les Chinois reconnurent néanmoins eux-mêmes les méfaits de leurs pirates Lin Daoqian et Liang Youchuan qui, sillonnant la mer dans de grands vaisseaux avec plus de 3.000 hommes, firent de fréquentes incursions dans le Leizhou et le Qiong­zhou. [20] Mais c’est en 1690 que la crise s’aggrava brusquement, ce que note le passage suivant des annales viet­namiennes:

1690, été, 4e lune. Les pirates de la région de Yên Quảng, Phương Vân Long [Fang Yunlong] et Tân Ấn Sủng [Xin Enchong] occupaient les marécages de Vạn-Ninh et se livraient au pil­lage. Le général gouverneur du Long-Môn [Longmen], Diệp Thắng [Ye Sheng], avait écrit pour proposer une répression en commun. Trịnh Huyên fut envoyé à la tête d’une armée. Ấn Sủng et plus de deux cents de ses comparses furent capturés et convoyés à Long-Môn. Huyên s’étant retourné, Thắng prétexta encore de la poursuite des bandes pour pénétrer dans les dis­tricts de Tiên-Yên et Hoành-Bồ, exigeant des provisions d’une population pour laquelle l’aggravation de la situation était devenue insoutenable. Le seigneur Trinh fit écrire au gou­verneur général des deux Guang pour qu’il rapportât au souverain Qing. Thắng finit par être condamné à la décapitation. [21]

Le problème de la piraterie allait du reste demeurer un mal chronique, jamais résolu, les jonques pirates disparaissant facilement dans les nombreuses criques où il était impossible de les pour­suivre. Jusque dans les premières décennies du XXe siècle, la jonque préférée des pirates était une embarcation qui tirait son nom prononcé à la vietnamienne «Hồ Nam Tiên» de la loca­lité de l’île de Hainan où elle était cons­truite. Bâtiment de moyen tonnage, à un mât (mais complété par un léger mâtereau d’artimon), cette embarcation était réputée comme une des meilleures marcheuses du Golfe du Tonkin. C’est avec elle surtout que les pirates, utili­sant les moindres courants d’air et d’eau du détroit de Hainan et des cachettes de la baie de Hạ-Long, venaient écumer les côtes du Vietnam du Nord. [22]

Quant aux marchands de Hainan, ils étaient soumis comme ceux du Fujian et du Guang­dong à un contrôle rigide de leurs mouvements. Dès la seconde moitié du XIIe siècle, la place de Vân-Ðồn fut établie sur une île située à quelque 50 km à l’est de la ville de Hải-Phòng d’aujourd’hui pour permettre à ces marchands de se livrer à leur négoce. [23] Cet emplacement fut choisi dans le but spécifique d’empêcher les étrangers de pénétrer à l’intérieur des terres. Vân-Ðồn ne tarda toutefois pas à devenir un grand centre de commerce international, ce qui fait que les articles 615 et 616 du Code des Lê (Quốc Triều Hình Luật) [24] mentionnaient expres­sément ce centre et les marchandises venant de Chine pour ce qui concerne la régle­mentation de la résidence des étrangers et du commerce avec eux. Mais, après avoir joué pen­dant plusieurs siècles un rôle prééminent dans le commerce extérieur avec les Chinois, l’île de Vân-Ðồn vit son importance diminuer sensiblement au XVIIe siècle. Phố-Hiến, port fluvial sur le fleuve Rouge en aval de la capitale Hà-Nội, devint alors la grande place de commerce du Viêt-Nam du Nord avec les étrangers, attirant des marchands de diverses nationalités. Des décrets furent promulgués en 1650, 1663, 1687, 1696 pour réglementer strictement le statut des résidants étrangers, autorisant les marins en escale et les commerçants à demeurer seule­ment en certains lieux. Celui de 1764 qui rappelait les dispositions prises antérieurement sur les lieux de résidence assignés aux marchands chinois venus au Viêt-Nam mentionnait les districts de Vân-Ðồn et de Vạn-Ninh (dans la province de Quảng-Yên), Cần-Hải, Hội-Thống, et Triều-Khẩu (dans la province de Nghệ-an). [25]

