LES PROBLÈMES DE SANTÉ PUBLIQUE ET L’ACCÈS AUX SOINS AU VIÊT- NAM
 Exposé au Sénat le 21.11.2005
Dr. PHAN minh Hien , diplômé de Médecine tropicale
Président de Compassion-VietNam

Le Vietnam est maintenant en paix, après plus de 30 ans de “réunification” écoulés dans les larmes…Mais jamais le fossé ne s’est plus grandement creusé entre une clique de « capitalistes rouges » et les laissés pour compte, restés en marge du décollement économique du « petit dragon » vietnamien que beaucoup de touristes de passage ne cessent de crier au miracle! Avec une population de 82 millions d’habitants, le revenu moyen par habitant est parmi les plus bas du monde (soit moins de 500 dollars par famille contre 1200 dollars pour la Chine par exemple)

Dans le cadre restreint de ce colloque au Sénat (21/11/2005), essayons d’analyser les enjeux de développement du Vietnam, au vu des nombreux problèmes de santé publique que posent les Hépatites (A et B surtout), la Tuberculose, le SIDA, la Lèpre et bien sûr la Grippe Aviaire… qui sont autant de bombes à retardement si le gouvernement actuel continue de limiter l’accès aux soins à certaines catégories de personnes indésirables (les mutilés de guerre de l’ex-armée sudiste, et leurs familles ainsi que les ethnies minoritaires) pour des problèmes idéologiques. En effet sur le papier, il y a facilité d’accès aux soins pour tous, mais en fait des attestations d’anciens combattants, de parents de soldats nordistes ou de mutilés dans l’armée nordiste donnent accès vraiment à des soins gratuits. Entre ces deux extrêmes, la population vietnamienne peut payer une sécurité sociale (5 euros par personnes) pour avoir un remboursement des soins dont le taux est curieusement variable en fonction des services rendus à la nation, à votre rang dans les entreprises…à cotisation égale !

Hépatites : Le Vietnam est surtout affecté par les virus de l’Hépatite A et B. 20 % de la population en est atteinte de ces 2 types (Quid des formes d’hépatites C,D et E non diagnostiquées faute de moyens ?). Cela est dû au manque d’hygiène des auxiliaires médicaux qui réutilisent des seringues non jetables et non stérilisées mais surtout à une certaine politique de transfusion sanguine, à une époque pas si lointaine que cela (les années 75 - 95), basée sur la possibilité de vendre du sang sans contrôle sanguin, par des toxicomanes en manque ou des malades qui ont besoin de l’argent (La population lui donnait plutôt le surnom de Centre de Transmission Sanguine !). Selon l’Observatoire de la Santé et de l’environnement, le pourcentage du corps médical atteint du virus de l’hépatite B est de 18 à 25 % (6,3 % font une vraie maladie Hépatite B).

La tuberculose : Je n’ai pas accès aux chiffres de malades de la tuberculose, mais les journaux parlent de 145.000 nouveaux cas sont détectés chaque année et 21.000 personnes en meurent malgré la trithérapie. Du fait de la cherté des médicaments et du peu d’accessibilité à la gratuité de ces médicaments, les malades arrêtent la prise des médicaments dès qu’ils se sentent mieux et ne finissent pas les 6 mois de traitement nécessaires à l’éradication de la tuberculose. Donc 1/3 des patients font une résistance à l’un des 3 médicaments, tandis que 3% font une résistance totale à la trithérapie.

