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Comme le compte
d'opération de la zone FCFA avait fondu de 500 milliards FCFA en 1993
(malgré les mesures officielles contrôle et de restriction des
transferts d'argent en dehors des pays membres de chacun des 2
ensembles monétaires de l’U.E.M.O.A. et B.E.A.C), le gouvernement
Balladur accepta la condition "sine qua non " du F.M.I., qui ne voulait
prendre en charge le refinancement des 14 pays membres de la zone Franc
CFA que s'ils décidaient une dévaluation de 50 % du Franc CFA par
rapport au Franc Français.
En contre partie de ce sacrifice, la France effaçait aussitôt 25
milliards de Francs français (soit 2500 milliards de nouveaux FCFA) de
dettes des pays les moins avancés (P.M.A.) de la zone. Et en parallèle,
le F.M.I. mettait en place des plans de refinancement de la dette
extérieure de tous les pays membres, de façon à leur permettre de mieux
gérer leur budget, tandis que la Banque Mondiale acceptait de redonner
des prêts destinés à financer le budget social de la nation , en vue
d'améliorer la santé publique, d'alphabétiser les populations et de
réhabiliter les infrastructures de communication, dans un programme
général de "lutte contre la pauvreté". Une conditionnalité impérieuse
de toutes ces aides reposait sur la libéralisation du commerce par
élimination de tous les monopoles et de tous les prix administrés. Ce
qui fut appliqué à 90 % à ce jour, dans l'ensemble de la zone. Tout
gouvernement n'ayant pas appliqué ces conditionnalités s'est retrouvé
suspendu de telle aide du F.M.I ou de la Banque Mondiale... avec toutes
les conséquences négatives de souffrance pour ses populations
ignorantes et innocentes...
Le premier effet positif de cette dévaluation fut de retrouver
l'équilibre du budget de fonctionnement de l'Etat. Par l'effet de
change le budget bénéficiait de la hausse des recettes d'exportation et
des rentrées douanières sur les produits importés tandis que les
rémunérations de la fonction publique et des retraités demeuraient
stables ou augmentaient seulement de 10 à 15 %. On assista à
l'abaissement de la part des traitements à moins de 50 % des dépenses
courantes du budget, ce qui constitue un critère de convergence de
l'U.E.M.O.A.
5. Malheur aux créanciers
intérieurs de l’Etat
Le deuxième effet de cette dévaluation fut de réduire de moitié la
valeur réelle de l'endettement intérieur de l'Etat envers les
entreprises qui libellent leurs factures en FCFA. D'un coté, le Budget
encaissait un motant double de taxes sur les recette d'exportation et
d'importation, et de l'autre coté, il ne devait rembourser que le
montant nominal de son endettement intérieur d'avant la dévaluation.
C'est en quelque sorte une spoliation des créanciers de l'Etat. C'est
de cette même façon que procédait le Roi de France à partir de Philippe
le Bel qui avait retiré de la circulation toutes les pièces d'or en
cours pour les remplacer par de nouvelles pièces allégées de moitié,
mais ayant le même pouvoir libératoire. C'est une procédure "légale" et
cynique du pouvoir régalien, servant à ponctionner la richesse des
créanciers locaux de l'Etat, mais avec la différence que la plupart de
ces créanciers doivent aujourd'hui repayer leurs propres créanciers de
l'étranger du double montant en FCFA de leurs commandes livrées à
l’Etat . D'ailleurs, nombre d'entreprises ont dû s'enliser pour
plusieurs années, si elles n'ont pas carrément déposé leur bilan ou ne
se sont pas "évanouies dans la nature"; c'est un jeu à somme nulle :
les gains réels de l'Etat se traduisent par des pertes réelles d'égal
montant des entreprises qui l'ont fourni à crédit.
6.Sacrifier le secteur
privé national sur l’autel du FMI
Et dire que l'on déclarait à tout va que la croissance économique
reposerait désormais sur le développement du secteur privé... quelle
arrogance ! Et pire encore ! Comment le F.M.I. peut-il se permettre de
renflouer d'abord les créanciers extérieurs que l'Etat doit rembourser
au double du montant en FCFA, alors qu'il fait attendre les créanciers
intérieurs en FCFA qui ne comptabilisent même pas d'intérêts de re-tard
? De plus, ces créanciers sont lourdement pénalisés par les agios
débiteurs de leurs banques. Ce procédé est d'autant plus choquant que
le F.M.I prétend donner au secteur privé un rôle de premier plan dans
la politique de relance économique. Mais alors, cela laisse supposer
que le F.M.I. compte sur d'autres acteurs privés (extérieurs ?) que
ceux qui sont sacrifiés ! Les quelques centaines d'entrepreneurs
nationaux, qui avaient eu le courage de s'ouvrir au secteur formel en
fournissant l'Etat, se retrouvent ainsi ruinés par cette modalité de
les reléguer au second plan, après les créanciers extérieurs ... qui
avaient pourtant accordé de mauvais crédits, improductifs et
suicidaire, à l’Etat.