Comme les textes ne font pas de distinction entre les provinces d’origine des marchands chinois, nous ne disposons guère de renseignements précis sur les activités des gens de Hai­nan dans le Nord du Viêt-Nam pendant cette période. Mais une histoire étrange relatée par Lê Quý Ðôn dans son ouvrage Notes des choses vues et entendues (1776-1777) [26] peut permettre, pensons-nous, d’émettre par extrapolation quelques hypothèses sur le rôle que les Hainanais auraient éventuellement joué dans le développement économique des provinces vietnamien­nes du littoral du Golfe du Tonkin. Lê Quý Ðôn raconte en effet qu’en 1699 d’innombrables pièces de monnaie thông bảo [tongbao] arrivèrent de Qiongzhou par la voie des airs, remplis­sant le ciel tous les jours de midi à 6 heures du soir, pendant deux mois de suite, et que ce phénomène extraordi­naire coïncida avec une période de prospérité économique sans pareille pour certains districts des provinces de Nam-Ðịnh, Thái-Bình, et Hải-Dương. Mais au XVIIIe siècle, une période de marasme s’ensuivit, à cause d’une disette générale de moyens de paie­ment. Et Lê Quý Ðôn de rapporter que le grand mandarin Nhữ Công Toản, originaire lui aussi de Hải-Dương, fit l’expérience du même phénomène de monnaies volantes lorsque, au cours d’un voyage à la capitale en 1737, il vit arriver dans l’air de nombreuses pièces ; les ramas­sant, il se rendit compte qu’elles portaient les inscriptions Yuantong, Honghua, Liyong (seconde moitié du XVIIe siècle), avant qu’elles ne tombassent en poussière en un clin d’œil. Rap­portant ce fait, l’intention de Lê Quý Ðôn avait été sans doute de livrer à ses lecteurs une réflexion sur la fugacité des biens de ce monde. Il reste néanmoins que sa parabole reposait sur quelque chose de bien réel, à savoir l’évolution économique de toute une région, à laquelle les gens de Hai­nan ne sem­blaient pas étrangers.

  Ce sont les Nguyễn qui, en effectuant le classement des résidants chinois par leur lieu d’origine pour constituer des subdivisions groupant les gens natifs de la même province de Chine et parlant le même dialecte, nous donnent la possibilité de distinguer plus nettement les Hainanais des autres ressortissants de l’Empire du Milieu opérant au Viêt-Nam. [27] Après qu’une ordonnance de 1790 eut fait procéder au recensement des Chinois se trouvant dans le territoire de Gia-Ðịnh en les classant d’après leurs provinces respectives, [28] au début du règne de Gia-Long les principes de l’administration particulière des collectivités chinoises furent précisés pour réglementer le régime suivant lequel elles devaient se grouper en corps spéciaux appelés bang (ce que plus tard l’administration coloniale française allait traduire par «congré­gation»). Il devait y avoir dans chaque localité autant de bang que de groupes ethnolinguisti­ques différents: il semble qu’il y avait eu jusqu’à sept bang, Guangdong, Fujian, Hakka, Chaozhou, Fuzhou, Hainan et Qiongzhou (les deux dernières dénominations tendraient peut-être à marquer les différences dialectales des Hainanais), mais d’une manière générale, il n’était question que de cinq congrégations (les ngũ bang), celles de Guangdong, de Chao­zhou, de Fujian, de Hainan et des Hakkas.

Les navires marchands chinois devaient aussi acquitter les taxes d’entrée et de sortie calculées suivant leur provenance. Ces taxes avaient été remaniées à différentes reprises. Jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, les diverses redevances perçues à l’entrée étaient de 4.000 ligatures pour les jonques de Macao et du Japon, de 3.000 ligatures pour celles du Guangdong et de Shanghai, de 2.000 ligatures pour celles du Fujian, et de 500 ligatures pour celles de Hainan. [29]  Un remaniement de ces droits d’entrée eut lieu en 1789, à partir de laquelle date les jonques de Hainan devaient acquitter 650 ligatures, celles du Chaozhou 1.200 ligatures, celles du Fujian 2.400 ligatures, et celles du Guangdong et de Shanghai 3.300 ligatures. [30] Mais c’est en 1820 que fut généralisé l’usage, adopté dès 1809 semble-t-il pour le port de Saigon, [31] de calculer les droits portuaires d’après la largeur des vaisseaux. Selon ce nouveau tarif, dans le port de Saigon les jonques de Qiongzhou et de Leizhou en particulier avaient à payer 105 ligatures par coudée (thước) pour celles mesurant entre 14 et 20 coudées de large, 55 ligatures par coudée pour celles mesurant entre 10 et 13 coudées, et 20 ligatures pour celles mesurant entre 7 et 9 coudées. [32] Ces droits étaient beaucoup moins élevés que ceux frappant les jonques marchandes venant d’autres régions de Chine, [33] car en règle générale Hainan était considéré comme une contrée à produits de faible valeur commerciale, et on estimait de bonne politique de soumettre les marchands hainanais au paiement de taxes plus légères que ceux venus d’ailleurs. Cela n’avait pas manqué de provoquer des fraudes, par exemple en 1811, lorsque des Cantonais affrétèrent des bateaux hainanais pour essayer de se soustraire aux droits qu’ils devraient normalement acquitter. [34] C’est pourquoi des instructions furent répétées à différen­tes reprises pour soumettre les jonques de Hainan aux droits afférents aux marchands d’autres régions, s’ils se faisaient transporter par elles. [35]

