La littérature orale et populaire du Viêt - Nam
- Võ Thu Tịnh -                   

 
      Comme dans tous les pays, la littérature orale et populaire précède souvent, pour ne pas dire toujours, la littérature écrite.
Dans les temps les plus reculés où l'écriture n'était pas encore inventée ou n'était pas en mesure de servir l'expression des sentiments et des idées de l'homme, il existait déjà des maximes, des proverbes, des chansons, des contes, des légendes... qui au début avaient été créés par une personne quelconque dans la masse populaire, sous l'influence d'une émotion, d'une exaltation, d'une extase ou d'un besoin d'évasion et de "défoulement", pour reprendre une expression anachronique.
Puis si cette phrase prononcée, cette chanson fredonnée, ce récit imaginé étaient d'une forme qui charmait l'oreille, d'un fond qui répondait au tempérament, à la psychologie, aux aspirations les plus secrètes et profondes de l'âme, celui qui les avait entendus pour la première fois arriverait à les retenir sans peine, à ne jamais les oublier et à les reprendre plus tard avec l'impression qu'ils étaient venus spontanément de son for intérieur.
Et ces phrases, ces chansons, ces récits seront transmis de bouche en bouche, de générations en générations sans que l'on sache de nos jours quel en fut l'auteur authentique.
La littérature orale et populaire est une littérature anonyme, mais plus tard certains vers, certaines phrases des œuvres écrites des grands écrivains qui répondaient aux critères ci-dessus, sont devenus des maximes, des proverbes, des chansons qui vinrent alors enrichir notre littérature orale et populaire.
Le moyen d'expression unique de cette littérature est le parler de chaque jour, la langue du peuple. Ainsi pour une meilleure compréhension du sujet traité, il nous paraît bien nécessaire de présenter un très bref aperçu de la structure de notre langue dont les propriétés distinctives doivent se retrouver dans la littérature orale et populaire.

La langue vietnamienne originelle est une langue essentiellement monosyllabique et variotonique. Chaque mot vietnamien est un morphème, de prononciation et de forme immuable, car pratiquement notre langue ne connaît pas de déclinaisons, ni de conjugaisons des verbes ou d'accord en genre et en nombre comme dans la plupart des langues indo-européennes.
Dans une phrase vietnamienne comme celle-ci : "Nuóc Pháp là môt nước bạn của dân tộcc Việt nam" (La France est un pays ami du peuple vietnamien), vous entendez des sons qui montent, qui descendent, et qui se modulent comme dans une chanson. C'est parce que la langue vietnamienne est régie par un système de six tons répartis en deux registres :

- Registre inférieur : Huyền (descendant) ; Hỏi (interrogatif) ; Nặng (grave)
- Registre supérieur :; Ngã (retombant) ; Sắc (aigü) ; Không (ngang).

Ainsi avec la rime Ma, par exemple, nous pouvons former avec les six tons, six mots différents : Mà, Mã, Mạ, Mả, Má, Ma.
Entendez cette phrase où cette rime est affectée de six tons différents : "Hôm đám ma ông, má đốt đồ mã gần mả làm hư đám mạ mà chúng ta đã cấy" (Le jour des funérailles du grand-père, maman a brûlé les objets rituels en papier près de la tombe et a causé des dommages aux plants de riz que  nous avions repiqués).
Il faut qu'on soit habitué à ce système tonique pour pouvoir distinguer le sens de tous ces mots : Mà, Mã, Mạ, Mả , Má, Ma.
D'autre part, la langue vietnamienne comprend dans son vocabulaire un grand nombre de mots homophones. Pour distinguer les homophones entre eux comme pour distinguer les différents sens d'un même mot, et afin d'éviter toute équivoque, toute méprise de la part de l'interlocuteur, notre langue a recours à la formation des mots composés.

