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Nos indicateurs économiques n'ont plus rien
d'alarmant pour encore s'inquiéter d'une prochaine dévaluation, à
l'approche de l'introduction de l'EURO en cohabitation avec le Franc
sur le territoire français. En effet, les finances publiques des
pays de la zone Franc sont à présent assainies dans leur très grande
majorité. Le commerce extérieur de la zone a même retrouvé son excédent
d'avant 1985 et d'avant 1978. Tout "baigne dans le vert" aux dires du
F.M.I et des 2 banques centrales BCEAO et BEAC. Nos produits
d'exportations agricoles et minières ont retrouvé leur compétitivité en
1994 et ils ne l'avaient pas encore perdue en ce début 1998.
13. Le fantôme asiatique
Il y a lieu cependant de s'inquiéter de la crise financière asiatique
qui pourrait avoir à terme des répercussions indirectes sur les cours
de nos produits d'exportation, sujets à la concurrence asiatique. Ce
risque, minime, est à craindre en cas de surproduction de ces denrées
sur le marché mondial, amenant la chute vertigineuse de leurs cours en
dollar, et si le dollar est à nouveau déprécié par rapport au Franc
Français et donc au FCFA. Ce risque frémit depuis que l'Indonésie, la
Malaisie, la Thaïlande, les Philippines, le Vietnam, le Laos et le
Cambodge ont fortement dévalué leurs monnaies par rapport au dollar
américain, auquel elles sont rattachées volontairement et
unilatéralement, et sans la garantie du Trésor américain. Or, leurs
taux de dépréciation ont atteint jusque 80 % pour la Roupie
indonésienne, alors que l’Indonésie est un des plus gros producteurs de
cacao, de palmistes, d'hévéa , de café, etc ... sans négliger les
autres pays asiatiques à climats similaires. Or, tous ces pays ont
déprécié leur monnaie entre 40% et 80 % par rapport au dollar, qui,
lui, ne s'est apprécié que de 20% par rapport au Franc Français et au
FCFA depuis un an. Il reste donc un avantage de compétitivité situé
entre 20 % et 50 % en faveur des exportations de ces pays d'Asie sur
les mêmes produits tropicaux émanant de la zone FCFA. Et cet avantage
de compétitivité monétaire risque bien un jour, de jouer à notre
détriment, si et seulement si, des surproductions viennent à pousser
ces pays à baisser leurs prix d'exportation en dollar, tout en laissant
une bonne rémunération à leurs paysans qui sont payés en monnaie
nationale fortement dépréciée. Cela est d'autant plus facilement
réalisable en pays d'Asie, que leur paysan se contente de vivre
frugalement de façon traditionnelle, en consommant les produits du crû,
dont les prix courants n'augmentent pas autant que la valeur locale de
sa production exportée. Il demeure gagnant à l'échange, à la différence
des consommateurs des villes qui doivent acheter la plupart des biens
consommés en importations renchéries du montant de la dévaluation, et
sans que leurs salaires n'y soient indexés.
14. Soupape de sûreté
Néanmoins, depuis que les pays précédemment sous influence soviétique
ont préféré rejoindre l'économie de marché, il y a lieu de constater un
raffermissement généralisé des cours des produits de consommation
courante de provenance tropicale, à structures de productions plutôt
rigides (café, cacao, coton, palmistes, bois, hévéa, coprah, etc...)
Cela s'explique par l'ouverture de ces nouveaux marchés au mode de vie
occidental. Il est plutôt certain que, dans le pire des cas, il n'y ait
pas de risque de chute importante des cours avant 5 à 6 ans, le temps
minimum qu'il faudrait pour mettre à profit une politique d'expansion
agricole dans les pays d'Asie-du-Sud-Est, qui sont pris dans une
tempête incontrôlable depuis 9 mois déjà, sans en voir l'issue
prochaine encore ... et sans savoir si ces pays vont poursuivre leur
intégration économique régionale, alors que leurs taux de dépréciation
monétaire divergent, ce qui les amènera à rompre le fragile équilibre
qui les unissait et faisait leur force économique de croissance
harmonisée.