Des témoignages d’Occidentaux heureusement assez détaillés nous permettent de nous rendre compte du dynamisme déployé par les Hainanais au Viêt-Nam. Ainsi, dans le Journal de l’ambassade Macartney (1793) est mentionnée la présence d’un mandarin militaire, d’origine chinoise de la région de Canton et ayant commencé sa carrière comme négociant faisant commerce avec l’île de Hainan, puis de là avec le Viêt-Nam méridional, qui, par sa science «de beaucoup de choses pas bien connues des gens de Cochin Chine, avait été nommé précepteur du jeune roi.» [36] Thomas Wade, l’envoyé en 1855 du ministre plénipotentiaire de la Grande-Bretagne en Chine, John Bowring, rapporta dans son mémorandum qu’un marchand chinois originaire de Qiongzhou, en résidence au Vietnam depuis dix ans, lui ser­vait d’interprète auprès des fonctionnaires vietnamiens; [37] il dit en outre qu’il y avait plusieurs marins hainanais parmi les Chinois se trouvant à «Shunan» [Thuận-an]. [38]

Mais c’est l’envoyé de l’East India Company, John Crawfurd, qui fournit un tableau très complet du commerce du Viêt-Nam avec l’empire chinois aux alentours de 1822. [39] Montrant que ce commerce était conduit principalement avec Kẻ Chợ (Hanoi), Saigon, Huê et Faifo, et accessoirement avec des ports secondaires du Viêt-Nam du Centre, il indique que, de par la nature du régime des moussons, seulement un voyage annuel était possible, mais la proximité et les positions relatives du Tonkin, de Hainan et de Canton permettaient deux voyages par an. Il donne enfin des chiffres très précis pour les mouvements de ce commerce:

Port de Kẻ Chợ au Tonkin

De l’île de Hainan, 18 jonques jaugeant chacune 2.000 piculs [40] .…  36.000
De Canton, 11 jonques jaugeant chacune 2.250 piculs……………............. 24.750
Du Fujian, 7 jonques jaugeant chacune 2.250 piculs………………………... 15.750
Du Zhejiang, 7 jonques jaugeant chacune 2.500 piculs……………………... 17.500

 
Port de Saigon

De Hainan, 20 jonques jaugeant chacune 2.250 piculs……………………… 45.000
De Canton, 2 jonques jaugeant chacune 6.000 piculs……………………….. 12.000
Du Fujian, 1 jonque jaugeant chacune 7.000 piculs..………………………....  7.000
Du Zhejiang, 7 jonques jaugeant chacune 6.500 piculs……………………..  45.000

 
Port de Faifo

De Hainan, 3 jonques jaugeant chacune 2.750 piculs………………………..  8.250
De Canton, 6 jonques jaugeant chacune 3.000 piculs………………………. 18.000
Du Fujian, 4 jonques jaugeant chacune 3.000 piculs………………………...12.000
Du Zhejiang, 2 jonques jaugeant chacune 2.500 piculs……………………..   5.000

Port de Huê

De Hainan, Canton, Macao et des provinces du Nord, en général 10 jonques
jaugeant chacune en moyenne 3.000 piculs…………………………………  30.000

 
Ports secondaires

Des différents ports de Chine,  18 jonques jaugeant chacune environ
2.000 piculs………………………………………………………………….....  36.000

  Total (piculs)….......  .. 312.250

D’après ces chiffres, vers 1821-1822 quelque 19.000 tonnes de marchandises étaient donc introduites chaque année par les commerçants chinois dans les ports vietnamiens, et Hainan entrait pour un tiers environ de ce total, ce qui permet en quelque sorte de préjuger de la part importante que ses marchands prenaient dans les mouvements du trafic maritime, en dépit de la taille relativement plus petite de leurs embarcations.