7. Les Prêts criminels
Nos bailleurs de fonds privés (notamment les banques étrangères)
doivent être considérés comme "criminels", pour avoir financé des
projets non rentables. Ils ne l'auraient pas fait dans leur propre
pays... Ils ont été complices des hommes d'affaires véreux et
malhonnêtes qui ont grugé nos gouvernements en nous faisant "avaler"
leur projets suicidaires pour l'économie nationale, et avec des taux
d'intérêt très élevés par rapport à ceux concédés par les bailleurs
bilatéraux ou multilatéraux. Il aurait fallu les traduire devant un
tribunal international pour les condamner à nous reverser des "Dommages
et intérêts", au lieu de les laisser s'engraisser au sein du Club de
Londres, qui les ménage comme s'ils étaient honnêtes. Les institutions
de Bretton Woods se comportent comme "Ponce Pilate", face à
l'immolation de nos pays pauvres, endettés injustement et abusivement.
Les Etats nantis n'ont pas d'amis, mais des intérêts à défendre, y
compris ceux de leurs banques qui ont accordé des prêts
antiéconomiques, alors que nos pays souffrent de malnutrition... N’y
a-t-il donc pas de morale publique internationale envers les pays
pauvres?
8.La résurrection des
banques
Un autre effet-change de cette dévaluation de 50 % fut de doubler la
valeur en FCFA des avoirs extérieurs des institutions financières
de la zone FCFA, des banques et des assurances. Elles étaient
exsangues, à la veille de la dévaluation, pour les raisons suivantes :
- le soutien qu'elles avaient apporté aux entreprises publiques
sous la pression des pouvoirs publics, en dépit des règles
prudentielles ;
- les crédits de "notoriété" ou de complaisance qu'elles étaient
obligées d'accorder sous le régime oppressif en vigueur, de soumission
du privé au public, de l'économique au politique ;
- le retrait des liquidités des organismes publics
traditionnellement excédentaires en trésorerie, comme les Caisses de
Stabilisation des produits d'exportation ou les monopoles
d'exploitation minière et du bois : ces liquidités servaient depuis
1984 à renflouer l'impasse budgétaire au lieu d'alimenter les banques.
L'ensemble de ces pratiques avait abouti à ce qu'en juin 1990 déjà, les
banques des pays membres de l'U.M.O.A avaient 500 milliards FCFA de
créances irrécouvrables alors que l'ensemble de leurs fonds propres
atteignait 550 milliards FCFA ; de même, les banques de l'U.D.E.A.C
détenaient 250 milliards de créances irrécouvrables pour 250 milliards
de fonds propres! Malgré ces violations de la réglementation bancaire
par les banques de son réseau, la banque centrale les couvraient en
finançant leurs réescomptes sur la base de ces crédits impayés. Le
système bancaire chavirait.
Il faut néanmoins reconnaître que c'est l'appartenance à la zone franc
qui a permis à notre système bancaire de "tenir" et de continuer à
fonctionner sur des "échasses d'argile", grâce à la bonne réputation de
solvabilité du garant, le Trésor Français, par le biais du compte
d'opération qu'il est tenu d'honorer. Et les gouvernements africains de
la zone franc, ayant pouvoir de pression sur les agents des banques
nationales et de la banque centrale, s'étaient alors permis de
renflouer leurs propres besoins de trésorerie sur les encours bancaires
autres que les avances autorisées de la Banque Centrale (à hauteur de
20 % des recettes budgétaires, conformément aux règles de l'UMOA). A
l'approche de l'opération cambiaire attendue de 50 % (dont les banques
à participation étatique étaient au courant depuis juillet 1993), il
fut procédé à d'importants transferts de fonds libellés en FCFA sur les
comptes extérieurs de ces banques. Celles-ci allaient jusqu'à utiliser
les dépôts de la clientèle. Et c’est cette pratique abusive qui permit
à l'ensemble du système bancaire de rééquilibrer ses comptes en
doublant la contre-valeur en FCFA de ses avoirs extérieurs devenus
subitement abondants. Cela a suffi pour éponger leurs créances
irrécouvrables, et permit, d'un coup de baguette magique, d'assainir le
réseau bancaire de la zone FCFA alors qu'il était condamné à
disparaître à la veille de la dévaluation.