15. A quand l’afflux des
investisseurs ?
Face aux perturbations asiatiques, nos pays africains de la zone Franc
font figure de stabilité. Mais cela ne suffit pas à attirer les
investisseurs sérieux, en raison des mauvaises habitudes que nous avons
conservées depuis que la pression fiscale les a fait fuir. Ces
investisseurs veulent bien payer des impôts, à condition qu’ils soient
justement répartis entre tous, et sans l’exception du secteur
frauduleux; et à condition qu’ils soient allégés, justifiant en cela la
délocalisation de leurs investissements. C’est simple et clair: il n’y
a pas besoin de faire des voyages officiels et des ’’journées
africaines’’ pour cela. Les investisseurs sérieux savent flairer tous
seuls les bonnes affaires, celles qui profitent à tous, dans la
transparence, sans’’chasses gardées’’, qui démobilisent toutes les
bonnes volontés...
16. Une justice équitable
Une mesure d’accompagnement fondamentale consisterait à faire assister
nos juges des tribunaux du travail et du commerce par des conseillers
judiciaires dépêchés sur les budgets de coopération de la France et de
l’Union Européenne. Cela pourrait restaurer la confiance des hommes
d’affaires sérieux dont nous avons grand besoin pour les
investissements et les transferts de technologie.
Notre système judiciaire est décrié partout, notamment en milieu
Européen, échaudé par ses déboires en Afrique Subsaharienne. Cette
mesure peut très bien choquer certains esprits africains chauvins, mais
il faudra bien nous résoudre à sacrifier notre orgueil, si nous voulons
offrir du travail productif à nos frères qui sont au chômage avec un
taux avoisinant les 50%: la dignité d’un homme au travail est
préférable à l’orgueil d’une minorité nantie qui est aux commandes d’un
pays pauvre à plus de 95% de sa population... Nous sortirions grandis
de ce geste d’humilité, contribuant à restaurer la confiance en notre
justice, au même titre qu’ailleurs. C’est à ce prix que nous gagnerons
définitivement la confiance de nos partenaires financiers et
commerciaux, qui accepteraient alors un taux de rentabilité modéré pour
leurs investissements, au lieu de l’alourdir du risque judiciaire de
plus de 100% !!! ce qui sélectionne très peu de projets fiables en ces
temps d’ouverture des marchés à la concurrence, dans la
’’mondialisation’’ de l’économie.
17. Promotion du tourisme
Une politique touristique dynamique et attrayante pour les courts
séjours des étrangers dans nos pays contribuerait énormément à inspirer
les choix des investisseurs. La bonne infrastructure hôtelière et
gastronomique répondant aux critères d’hygiène, (comme au Maroc et en
Tunisie) pousserait bon nombre de visiteurs à recommander à leurs
proches de choisir nos pays pour la prochaine destination de leur
investissement ou de leur installation. Nos armées de ’’sans-emploi’’
en seraient bien heureuses, grâce aux créations d’emplois que ces
mouvements entraînent dans leur sillage.
18. Qualification du
travail
Une formation professionnelle, axée sur les activités susceptibles
d’être créées, devrait bénéficier aux jeunes diplômés sans emploi. De
la sorte, les investisseurs y trouveraient un avantage immédiat à
choisir nos pays du fait de cette capacité productive disponible en
travail qualifié, leur économisant du temps et donc de l’argent. C’est
l’atout principal dont avait disposé l’Ile Maurice pour développer sa
zone franche industrielle, qui lui avait permis de résorber entièrement
son chômage séculaire, jusqu’à faire venir de la main d’oeuvre
étrangère! C’est aussi l’avantage des régions industrielles vouées à
l’exportation, en Chine du Sud, qui servent d’arrière-pays pour
l’ensemble des ’’Dragons’’ d’Asie du Sud-Est.