Il est hors de doute que les affaires des marchands hainanais marchaient bien au Viêt-Nam, même si elles ne pouvaient égaler celles des Hokkiens en termes de capitaux, et concer­naient les marchandises aussi prosaïques que les porcs de Hainan, appartenant à une espèce particulière à l’île au dos noir et au ventre blanc, et constituant le grand article d’exportation du pays [41] . Un auteur dépeint ainsi le port de Huê, Bao-Vinh: «Non loin, reposent sur leurs ancres de bois d’autres jonques chinoi­ses, d’apparence plus rustique, et aux flancs rebondis, d’où s’exhalent des odeurs et des gro­gnements significatifs: ce sont celles qui importent à Bao-Vinh des porcs d’élevage venant de Hai-nan. Elles repartent ensuite avec un chargement de peaux, de vieux os et des ballots de noix d’arec.» [42]

La réussite économique des Hainanais s’affiche encore aujourd’hui dans la profusion des panneaux décorant leur temple à Cholon, qui est aussi le siège de leur congrégation (Qiongfu huiguan). [43] Communément appelé «Pagode de la Dame de Hainan», il est principale­ment consacré au culte de Tianhou, la «Reine du Ciel» du Fujian. Il a été érigé pro­bablement dans les années 1820, si l’on en croit la grande clo­che portant l’inscription «Dao­guang dinghai» (1827) et le jeu d’armes d’apparat de 1828 qu’il renferme. [44]

Mais cette réussite avait aussi provoqué, semble-t-il, un épisode dramatique en 1851, lorsque trois navires transportant des commerçants hainanais furent coulés par la marine royale dans la rade de Qui-Nhơn sur la présomption d’exercice de la piraterie. [45] 108 hommes y trouvèrent la mort, les «108 frères» qui allaient être vénérés comme des esprits bienveil­lants, exauçant les prières à leur adressées, à tel point que des temples leur ont été érigés dans tous les pays d’Asie du Sud-Est fréquentés par les Hainanais. [46] A Huê, c’est la pagode Chiêu Ứng Từ (Temple du Secours éclatant), construite en 1887 puis refaite en 1908. [47]

Après que la Cochinchine fut devenue française, les Hainanais se trouvèrent parfois entraînés, comme les Chinois d’autres congrégations d’ailleurs, par la cour de Huế dans des tentatives de subversion qu’elle s’efforça d’y mener contre l’administration française. Les autorités françaises de Cochinchine interceptèrent en effet au début de 1883 une lettre adres­sée par l’empereur Tự Đức au chef de la congrégation de Hainan à Cholon, Lu Hoang, l’invitant à recueillir des renseignements sur l’état d’esprit et l’attitude des populations cochinchinoises à la suite des événements récents. [48] Il fut prouvé que Lu Hoang était chargé, sous le couvert de tractations commerciales, de la transmission de la correspondance avec les différentes provinces des consuls représentant la cour de Huế à Saigon. De ce fait, décision fut prise le 22 juin 1883 par le gouverneur de Cochinchine d’interner Lu Hoang au pénitencier de Poulo Condore. [49]  