A à partir du mot NĂM, par exemple, qui signifie année - ou cinq, on a formé deux mots composés :
- Năm tháng (année, mois) pour désigner le temps,
- Năm ba (cinq, trois) pour dire : quelques.
Comme à partir du mot DẤU qui signifie : trace ou cacher, on a formé deux mots composés :
- Dấu vết : trace, formé de 2 synonymes.
- Dấu diếm : cacher, formé d'un morphème (dấu) et un élément asémantique (diếm).
En somme, les mots composés occupent une place importante dans la langue viêt-namienne, d'autant plus que leur formation répond à une tendance naturelle de notre langue consistant à respecter la symétrie, l'harmonie, même dans la prose, dans le parler de chaque jour.
Ainsi au lieu de dire "gió bấc lạnh" (le vent du nord est froid), nous aimons dire "gió bấc lạnh-lùng". Le sens reste le même, mais la phrase nous paraît plus cadencée, plus harmonieuse. A l’expression "mùa xuân ấm" (il fait tiède au printemps), nous préférons la construction "mùa xuân ấm-áp"  bien que toutes deux aient le même sens (lùng, áp sont des éléments asémantiques).
Souvent nous entrecroisons deux mots composés pour former une sorte de distique de 4 ou 6 mots, scindé en 2 parties symétriques, forme que nous dénommons "đối". Par exemple, avec ces mots composés "tháng-năm" (mois, année) et "đợi-chờ" (attendre) nous formons l'expression "tháng đợi/ năm chờ" (attendre des mois et des années). Avec "hoa-cỏ " (fleur, herbe) et "tàn-dại" (faner, flétrir), on a "hoa tàn/ cỏ dại" (la nature flétrie). Avec "ăn-nói" (manger, parler) et "cục-hòn" (morceau, boule) on forme "ăn một cục /nói một hòn" (littéralement = manger un morceau, dire une boule, signifie : conduite grossière).
Le distique, comme vous le savez, est un couple de vers ayant un sens complet - mais dans le distique à la manière vietnamienne, il faut encore et surtout une stricte symétrie entre les deux vers, tant au point de vue de la forme qu'à celui du fond.
Importé de Chine, ce genre littéraire a connu une grande expansion au Viêtnam : il y est devenu souvent un moyen pour les lettrés d'exprimer leurs sentiments, leurs idées en distique écrit sur deux bandes de papier rouge qu'on affiche devant la porte ou dans la salle de séjour à l'occasion de la fête du Têt (Nouvel an viêtnamien) : quelquefois on s'en sert aussi pour éprouver un interlocuteur ou pour provoquer un adversaire qui prétend être homme de lettres.
Un élève se présente devant un professeur pour être admis comme disciple. Le maître lui propose un vers improvisé ; l'élève doit compléter le distique par un second vers dans un laps de temps le plus court possible. Le maître jugera l'intelligence, le talent et surtout la personnalité du candidat à travers ce deuxième vers du distique.
C'était par ce curieux moyen que dans l'ancien temps, certain père qui avait une fille à marier, choisit son futur gendre ; un certain mandarin accorda une audience ; un certain riche remit des étrennes à une personne qui prétendait être lettrée.
Au XVIIIe siècle, le Viêtnam était divisé en deux. Le Nord était gouverné par les rois Lê, le Sud par les seigneurs Nguyễn. Un lettré du Nord vint trouver un ami qui était ministre du roi Lê pour lui demander de le présenter à la Cour. Par jalousie, le dernier refusa. Plus tard, émigré au Sud, le lettré fut nommé Premier Ministre par le seigneur Nguyễn et quand le Sud eut vaincu le Nord, on amena devant le Premier Ministre du Sud son ancien ami devenu prisonnier de guerre.
Le Premier Ministre improvisa alors un vers et demanda à l'autre de compléter le distique :
 "Ai công hầu ? Ai khanh tướng ? giữa trần-ai, ai dễ biết ai ? " (Qui est comte et duc ? Qui est ministre et général ? Dans ce monde de poussière et de cendre, quels sont ceux qui peuvent savoir la valeur d'un autre ?)