19. Le culte de
l’excellence
Il faudrait aussi restaurer le culte de l’excellence, qui a été banni
des programmes scolaires des années 1970 et suivantes, jusqu’à nos
jours. Il s’y était substitué une politique de nivellement par le bas,
qu’on assimilait à l’égalité sociale. Cela a mené à une sorte de
’’médiocratie’’ qui prône la médiocrité et l’absence d’ambition pour
nos jeunes. Cela a entraîné l’écrasement des élites intellectuelles de
nos pays, qui préféreraient s’expatrier à défaut de se terrer chez
elles. Cela nous a conduits à un vide intellectuel et de réflexion sur
nous-mêmes, en laissant le monopole de la recherche et de la pensée à
nos bailleurs de fonds, qui ne peuvent pas bien comprendre le coeur de
nos problèmes pour nous aider à sortir du sous-developpement spécifique
de l’Afrique sub-saharienne. Le cercle vicieux de nos retards de
développement ne faisait que sombrer d’avantage dans les abîmes de
l’ignorance et de la malnutrition de nos populations, sans compter la
marginalisation de nos élites en perdition. Notre Afrique de la zone
FCFA a besoin d’un souffle nouveau qui redonne confiance à ses filles
et à ses fils pour rétablir un monde nouveau où la bonne gouvernance
est soutenue par une élite compétente et consciente des intérêts
supérieurs de nos populations, agonisantes en dessous du seuil de
pauvreté pour plus des trois quarts. Ce culte de l’excellence avait
permis aux ’’Dragons asiatiques’’ de sortir rapidement des rangs des
pays sous-développés où ils se trouvaient en 1960. Ils ont rejoint le
peloton des pays industriellement avancés en moins de 30 ans, alors que
dans ce même laps de temps nous reculions dans notre effort de
rattrapage des pays avancés. L’élitisme nous permettrait à présent,
après la période de nivellement par le bas que nous venons de passer
depuis l’indépendance, de transcender nos rivalités ethniques, en
travaillant en commun pour une Afrique unie et prospère.
20. La nécessaire union
économique
Il ne peut y avoir d’attrait pour les gros investisseurs exigeant un
débouché pour l’écoulement de leurs produits en Afrique francophone,
s’il n’y a pas un grand marché unique regroupant les 68 millions
d’habitants des 8 pays membres de l’U.E.M.O.A. ou, mieux encore, les 14
pays de la zone FCFA , qui comptent une centaine de millions de
consommateurs. Certes, leur pouvoir moyen d’achat les situe autour du
seuil de pauvreté, selon les critères des Nations Unies (1$ par
habitant et par jour), mais la synergie attendue de cette union
économique permettrait de vite progresser. Cela dégagera un pouvoir
d’achat suffisant pour n’importe quelle industrie de biens de
consommation, en attendant l’effet accélérateur qui entraînera
l’avènement de certaines industries de biens d’équipement, signe d’un
véritable décollage économique soutenu par son propre dynamisme
interne. C’est pourquoi le mot d’ordre de tout défenseur d’une
croissance économique durable devrait être ’’l’Union Economique
d’abord’’, sans plus retarder cette marche en avant de l’Histoire. Mais
il ne suffit plus de le déclarer, comme depuis nos indépendances, il
faut passer aux actes. C’est une question de volonté politique des
gouvernants africains.
21. Coûts des facteurs
inopérants
Une autre mesure nécessaire pour le renforcement de nos structures de
production, en vue de les rendre plus compétitives dans les échanges
internationaux, consisterait à abaisser les coûts de l’énergie
électrique, des transports terrestres, maritimes et aériens, des
télécommunications. Toutes ces composantes sont fondamentales pour
réaliser un prix de revient concurrentiel. Et, depuis les temps
coloniaux, nos économies de la zone FCFA comme celle de la métropole,
étaient soumises au ’’colbertisme’’, une façon de justifier les
monopoles d’Etat par des raisons stratégiques. Or, cette façon de gérer
le secteur concurrentiel est ce qu’il y a de plus antiéconomique dans
les temps modernes. La gestion monopoliste des transports maritimes et
aériens, de l’énergie et des télécommunications n’a servi qu’à nous
exclure de la course industrielle entre les nations. Cela aussi a
contribué à la marginalisation de l’Afrique CFA, dans le cadre de sa
monnaie forte, à la différence du Nigéria et du Ghana qui ont bénéficié
de la dépréciation compétitive de leurs monnaies.