Cependant, les Hainanais ne changèrent pas beaucoup à leurs occupations habituelles, sous la colonisation française. On connaît le cas assez exceptionnel d’un gros commerçant de Faifo nommé Tôn Xương Ký, de la congré­gation de Hainan, qui afferma de 1910 à 1920 l’exploitation des nids de salanganes contre 15.600 piastres de redevance annuelle pour les trois provinces de Quảng-Nam, Bình-Ðịnh et Khánh-Hòa. [50] Mais surtout, les marchands haina­nais prirent une part active dans la mise en valeur économique de la région de Cà-Mâu. En effet, pour éviter la turbulence des courants de la pointe de Cà-Mâu, les jonques de Hai­nan, de Hong Kong et de Singapour avaient pris l’habitude de couper à travers l’extrémité de l’ancienne Cochinchine en empruntant certains de ses cours d’eau pour passer de la Mer de Chine au Golfe du Siam et vice versa. Cet itinéraire a maintenu jusqu’à une époque récente une zone de commerce maritime régional, englobant le Viêt-Nam, la Thailande, la Malaisie et l’Indonésie, et distincte du grand commerce international centré sur le port de Saigon. Le tra­fic, qui animait les ports de Cà-mâu, Rạch-giá et Hà-tiên, portait sur des quantités de mar­chandises relativement faibles, mais primordiales pour la vie économique locale. [51] Un rapport d’un administrateur de la circonscription de Cà-Mâu contient ce passage court mais tout à fait instructif: «[A Cà-Mâu] une forêt de mâts dont les flammes multicolo­res claquent au vent, ce sont les jonques d’Hainam, de Kampot, d’Hatien et de Rach­gia…Chaque année, au moment de la mousson du Nord-Est, les jonques arrivent d’Hainam, elles portent comme lest en venant de Chine une pacotille de peu de valeur, composée de chapeaux en bambou, de nước mắm ; elles prennent le poisson salé et la saumure, et rappor­tent en échange, du pétrole, des tissus anglais et de la noix d’arec… [Les Chinois] se sont installés partout où se trouvait une agglomération de quelque importance… Au nombre de trois cents environ, ils appartiennent à trois agglomérations principales, ayant chacune un chef à leur tête. Ce sont: Phước-kiến [Fu­jian], Triều-châu [Chaozhu], et Hainam; aucun d’eux n’est inscrit sur le rôle de l’impôt fon­cier, mais ils ont accaparé tout le commerce de la région à l’exception de celui du bois, et sont seuls en relation avec Singapore.» [52] Deux pièces adressées par le tri phủ de Cà-Mâu à l’Administrateur des Affaires indigènes donnent des précisions supplémentaires (elles sont accompagnées de la note: «Les jonques embarquaient principalement les crevettes et les pois­sons séchés et salés, le charbon de bois, la cire et aussi du paddy.»): [53]

   

- Rapport du 2 mars 1900

Une jonque de Singapore, par Rạch-giá, à destination de Hải-nam, avec 14 hommes d’équipage et 3 passagers
Cargaison :  103 pièces d’étoffe bleue d’une valeur de     300$
2 paniers de calebasses2$50
2 petites théières rouges                       2$50
5 chaudrons en couleur                        10$
2 sacs de pétards en bambou                2$
100 planches d’une longueur de 5m       42$
de l’argent liquide                                100$

- Rapport du 15 mars 1900

Une jonque de Hải-nam venant de Singapore et ayant passé par Rạch-giá

- 10 hommes d’équipage
-  30 touques de pétrole
- 2 sacs de noix d’arec sèches
- 1 000 piastres d’argent liquide

  En guise de conclusion, on doit dire que le commerce tel qu’il était pratiqué par les mar­chands hainanais au Viêt-Nam n’était guère susceptible de laisser des traces écrites, et ne sau­rait engendrer des récits de voyage riches d’aperçus dans le genre de ceux qu’a étudiés Clau­dine Salmon. [54] Pour pouvoir l’appréhender dans toute sa réalité, il faudrait sans doute faire appel à d’autres sources, et surtout conduire des investigations plus fouillées, auxquelles on ne peut nullement prétendre dans le cadre de ce court article.

  
Nguyễn thế Anh



[1] B. C. Henry, Ling Nam or interior view of southern China, including explorations in the hitherto untraversed island of Hainan (London: 1886), p. 326.

[2] Voir P. D. Coates, The China Consuls. British Consular Officers, 1843-1943 (London: Oxford University Press, 1988).

[3] Subordonnés à Qiongzhoufu étaient les zhou de Yai (correspondant à la commanderie de Yaizhou – Côte des Perles – établie sous la dynastie des Han et ainsi nommée parce que c’était une région productrice de perles), de Wan et de Dan, noms prononcés en vietnamien respectivement Nhai, Vạn et Ðan.

[4] Cité par Pierre-Yves Manguin, Les Portugais sur les côtes du Viêt-Nam et du Campa (Paris: Pub. de l’EFEO, 1972), p. 115, note 1. Voir aussi Cl. Madrolle, Hai-Nan et la côte continentale voisine (Paris: Challamel, 1900), pp. 65-66.

[5] Le Gentil de la Barbinais, Nouveau voyage autour du monde, avec une description de l’Empire de la Chine beaucoup plus ample et plus circonstanciée… (Paris: 1728), III, p. 7.