Sans aucune hésitation, le vaincu répliqua dignement par le second vers du distique qui est devenu légendaire : "Thế Chiến-Quốc ! Thế Xuân-Thu ! gặp thời thế, thế thì phải thế !" (Epoque de Chiên-Quôc ! Epoque de Xuân-Thu ! (deux époques de grande anarchie dans l'histoire de la Chine antique), dans une pareille époque, il faut se résigner car ainsi est la destinée !).
A une interrogation, il a répondu par une exclamation ; les deux vers sont étrangement symétriques et la réplique est modeste mais non sans fierté.
Le Premier Ministre accorda la clémence à son ancien ami :
"Tu n'as commis aucune faute envers moi personnellement, mais tes agissements sont contraires à l'enseignement de Confucius, notre Maître. Il te suffit de recevoir un certain nombre de coups de bâton devant son autel, comme pénitence symbolique et tu en seras quitte".

Mais ce que personne n'arrive encore à expliquer pourquoi l'ancien ministre du Nord mourut-il sur-le-champ après avoir reçu ces petits coups de bâton ? Est-ce que c'était sur l'ordre secret du Premier Ministre qu'il fut battu à mort ? Ou par excès de zèle des bourreaux ? Ou était-ce le condamné lui-même qui mourut de chagrin et de honte ?

Il nous est rapporté une autre légende non moins intéressante relative à une poétesse viêtnamienne du siècle dernier : Đoàn Thị Điểm.
Un jour alors qu'elle était en train de se baigner dans la salle de bain, un de ses amis, un lettré connu de l'époque, vint frapper la porte et demanda la permission d'entrer pour... soit disant l'admirer. La poétesse improvisa alors un vers, et demanda à son ami lettré de compléter le distique, promettant de lui ouvrir la porte s'il arrivait à fournir une bonne réponse.

Voici le vers de la poétesse : "Da trắng vỗ bì-bạch" ; Littéralement : Peau blanche tapée (produit le son) bì-bạch (une onomatopée imitant le bruit produit quand on tape de sa main la cuisse nue et humide - mais bì-bạch  a une autre signification en sino-viêtnamien, bì veut dire peau, bạch signifie blanche).
Pour qu'il soit acceptable, le 2è vers doit remplir ces conditions :
- d'abord il faut un vers de 5 mots, dont le 1er est un substantif, le 2è un adjectif, le 3è un participe passé, les 4è et 5è une onomatopée,
- le 1er mot doit être le synonyme du 4è, et le 2è du 5è.
- tous les 5 mots doivent être purement vietnamiens, mais les 4è et 5è doivent avoir leur homophone sino-vietnamien.
- les mots des deux vers doivent être respectivement de tons opposés,
- le sens des mots du 2è vers doit être respectivement opposé à celui du 1er vers.
Enfin, le 2è vers doit former avec le 1er vers un distique ayant un sens complet.

Notre pauvre ami malgré de longs efforts, n'arriva pas à trouver un second vers digne du premier, s'avoua vaincu et s'en alla tête basse.
Je ne sais pas si parmi vous, viêtnamiens ou orientalistes ici présents, il y aurait quelqu'un qui peut répondre à la place de ce lettré, mais jusqu'à présent à ce que je sais, le célèbre distique reste encore inachevé.
A part le souci de symétrie et d'harmonie, il y a lieu de noter que dans la langue viêtnamienne il existe une autre tendance qui consiste à remplacer les concepts abstraits par les images concrètes ou par des allégories.
Pour dire "le pays du Viêtnam" par exemple, nous employons l'expression "montagne, fleuve du Viêtnam" (non sông Viêtnam) ; au lieu de dire "suivre les études", nous disons "suivre la plume et l'encrier" (theo đòi bút nghiên).