9. Les paysans enrichis
malgré eux
Un gagnant modeste de la dévaluation de 50 % du 12 janvier 94 se trouve
être le producteur agricole et cela pour la première fois depuis
l'indépendance. En effet, jusqu'à l'intervention brutale des
Institutions de Bretton Woods dans la gestion économique de nos Etats,
le 11 janvier 1994, c'étaient les Caisses de Stabilisation des prix des
produits agricoles ou les monopoles de commercialisation de ces
produits, qui payaient un prix modique aux paysans. Cela décourageait
notre jeunesse active à s'orienter dans de secteur de base de
l'économie africaine, qui restait à l'abandon entre les mains
’’archaïques’’ des paysans analphabètes, dont la productivité est
nettement inférieure à celle de leurs concurrents asiatiques, mieux
groupés et encadrés, et surtout mieux rémunérés grâce à l'effet-change
de leurs monnaies sous-évaluées. Mais ce redressement de la situation
pécuniaire du producteur agricole dans la zone monétaire FCFA depuis
1994 ne s'est pas encore traduit par la ruée de la jeunesse active vers
ce secteur. Pourquoi ?... C'est parce qu’aucune mesure d'accompagnement
de la dévaluation n'a été prise en leur faveur : absence de terre
cultivable mise à leur disposition, inexistence de structure de crédit
agricole adapté à la donne africaine, manque chronique d'encadrement et
de formation aux techniques culturales modernes, inefficacité des
circuits de collecte et de commercialisation des produits agricoles,
inadéquation de notre système éducatif qui privilégie l'enseignement
théorique en méprisant le technique et le rural en particulier. Pour
preuve, il n'existe pas aux yeux de la jeunesse, de modèle de paysans
riches et ayant bâti grande fortune, qui puisse leur donner le goût
d'entreprendre dans l'activité agricole avec un diplôme professionnel à
la main ...
10. La dévaluation n'est
pas la cause du boom agricole
Si la Banque Mondiale et le F.M.I se flattent de l'accroissement
considérable de la valeur des exportations agricoles depuis la
dévaluation, il faudrait d'abord savoir qu'une mise en culture de
caféier exige au moins 4 ans pour devenir productive, contre 6 ans pour
un cacaoyer et 10 à 15 ans pour les grumes de bois. Ce ne peut donc pas
être une conséquence directe de la dévaluation si nos performances
agricoles ont bondi en volume dès le lendemain de la dévaluation. Il
faudrait plutôt regarder du côté des trafics frontaliers des pays
limitrophes, avec le Ghana et le Nigeria, qui avaient libéralisé la
commercialisation des produits agricoles depuis 1990. Cet avantage de
prix avait détourné l'écoulement d'une partie des productions de la
zone FCFA au profit de ces 2 pays jusqu'en 1994. Et à cette date la
hausse des pris d'achat aux producteurs en zone FCFA a réorienté alors
les flux vers les ports de chaque pays producteur. C'est la principale
explication intelligible, en dehors des conditions climatiques plus
favorables en 1994/1996. Pour ce qui concerne le bois, c'est
l'interdiction d'abattage des forêts de bois d'exportation en Asie du
sud-est qui fit reporter les efforts de déforestation sur la zone CFA,
appauvrie par une décennie de baisse de 30 % du pouvoir d'achat de ses
populations entre 1985 et 1993.
La forte hausse des exportations agricoles résulte essentiellement des
hausses en cascade des prix unitaires des denrées, café, cacao, coton,
bois tropicaux, hévéa, gomme arabique, palmistes, noix de cajou,
coprah, arachide, beurre de karité, tous produits ayant bénéficié d'une
hausse rampante des cours mondiaux libellés en Dollar américain. Et
comme le dollar était réévalué de 100 % par rapport au FCFA, par
l'effet de la dévaluation de 50 %, tous les prix de ces denrées se
retrouvaient multipliés par 3 ou 4 ou 5 en FCFA, selon le cas.
Ce miracle des recettes triplées, quadruplées au quintuplées ne peut
dont être imputable aux effets directs de la dévaluation, mais aux
hasards heureux de l’Histoire, qui a toujours connu des cycles de
hausse des cours mondiaux succédant à des cycles de baisse. Il est
cependant utile de savoir que cette prime d'exportation des produits
agricoles avait été confisquée en grande partie, en 1994, avant la mise
en place effective de la libéralisation du commerce agricole, par les
monopoles d'Etat qui ont vite fait de renflouer les caisses du budget
de l'Etat, le grand bénéficiaire de la dévaluation.