[6] Faut-il rappeler que sous la domination chinoise, jusqu’en 939, le pays vietnamien ou Jiaozhi (Giao-Chỉ) formait avec le Guangdong et le Guangxi la province de Jiaozhou (Giao-Châu) qui était devenue, une fois établies les relations commerciales et politiques entre la Chine et les mers du Sud, le terminus du com­merce internatio­nal ? Cf. Wang Gungwu, “The Nanhai Trade”, Journal of the Malaysian Branch of the Royal Asiatic Society, 31 (1958), pp. 1-135; Nguyên Thê Anh, “Indochina and the Malay World: A Glimpse on Malay-Vietnamese relations to the Mid-Nineteenth Century”, Asia Journal (Center for Area Studies, Seoul National U.), 3,1 (1996), pp. 105-131. Voir aussi Roderich Ptak, “From Quanzhou to the Sulu Zone and Beyond: Questions Related to the Early Fourteenth Century”, Journal of Southeast Asian Studies, 29,2 (Sept. 1998), pp. 269-290.

[7] Un geng (veille) était une mesure de temps/distance équivalente à environ deux heures et 60 li.

[8] Cité par Tatsurō Yamamoto, “Vân-đồn. A Trade Port in Vietnam”, Memoirs of the Research Department of the Toyo Bunko,  39 (1981), p. 8. Voir encore: Ma Huan, Ying-Yai Sheng-Lan. ‘The Overall Survey of the Ocean Shores’, translated and edited by J.V.G. Mills (London: Cambridge University Press), 1970.

[9] Lê Quý Ðôn, Phủ Biên Tạp Lục [Mélanges sur les marches], Lê Quý Đôn toàn tập [Œuvres complètes de Lê Quy Dôn] (Hanoi: NXB Khoa Hoc Xã Hôi, 1977), I, p. 234-235.

[10] A la suite de bouleversements politiques, certains hauts personnages vietnamiens se seraient réfugiés dans l’île de Hainan, comme ce descendant de la dynastie usurpatrice des Mạc, Mạc Đǎng Thận, qui lors de la reprise de la capitale par les Lê en 1592 serait parti s’installer à Hainan, emportant avec lui les restes de ses premiers aïeux. L’auteur auquel nous devons cette indication, Đinh Khắc Thuân (Contribution à l’histoire de la dynastie des Mạc [1527-1592] du Viêt Nam, thèse de Doctorat, Paris: EHESS, 2000, p. 157), n’a malheureusement pas fourni plus de précision sur cette donnée ; la généalogie de la famille Phạm dont il affirme tirer son renseignement n’est en tout cas pas celle de la famille Phạm de Hải-Dương (Phạm tộc gia phả, manuscrit  A.1646 de l’Institut Han Nôm de Hanoi, et A.2420 de l’Ecole française d’Extrême-Orient), descendante d’un immigré chinois du Guangdong, et comptant parmi ses membres des gens illustres, tel que Phạm Sư Mạnh, grand homme d’Etat du XIVe siècle.

[11] Edward H. Schafer, Shore of Pearls (Berkeley: University of California Press, 1970), p. 57.

[12] Cette chaîne montagneuse des «Cinq doigts» s’appelle encore la chaîne de Limu – le commentaire suivant donne l’origine de cette appellation: «De cette montagne on voit l’étoile Wunü, aussi lui donna-t-on le nom de Liwu qui, plus tard, fut altéré en Limu.» Cf. Zhang Xie, Dongxiyang kao (Beijing: Zhonghua shuju, 1981), chap. 9, p. 172.

[13] Schafer, Shore of Pearls, pp. 56-59.

[14] Henry, Ling Nam or interior view of southern China, p. 397.

[15] «Les Yuan prirent dans les trois provinces de Jianghuai, Huguang et Jiangxi en tout 70.000 soldats et 500 jonques, dans la province du Yunnan 6.000 soldats, et dans les quatre zhou d’outre-mer [Yai, Qiong, Dan, Wan] 15.000 hommes de la race des Lê», Khâm Ðịnh Việt Sử Thông Giám Cương Mục [Miroir complet de l’histoire Viêt] chap. 8 (Hanoi: NXB Giáo Duc, 1998), I, pp. 529-530.

[16] Pour le XIXe siècle, les «Chroniques véridiques du Dai Nam» font un relevé précis des événements se rapportant à cette question.

[17] Geoffrey Wade, The Ming Shi-lu (Veritable Records of the Ming Dynasty) as a Source for Southeast Asian History – 14th to 17th Centuries (PhD thesis, University of Hong Kong, 1994), I, pp. 348-349.