L'expression "s'occuper du riz, de l'eau" (lo cơm nước) veut dire "s'occuper des tâches ménagères" ; l'expression "soulever les serviettes, arranger les poches" (nâng khăn sửa túi) désigne une épouse et l'expression "l'amour couverture oreiller" (tình chăn gối) signifie "l'amour conjugal" etc.
La langue vietnamienne originelle ne paraît pas organisée pour exprimer des concepts abstraits : par contre, elle est riche en vocables concrets qui constituent en quelque sorte des "auxiliaires descriptifs", non pour faire des descriptions positives, mais pour représenter l'abstrait, et surtout pour suggérer des conduites.
Peu importe d'exprimer clairement ses idées, on désire avant tout, par un choc sentimental, arriver à inviter l'interlocuteur à communiquer avec ce qu'on a senti, à saisir ce qu'on a voulu lui dire ou plutôt ce qu'on n'a pas pu lui dire.
Chez nous, on n'impose pas ses sentiments ni ses idées aux autres. On les laisse libre de sentir, de comprendre et de prendre une décision à leur guise. N'est–il pas là une forme de discrétion de notre part et une des manières de témoigner du respect à l'égard des autres.
Quand le seigneur Trịnh, maire du Palais à la Cour du roi Lê, envoya un messager à Nguyễn Bỉnh Khiêm pour lui demander son avis sur le coup d'état qu'il était en train de préparer pour usurper le trône, le sage s'abstint de répondre d'une manière explicite, mais profitant de la visite inattendue d'un bonze du village, il s'entretint avec ce dernier devant le messager :

- Est-ce que les fidèles vous ont apporté régulièrement des offrandes ?
- Oui, mais ce n'est pas à moi qu'ils ont apporté des offrandes, c'est plutôt à Bouddha, notre Maître.
- Et c'est vous qui en profitez ?
- C'est vrai, c'est la tradition qui l'a voulu ainsi, soupira le bonze.
- Si par exemple, reprit Nguyễn Bỉnh Khiêm, il n'y a plus de Bouddha à la pagode, croyez-vous que les fidèles continueront à vous apporter des offrandes ?
- Bien sûr que non !
Fixant du regard le messager du seigneur Trịnh, le Sage lui suggéra  :
- Eh bien ! n'est-il pas plus sage de conserver Bouddha pour pouvoir continuer à profiter des offrandes des fidèles ?
Le dialogue a été rapporté au seigneur Trịnh ; ce dernier a compris ce que Nguyễn Bỉnh Khiêm avait voulu lui signifier, et il abandonna son projet de coup d'état.

J'espère que ces quelques anecdotes et citations vous aident à discerner les propriétés distinctives de notre langue, à savoir : La musicalité de la phrase régie par la gamme hexaphone ; la tendance au rythme et à la symétrie ; l'importance des auxiliaires descriptifs qui est un des traits de la poésie ancienne; le caractère suggestif de nos propos invitant l'interlocuteur de deviner ce que nous voulons lui dire;  enfin l'effet magique des monosyllabes homophones qui abondent dans notre langue; deux homophones, chacun avec la même force de suggestion, à la fois singulière et indéfinie, peuvent éveiller les séries d'images les plus dissemblables.
Ces propriétés se retrouvent dans notre littérature orale et populaire et contribuent à lui donner une forme bien particulière qui la distingue des traditions orales de la plupart des langues indo-européennes
D'abord, la tendance au rythme, à la symétrie, et la musicalité des mots vietnamiens ont tellement influencé la tradition orale que presque toutes les phrases laconiques des proverbes sont devenues la prose rimée et rythmée ou pour ainsi dire des vers. Souvent un proverbe ou "tục ngữ " est divisé en deux hémistiches strictement symétriques, et il y a également la prédominance des autres rimes sur des rimes plates : le dernier mot du premier vers rime avec le premier mot du deuxième vers dans les rimes fratrisées, - ou avec un autre mot à l'intérieur du deuxième vers dans les rimes batelées. La disposition de ces rimes peut être schématisée comme suit :


 
   