22. Et l’Euro-CFA?
La seule force de cette zone monétaire du FCFA, unique au monde par sa
structure et sa longévité, réside dans le noyau stable du contrôle du
Trésor Français sur l’émission monétaire et le respect strict de la
limitation des avances de la Banque Centrale à 20% des recettes
budgétaires de l’année écoulée. La libre convertibilité du Franc CFA
entre les deux zones UEMOA et UDEAC et avec le Franc Français, avait
bien fonctionné jusqu’en Juillet 1993, date à laquelle la fonte
accélérée des réserves de la zone FCFA détenues auprès du compte
d’opération du Trésor Français (moins 500 milliards FCFA en un an! soit
2 milliards de Dollars de l’époque!) fit prendre la mesure énergique de
freiner cette hémorragie en contrôlant les sorties d’argent de chaque
zone, limitées à une importation de biens et services. A présent que ce
contrôle semble avoir porté ses fruits, et que la zone a bien
reconstitué ses réserves de change qui dépassent six mois
d’importations globales, nous pouvons frapper à la porte de la Banque
Centrale Européenne (B.C.E.) pour lui demander de se substituer au
Trésor Français dans la garantie de change du Franc CFA, lequel
pourrait alors s’appeler ’’l’Euro-CFA’’ .
Toutefois, pour que l’Union Européenne accepte de nous prendre en
charge, elle ne manquerait pas d’exiger le respect des règles de
convergence de Maastricht, tout comme chaque pays affilié à l’Euro a dû
les subir. Ce sont des règles qui rassurent la BCE sur la solidité de
la politique monétaire mettant la monnaie Euro-CFA à l’abri des
spéculateurs. Ceux-ci avaient réussi à ébranler la Livre Sterling et la
Lire Italienne en 1992/1993, alors que ces deux monnaies étaient
arrimées à l’Ecu européen avec une marge de fluctuations de 2,25% et de
6% respectivement. Ces perturbations avaient été permises en raison du
manque de convergence de ces 2 économies, tant pour leur endettement
que pour leur déficit public et leur taux d’inflation et d’intérêt. La
zone CFA devrait nécessairement réduire son endettement extérieur et
intérieur, ainsi que les taux d’intérêt pratiqués par les banques, de
même que le déficit public encore élevé dans la plupart des pays
membres, pour obtenir l’aval de la B.C.E. Mais pour atteindre ces
critères de rigueur, faudrait-il au préalable réaliser l’Etat de Droit,
la fiscalisation du secteur informel, ce qui n’est pas pour demain...
Il y a lieu de s’attendre à ce que le gouvernement Français continue à
nous garder sous sa garantie en couvrant notre Franc CFA comme il
cautionne une émission d’O.A.T. (Obligations du Trésor à 10 ans) avec
pour contrepartie un contrôle de l’émission et une orientation des
masses budgétaires dans le sens des critères de convergence de
Maastricht, en vue de l’affiliation à terme de 10 ou 15 ans de la
monnaie FCFA à l’Euro, sous la dénomination l’Euro-CFA, ou pourquoi pas
’’AFRO’’.
En attendant, ce sera
l’Afrique Noire francophone qui conservera la
monnaie ’’FRANC’’ comme monnaie vivante du XXI ième siècle. N’est-ce
pas là une sorte de ’’mystère de l’incarnation monétaire’’ qui lie la
mère ’’FRANCE’’ à sa fille ’’AFRIQUE’’?
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F I N -
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