[18] Ðại Việt Sử Ký Toàn Thư  [Mémoires du Dai Viêt au complet] (Hanoi: NXB Khoa Hoc Xã Hôi, 1985), II, p. 443.

[19] Wade, The Ming Shi-lu, VI, pp. 1647-1648. Les Ming shilu diffèrent ainsi des chroniques vietnamiennes pour la relation des faits (sans parler de la confusion des caractères qui a transformé le nom de l’ambassadeur vietnamien Nguyễn Ðình Mỹ en Ruan Ting-ying).

[20] Wade, The Ming Shi-lu, VI, pp. 2167-2168.

[21] Ðại Việt Sử Ký Tục Biên (1676-1789) [Suite des Mémoires historiques du Dai Viêt] (trad. Viên Nghiên Cuu Hán Nôm, Hanoi: NXB Khoa Hoc Xã Hôi, 1991), p. 35.

[22] J. B. Piétry, Voiliers d’Indochine (Saigon: S.I.L.I., 1949), pp. 111-112.

[23] Cf. Tatsurō Yamamoto, “Vân-đồn. A Trade Port in Vietnam”.

[24] Quốc Triều Hình Luật [Code pénal des Lê] (Hanoi: NXB Pháp Lý, 1991), pp. 210-211. Cf. Nguyễn Ngọc Huy & Tạ Văn Tài, The Lê Code. Law in Traditional Vietnam. A Comparative Sino-Vietnamese Legal Study with Historical-Juridical Analysis and Annotations (Athens-London: Ohio University Press, 1987), II, en particulier pp. 324-320.

[25] Khâm Ðịnh Việt Sử Thông Giám Cương Mục [Miroir complet de l’histoire Viêt] (trad. Viên Su-Hoc, Hanoi: NXB Giao Duc, 1998), II, chap. 42, p. 654.

[26] Lê Quý Ðôn, Kiến Văn Tiểu Lục. Lê Quý Ðôn toàn tâp (Hanoi: NXB Khoa Hoc Xã Hôi, 1977), II, chap. 12, p. 465.

[27] Voir Nguyễn Thế Anh, «L’immigration chinoise et la mise en valeur du delta du Mékong», The Vietnam Review (Hamden, Connecticut), I (autumn-winter 1996), pp. 154-192.

[28] Ðại Nam Thực Lục Chính Biên (DNTL) [Chroniques véridiques du Dai Nam, partie principale], 1ère période, liv. 4 (Hanoi: NXB Su-Hoc, 1963), II, p. 111.

[29] Ðại Nam Thực Lục Tiền Biên [Chroniques véridiques du Dai Nam, partie préliminaire], liv. 11 (Hanoi: NXB Su-Hoc, 1962), I, p. 223-224, et Khâm Định Đại Nam Hội Điển Sự Lệ [Répertoire des institutions et règlements administratifs du Dai Nam], liv. 48 (Huê: NXB Thuân Hoa, 1993), IV, p. 400. Comme les chiffres indiqués par ces deux recueils présentent quelques discordances (Hội Điển Sự Lệ donne par exemple pour les taxes frappant le jonques de Hainan le chiffre de 724 ligatures), nous avons opéré une certaine combinaison entre les deux sources, en comparant en outre avec les données fournies par  Lê Quý Đôn dans son Phủ Biên Tạp Lục. Lê Quý Ðôn toàn tâp, I, p. 231.

[30] DNTL, 1ère période, liv. 4, II, pp. 86-87.

[31] DNTL, 1ère période, liv. 39, IV, pp. 35-36 ; Khâm Định Đại Nam Hội Điển Sự Lệ, liv. 48, IV, pp. 411-413.

[32] DNTL, 2e période, liv. 6, V, p. 165. Pour les tarifs appliqués dans les autres ports, voir Khâm Định Đại Nam Hội Điển Sự Lệ, liv. 48, IV, pp. 400-411.

[33] Pour un tableau des droits levés dans les différents ports du Viêt-Nam à partir de 1820, voir Nguyễn Thế Anh, “Trade Relations between Vietnam and the Countries of the Southern Seas in the First Half of the 19th Century”, in Nguyễn Thế Anh & Yoshiaki Ishizawa ed., Commerce et navigation en Asie du Sud-Est (XIV-XIXe s.) – Trade and Navigation in Southeast Asia (14th-19th centuries) (Paris: L’Harmattan, 1999), pp. 171-190.