Comme nous avons eu l'occasion de voir, si les proverbes ou "tục ngữ" (littéralement : coutume - parler) sont des phrases laconiques, faciles à retenir, c'est surtout grâce à leurs rimes. Elles sont fratrisées comme dans ces exemples : "Lắm thóc/ nhọc xay" ; Littéralement : Qui a beaucoup de paddy aura beaucoup de peine à le décortiquer. Ou "Thuyền theo lái/ gái theo chồng" ;  Littéralement : la barque obéit à son gouvernail, la femme à son mari... ou encore : "Khôn cho người ta rái/ dại cho người  ta thương" ; Litttéralement : Avisé, il faut l'être vraiment pour qu'on vous craigne; ignorant, il faut accepter de l'être pour qu'on vous tolère.
 D'autres rimes sont batelées et ce sont des plus nombreuses. "Ep dầu ép mỡ / ai nỡ ép duyên"; Littéralement : On peut presser des graines oléagineuses, mais qui aurait le cœur de faire pression sur les jeunes gens pour les forcer à se marier ! Ou : " Ăn cỗ đi trước, lội nước đi sau" : Littéralement : Sois le premier à arriver au festin, le dernier à traverser le gué. Ou encore : "Một miếng giữa làng, bằng môt sàng xó bếp" ; Littéralement : Un morceau à manger au festin du village vaut mieux qu'un panier plein au coin de la cuisine.
Quelquefois, dans certains proverbes, il n'y a guère de rimes. Alors, c'est la symétrie, le rythme entre les deux parties de la phrase qui permettent de les retenir facilement : "Giàu điếc/sang đui" ; Littéralement : "Le riche devient sourd/le noble devient aveugle". Ou "No nên bụt/ đói ra ma" ; Littéralement : Rassasié, on devient bouddha / affamé, on devient démon malfaisant.
Enfin, très rares sont les proverbes qui n'ont ni rime, ni rythme,  ni symétrie entre les parties de la phrase : "Múa riù trước mắt thợ" ; Littéralement : Il se permet de brandir la hache devant le maître bûcheron. "Kiến tha lâu đầy tổ  » ; Littéralement : Petit à petit, la fourmi remplit sa fourmilière de provisions.
Mais on retrouve surtout la prédominance des rimes fratrisées et des rimes batelées sur les rimes plates dans un genre de notre littérature orale appelé "đồng dao" ou chansons d'enfant, qui est une réunion de brides de phrases rimées de 2 à 4 mots, n'ayant pas nécessairement de sens dans leur ensemble, et que les mères viêtnamiennes à côté du berceau, apprennent à leurs jeunes enfants. Ce sont en quelque sorte leur première leçon de prononciation et de vocabulaire, dont voici un petit exemple typique :

"Đâu quạ    Littéralement    : tête de corbeau
"Quá giang "      : passer le fleuve
"Sang sông "     : traverser la rivière
"Trồng cây  "     : planter l'arbre
"Lấy quả    "      : manger le fruit
 "Nhả hột    "      : rejeter le noyau 

Les vers n'ont que deux mots chacun, c'est facile pour l'enfant de les répéter, de les retenir. Souvent dans les veillées, assise au milieu de ses enfants, la mère hasarde deux mots, laissant aux enfants le soin de continuer avec deux autres mots dont le premier rime avec le dernier mot du vers précédent, et ainsi de suite...
Puis à mesure que l'enfant grandit, il apprendra des vers plus longs, des vers de trois mots, pour enrichir son vocabulaire :

(cái) "kéo thợ may     Litt.    : les ciseaux du tailleur
"cày làm ruộng      "    : la charrue pour labourer  la rizière
"xuổng đắp bờ    "     : la pelle pour remblayer la digue
" lờ thả cá          "    : la nasse pour rattraper les  poissons
"ná bắn chim          "    : l'arbalète pour tuer les oiseaux

Des fois l'enfant se moque gentiment de la soi-disant tutelle, des privilèges de l'aînée, mais en les acceptent tout bonnement.

"chị nằm giường    Litt.    : l'aînée dort dans un lit
"em nằm đất      "    : la cadette dort par terre
"chị ăn mật        "    : l'aînée mange du miel
"em liếm ve        "    : la cadette lèche le flacon
"chị ăn chè        "    : l'aînée mange du potage sucré
"em liếm bát      "    : la cadette lèche le bol
"chị ca hát        "     : aînée chante
"em vỗ tay        "     : la cadette applaudit
"chị ăn mày      "     : l'aînée s'en va mendier
"em xách bị      "     : la cadette en porte la besace
"chị làm đĩ        "     : l'aînée s'adonne à la prostitution
"em thu tiền        "    : la cadette encaisse...