11. L’effet pervers sur
les denrées alimentaires
Au niveau agricole, il y a lieu de constater la flambée des prix
intérieurs des denrées du crû, dès les premiers mois qui suivaient la
dévaluation, sans rapport direct avec le coût des intrants importés. Il
s'est passé tout simplement le phénomène suivant : d'une part, les
populations à revenus modestes ou moyens ont dû reporter leurs choix de
consommation sur les produits vivriers locaux par suite du doublement
automatique des prix du riz et du maïs importés. Cela entraîna la "Loi
de King" pour les denrées du crû, subitement trop demandées par rapport
à l'offre disponible ; d'autre part, la libre sortie de ces produits,
imposée par le F.M.I en 1994 dans ses conditionnalités, permit leur
transport vers des points de consommation où leur prix était plus
rémunérateur, créant en cela une pénurie artificielle dans le pays
producteur. De la sorte, la flambée des prix des produits vivriers de
consommation locale succédait à celle des produits d'exportation et de
rente. D'ailleurs, il faut aussi connaître les marchés des produits
vivriers en Afrique pour mieux comprendre ce phénomène de contamination
: les prix des denrées sur un marché local sont toujours fixés après
concertation du "cartel des revendeuses". Comme celles-ci
commercialisent aussi les denrées importées dont elles maîtrisent les
cours intérieurs, il leur arrive de lier les cours de l'ensemble des
produits à même usage ou utilité, sans tenir compte de l'élément "coût"
ou de leur rareté. C'est plutôt la loi du cartel qui prévaut, au
détriment des règles de concurrence . Dans ces conditions l'objectif de
transparence du marché recherché par le F.M.I se trouve bafoué à l'insu
de ses grands financiers aux lourdes bottes d'or ... L'effet pervers
s'est donc produit, alors qu'en conservant la régulation des offices de
stabilisation des prix des denrées de première nécessité (sous le
contrôle éventuel d'un représentant local du F.M.I., qui ne fait plus
du tout confiance à la gestion publique), an aurait pu éviter ces
dérapages de prix contrôlés par les cartels de revendeurs locaux, et
qui ont sérieusement amputé le pouvoir d'achat des populations.
12. Encore la ’’pensée
unique’’
Il serait sage que les institutions de Bretton Woods se ravisent, et
renoncent à imprimer leur "pensée unique" au marché africain dont elles
ne connaissent pas bien les contours ni les détours. On a vite fait de
tomber dans les pièges du secteur informel, dont la rationnalité
échappe encore aux économistes formés à l'Ecole Néoclassique de
Cambridge ou du Massachusetts. Il y a des labyrinthes qui font aboutir
à des effets pervers, comme celui qui est décrit plus haut. C'est ainsi
qu'en accroissant la pression fiscale sur le secteur moderne (qui
déclare régulièrement sa comptabilité commerciale ou industrielle)
depuis le ’’débarquement’’ du F.M.I en zone FCFA (en 1982/83/84, selon
les pays) on a assisté à la démission des grandes sociétés étrangères,
gros contribuables, au profit du secteur informel, devenu de plus en
plus frauduleux en accueillant les opérateurs économiques qui veulent
échapper au fisc et au paiement des droits de douanes sur les
marchandises importées. Cette pratique à courte vue, visant à procurer
plus de recettes immédiates au budget, eut pour effet pervers de
rétrécir l'assiette fiscale, et d’entraîner les opérateurs économiques
nouveaux dans le cercle infernal de la fraude et de la corruption
généralisée. Il nous sera désormais très difficile (sinon au prix d'une
grande croisade de civisme), de restaurer un climat de confiance dans
le monde des affaires. Ce phénomène pervers explique en partie, la
marginalisation de nos pays africains dans le concert mondial des
investisseurs privés. Le F.M.I a donc manqué de perspicacité en la
matière, en appliquant la mécanique du coefficient multiplicateur, sans
soupçonner l'existence de circuits invisibles à l'oeil d'un économiste
néoclassique ...C'est là un grand tort causé à nos économies qui n'en
avaient pas besoin, vraiment... Mais les "dieux de Bretton Woods"
demeurent imperturbables et confiants dans leurs méthodes, que l'on
peut tout aussi bien qualifier d'autoritaires et de despotiques. Il
faudrait qu'ils se rachètent vite et bien, par une remise gracieuse des
dettes improductives de nos Etat, contractées dans l'euphorie des
années folles. Les D.T.S du F.M.I devraient bénéficier aux pays pauvres
et endettés ... pour cela !
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fin de la 2ème partie -
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