[34] DNTL, 1ère période, liv. 42, IV, p. 108.

[35] Khâm Định Đại Nam Hội Điển Sự Lệ, liv. 48, IV, pp. 419-426.

[36] Reproduit dans Alastair Lamb, The Mandarin Road to Old Hué. Narratives of Anglo-Vietnamese Diplomacy from the 17th Century to the Eve of the French Conquest (London: Argon Books, 1970), p. 164. 

[37] Lamb, The Mandarin Road to Old Hue, p. 312.

[38] Lamb, The Mandarin Road to Old Hue, p 327.

[39] John Crawfurd, Journal of an Embassy to the Courts of Siam and Cochin China (London: 1828), pp. 511-513.

[40] 1 picul = 60,45 kilogrammes.

[41] Pierre de Joinville, La mission de la Cybèle en Extrême-Orient, 1817-1818. Journal de voyage du capitaine A. de Kergariou (Paris: Champion, 1914), p. 39, note 1.

[42] R. Morineau, «Bao-Vinh, port commercial de Hué», Bulletin des Amis du Vieux Hué (avril-juin 1916), p. 205.

[43] Voir Phan Yến Tuyết, «Chùa Bà (Hải Nam) (Quỳnh Phủ Hội Quán)», Chùa Hoa Thành Phố Hồ Chí Minh [Pagodes chinoises de Hô Chi Minh-Ville] (NXB Thành Phố Hồ Chí Minh, 1990), pp. 96-106.

[44] Je suis redevable de ces indications à Mme Claudine Salmon, que je remercie ici. Cf. encore, pour les différentes dates de restauration de ce bâtiment: Li Tana & Nguyễn Cẩm Thúy, Bia chữ Hán trong Hội quán người Hoa tại Thành phố Hồ Chí Minh [Les stèles en caractères chinois dans les sièges des congrégations chinoises à Hô Chi Minh Ville] (Hanoi: NXB Khoa Hoc Xã Hôi, 1999), pp. 363-398.

[45] DNTL, 4e période, liv. 6, XXVII, pp. 288-289.

[46] Voir Claudine Salmon & Myra Sidharta, “The Hainanese of Bali: A Little Known Community”, L’horizon nousantarien, IV, Archipel 60 (2000), pp. 87-124.

[47] A. Bonhomme, «Le temple de Chiêu Ung», Bulletin des Amis du Vieux Hué (juillet-septembre 1914), pp. 191-209 ; et aussi : A. Sallet & Nguyên Ðinh Hoè, «Enumération des pagodes et lieux de culte de Huê», Bulletin des Amis du Vieux Hué (janvier-mars 1914), p. 84.

[48] Centre des Archives d’Outre-Mer (Aix-en-Provence), Indochine NF, carton 31, dossier 446, cité dans Nguyên Thê Anh, “Secret Societies: Some Reflections on the Court of Hue and the Government of Cochinchina on the Eve of Tu-Duc’s Death (1882-1883)”, Asian Affairs, 9,2 (June 1978), pp. 179-185. 

[49] Ibid., et Gia Dinh Bao (30-6-1883), pp. 290-291.

[50] A. Sallet, «Les nids d’hirondelles. Les salanganes et leurs nids comestibles», Bulletin des Amis du Vieux Hué (1930), p. 40.

[51] Nguyễn Thế Anh, «L’immigration chinoise et la colonisation du delta du Mékong», p. 158-160.

[52] M. Gérard, «La région de Camau vers 1898», Bulletin de la Société des Etudes Indochinoises, 43,3 (1968), pp. 219-247.

[53] Gérard, «La région de Camau vers 1898», p. 224.

[54] Claudine Salmon, «Regards d’un Peranakan de Singapour sur le Viêtnam», Archipel 43 (1992), pp. 139-146 ; Claudine Salmon & Ta Trong Hiêp, «De Batavia à Saigon : Notes de voyage d’un marchand chinois», Archipel 47 (1994), pp. 155-191 ; Claudine Salmon & Ta Trong Hiêp, «Les récits de voyage chinois comme source pour l’étude du Viêt Nam», Bulletin de l’Ecole française d’Extrême-Orient, 83 (1996), pp. 67-87 ; Claudine Salmon, «Trois regards chinois sur le Viêtnam des années 1880-90» in: Récits de voyage des Asiatiques. Genres, mentalités, conception de l’espace (Paris: EFEO, 1996), pp. 223-251.