Plus tard, on enseigne petit à petit les bonnes manières aux fillettes en tournant en ridicule certains de leurs travers habituels. Les vers du "dông dao" continuent à s'allonger :

"Thìa lia, thìa lẩy    Litt.    : Tonton, mironton !
"Con gái bảy nghề  "    : la jeune fille a sept métiers
"Ngồi lê là một       "    : passer son temps à des  commérages est le premier  métier.
"Dựa cột là hai      "    : s'adosser à la colonne est  le deuxième
"Theo trai là ba      "    : s'éprendre des garçons est  le troisième
"Ăn quà là bốn      "     : toujours grignoter est  le quatrième
"Trốn việc là năm   "    : esquiver le travail est le cinquième
"Hay nằm là sáu    "    : se coucher à n'importer quel moment est le sixième
"Láu-táu là bảy      "    : parler, agir avec précipitation et mal à propos est  le septième.

Bientôt l'enfant ouvre les yeux sur la nature, sur les travaux des champs, et commence à s'intéresser à la vie de la communauté :

"Lạy tròi mưa xuống    : j'implore le ciel pour qu'il pleuve
"Lấy nước tôi uống     : pour que nous ayons de l'eau à boire
"Lấy ruộng tôi cày       : pour que nous puissions cultiver nos rizières
"Lấy đầy bát cơm       : pour que nous ayons nos bols pleins de riz
"Lấy rơm đun bếp       : et de la paille pour le feu de notre cuisine

Je me garderais bien de vous ennuyer en présentant tous les détails sur les règles de la versification orale et populaire, mais j'aimerais néanmoins signaler que les vers, les phrases rimées et rythmées des proverbes de toutes formes aussi bien que des chansons auront plus tard six pieds, et huit pieds, formant un genre bien connu : le "lục bát" (six, huit) formé des couples de vers de six pieds et huit pieds, le dernier mot du premier vers rime avec le 6è mot du second, et dernier mot du second rime avec de dernier mot du vers suivant (qui est un vers de 6 pieds), ainsi de suite :


Exemple :        Trâu ơi ta bảo trâu nầy
                       Trâu ra ngoài ruộng trâu cày với ta
                       Cày cấy vốn nghiệp nông gia
                       Trâu đây ta đấy ai mà quản công
                       Bao giờ ngọn lúa có bông
                       Thì còn ngọn cỏ ngoài đồng trâu ăn
           
Ce schéma nous aidera à mieux comprendre une technique de composition bien particulière à notre littérature orale et populaire, la technique "thể hứng" qui emploie des vers appelés "vers liminaires d'ornement". Ils sont l'originalité, le charme et la poésie de nos proverbes et chansonnettes. Les vers que je dénomme "vers liminaires d'ornement" sont des vers dont le sens n'a aucun rapport avec celui des vers principaux auxquels ils servent de prélude.
Les auteurs de la tradition orale vietnamienne ont une grande prédilection pour cette technique "thể hứng", soit parce qu'il n'est pas bienséant de dire tout de suite ce qu'on a à dire, soit pour avoir le temps de réfléchir, de trouver les rimes, d'improviser les vers qui vont suivre, soit pour se donner de la contenance, pour créer une bonne ambiance afin d'introduire le propos principal.
Souvent aussi on a déjà dans la tête le vers principal qui est un vers de huit pieds et il suffit de trouver un vers quelconque de six pieds qui formera avec l'autre, un couple de "lục bát".
Par exemple, une femme qui tient à exprimer un sentiment et qui a déjà sur ses lèvres le vers principal : "Lòng thương quân-tử ốm o gầy mòn" ; Littéralement : (Mon) cœur adore le "quân-tử" (c'est-à-dire l'Honnête Homme, ici désigne son amant) et j'en suis devenue malade et amaigrie.
Il lui faut un "vers liminaire d'ornement" ayant n'importe quel sens, à la seule condition qu'il soit terminé par la rime O (pour rimer avec ốm-o dans le vers principal). La femme regarde alors tout autour d'elle pour voir s'il y a une forme, un son, un spectacle qui puisse lui donner de l'inspiration - elle fouille dans sa mémoire, dans la multitude de "đồng dao" qu'elle a apprise depuis son enfance pour trouver la rime appropriée. Enfin, elle ne tarde guère à trouver ce vers : "Chim chuyền bụi hót liú-lo ;  Littéralement : l'oiseau voltige de tige en tige sur les piments en gazouillant.
Comme nous le voyons, le sens de ce vers est étranger au sens du vers principal, mais ces mots forment avec le vers principal un couple "luc bát" bien intéressant :