Le SIDA : Là aussi, aucun chiffre officiel sur le nombre de malades du SIDA, si ce n’est un vague chiffre de « 65.000 cas » décelés parmi les populations à risque (prostituées et toxicomanes) et aucune campagne de dépistage à grande échelle, ne serait-ce que parmi les anciens malades transfusés. La Banque Mondiale vient de débloquer 35 millions de dollars (2005-2010) pour aider le Vietnam dans la lutte contre le SIDA sur 5 ans dans 20 villes, pour essayer de ramener le pourcentage de la population infectée à 0,3% (Quelle est le taux actuel de progression du SIDA ?). Mr. Trinh Quân Huân du Ministère de la Santé a fait savoir que le Vietnam débloque 80 milliards de dongs (530.000 dollars) pour la lutte contre le SIDA, les ONG internationales en donnent autant, mais cela ne couvre que le tiers des besoins… Par ailleurs le SIDA augmente de 30 fois la morbidité de la tuberculose dont le nombre de cas ne cesse d’augmenter d’année en année. M. Dinh Ngoc Sy, Directeur de l’Hôpital pour la tuberculose, estime que le virus du SIDA détruit le système de défense immunitaire du malade vis à vis de la Bacille de Koch dans la tuberculose. Actuellement 5 % des patients ont à la fois le SIDA et la tuberculose (jusqu’à 8-14% dans les grandes villes comme Ho Chi Minh ville et Hà-Nôi du fait de la plus grande fréquence des toxicomanes et de la prostitution)

- On estime qu’ il y a au Vietnam 500 mille lépreux (la grande majorité sont des ethnies minoritaires) malgré que le gouvernement ne déclare que 120 mille cas recensés il y a 10 ans (20.000 cas vivent dans des villages de lépreux et 100.000 seraient régulièrement suivis en externe). Mais les ethnies minoritaires payent un lourd tribu à la lèpre, refoulés des grandes villes et peu accessibles aux soins médicaux…La bacille de Hansen responsable de la lèpre est en fait une bacille voisine de la bacille de Koch (dans la tuberculose), toutes les deux progressent en fonction de la pauvreté…

- La Grippe aviaire est bien sûr le fléau qui menace le plus la population mondiale, et bien sûr la population asiatique puisque le fameux virus grippal A type H5N1 vient d’Asie. A bien regarder de près les mœurs socio-culturels et culinaires au Vietnam, il y a de quoi avoir des frissons…sur la mortalité vietnamienne en cas de pandémie de grippe aviaire (qui est en fait une peste aviaire, et non pas une simple grippe du poulet). Actuellement, il faudrait plutôt parler d’épizootie, c’est à dire que le virus A-H5N1 a franchi la barrière inter-espèces (les chats, chiens, et porcs sont contaminés aussi, notamment au niveau des abats). Il n’attend plus qu’une mutation par recombinaison avec le virus de la grippe humaine A-H1N1 pour déclencher une pandémie mondiale qui ferait plus de 150 millions de morts …Voyons ce qui pourrait aider ce virus A- H5N1 à franchir la barrière animale vers l’homme :

* mœurs culinaires « douteux» : les vietnamiens, notamment du Nord, mangent les chiens/ chiots et plus récemment les chats (soi disant pour leurs vertus aphrodisiaques, vu que c’est de la même famille que les tigres qui sont envoie de disparition), mangent tous les abats de volaille, de porc qui sont les réservoirs de virus, le sang de canard dans la soupe «tiêt canh».

* mœurs socio-culturelles : élevage de poulets et de porcs dans la maison même pour arrondir leurs salaires ( donc contact avec les plumes et déjections) ; combats de coqs qui peuvent aussi blesser son propriétaire et le contaminer ; sans compter mettre du sang de coq dans le vagin pour faire croire aux touristes sexuels que la fille est encore vierge !!!

- N’oublions pas de terminer en soulignant qu’1/10 de la population est handicapée, soit plus de 8 millions de personnes : dont 500 mille mutilés dans leur chair et leur âme par une guerre fratricide d’importation Nord / Sud ; des millions d’enfants poliomyélitiques fautes de vaccins ou paralysés suite à des convulsions hyperthermiques non soignées …vu que le système de soins vietnamien ne consacre qu’un dollar par personne, qu’à la moindre hospitalisation où il faut amener jusqu’au rouleau de papier toilette, les pauvres gens vendent leur maison et leur lopin de terre pour acheter le moindre comprimé de médicament … et graisser les soignants qui, faute de salaire décent (120 dollars par mois pour 1 médecin chef de service) se rattrapent sur les « pourboires » des malades ! Comment s’en sortir ?

Dr. Phan Minh Hien
Ancien co-équipier de Bernard Kouchner
pour secourir les Boat People avec le Bateau "Ile de Lumière "
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Aide directe aux handicapés, mutilés de guerre et orphelins sans passer par le gouvernement