    " Chim chuyền bụi hót liú-lo
    " Lòng thương quân-tử ốm-o gầy mòn"

Si nous transposions cette technique dans la versification française, nous aurions, par exemple, à trouver un "vers liminaire d'ornement" qui précède le vers principal comme celui-ci :    "O ma chérie ! je pense à toi"
avec la seule différence que nous emploierions les rimes plates au lieu des rimes batelées.
Quel pourrait être ce vers ? On peut en avoir sur-le-champ une multitude.
    "Le vent murmure dans les bois,
    "O ma chérie ! Je pense à toi !
ou
    "L'oiseau gazouille sur le toit,
    "O ma chérie ! Je pense à toi !
ou bien
    "Sur le clocher, une jolie croix,
    "O ma chérie ! Je pense à toi !
Mais revenons à la littérature orale et populaire du Vietnam et écoutons cette petite chanson dans laquelle la naïveté du "thể hứng" a rejoint des allégories singulières et imprécises :

    "Trên trời có đám mây xanh
    "Ở giữa mây trắng, xung quanh mây vàng
    "Bao giờ tôi cưới được nàng
     "Thì tôi mua gạch Bát-Tràng về xây
    "Xây giọc rồi lại xây ngang
    "Xây hồ bán nguyệt cho nàng rửa chân
    "Có rửa thì rửa chân tay
   "Chớ rửa lông mày chết cá ao anh !

Littéralement : Bien haut dans le ciel il y a des nuages, / Ceux du centre sont blancs et ceux qui les entourent sont jaunes./ Quand je pourrai l'épouser,/ j'achèterai des briques (du village) Bát-Tràng pour bâtir (notre maison)./ Je bâtirai en long et je bâtirai en large./ Je bâtirai un bassin en forme de demi-lune pour qu'elle vienne y laver ses pieds./ "Mais ô chérie ! tu y laveras seulement tes pieds et tes mains, /et non tes cils, (si tu le faisais) tu tuerais mes poissons."
Les deux premiers vers de technique "thể hứng" sont des "vers liminaires d'ornement", et les deux derniers vers forment une allégorie énigmatique. Chacun l'interprète comme il l'entend. Mais l'interprétation qui me semble la meilleure est que le jeune homme, dans ces vers, veut signifier discrètement à la jeune fille qu'une fois qu'elle l'aura épousé, elle ne devra rien regretter, concrètement elle ne devra pas pleurer (laver ses cils), car si elle le faisait, elle immolerait le cœur du jeune homme (ses poissons).
On trouvera cette tendance à concrétiser les sentiments abstraits par des images, des allégories et le caractère suggestif des monosyllabes homophones qui expriment cette pudeur, cette discrétion propres à notre peuple.
Chez nous, dans l'ancien temps on se gardait de dire brutalement à l'être aimé : "Je t'aime" ou "Je pense à toi", de peur de choquer, de manquer d'égard, de respect à la personne qu'on aimait. Et pourquoi faut-il prononcer ces mots ? Il y en a tant d'autres manières plus élégantes et délicates pour exprimer ses sentiments !

    "Thuyền về có nhớ bến chăng ?
    "Bến thì một dạ khăng khăng nhớ thuyền !"

Littéralement : O barque ! Après avoir quitté l'embarcadère pour rentrer chez toi, est-ce que tu penses encore à lui ? - quant à l'embarcadère, il s'obstine à ne jamais t'oublier !
La jeune fille ne vous répondait jamais, dans l'ancien temps bien entendu : "Je ne t'oublie jamais", mais elle dirait :

    "Bến ơi ! quên bến sao đành !
    "Vì chưng cách thác, xuôi gành khó sang !

Littéralement : O embarcadère !Comment la barque peut-elle t'oublier ? C'est plutôt à cause des cascades, des récifs qu'il lui est difficile de venir (à toi).
C'est grâce à ce moyen discret et délicat qu'une jeune fille de l'ancien temps a pu poser par exemple les conditions préalables du futur mariage à son prétendant :

    "Rú rừng thì có hươu mang,
    "Khe suối thì  có măng giang,
    "Đò dọc thì có đò ngang
    "Chợ búa thì có mụ bán hàng
    "Biết bao giờ em gặp được chàng ?   
    "Rú rừng thì trả lại cho hươu mang,
    "Khe suối thì trả lại cho măng giang,
    "Đò dọc thì trả lại cho đò ngang,
    "Chợ búa thì trả lại cho mụ bán hàng !
    "Ai mô rồi trả nấy, thiếp vói chàng duyên lại xe duyên"

Littéralement : (Bien entendu) puisqu'il y a des forêts, il y a des cerfs et des chevreuils ;  puisqu'il y a des ruisseaux, il y a des pousses de bambou (sur les bords) ; puisqu'il y a des barques qui descendent les fleuves, il y en a d'autres qui les traversent ; puisqu'il y a des marchés, il y a des bonnes marchandes. Je me suis demandé quand je pourrai rencontrer mon amour, (alors, à ce moment) les forêts seront laissées aux cerfs et aux chevreuils, les ruisseaux aux pousses de bambou ;  les barques qui descendent les fleuves à celles qui les traversent ; les marchés aux bonnes marchandes ! Bref, laissons à chacun ce qui est à lui : alors toi et moi, nous unirons nos destinées.
On peut deviner sans peine ce que cette jeune fille a voulu dire. Il est naturel que dans la vie de chaque jour, à cause des contacts, des fréquentations d'ordre social et professionnel, il nous est arrivé d'avoir des amourettes, des folies de jeunesse. Mais quand on arrive à rencontrer celui ou celle qui nous est prédestiné, et qu'on est décidé de se marier, il faut qu'on en finisse désormais avec ses anciennes amours.
Certes, il n'est pas facile pour une jeune fille de l'ancien temps de le dire crûment et explicitement - et pourtant, il fallait à tout prix qu'elle parvînt à exiger de son prétendant un accord préalable sur ces conditions avant de conclure le mariage !
Certains ont tenté d'expliquer que cette discrétion, cette réserve du langage dans la tradition orale aussi bien que dans la vie de chaque jour, ne sont autre qu'une forme de prudence, de résignation, conséquence des siècles et de siècles d'oppression qu'a subi le peuple vietnamien.
Je ne puis confirmer cette assertion ! Tout ce que je sais c'est que le Viêtnamien est ordinairement bien doux, bien accommodant et fort résigné dans la vie courante, mais lorsqu'il est à bout de patience, il se révolte brusquement, sans que personne n’en soit prévenu.
Ainsi, lorsqu'il ne peut plus supporter l'infidélité et la trahison, le Viêtnamien sort de sa réserve habituelle, et dévoile ses propres sentiments d'une manière triste et amère, sans toutefois se laisser emporter par la fougue aveugle de la jalousie et la haine. Ainsi, la femme viêtnamienne dit à son ancien amant :

    "Lúc nào anh bủng anh beo ?
    "Tay nâng chén thuốc, lại đèo múi chanh !
    "Bây giờ anh mạnh, anh lành,
    "Anh mê duyên mới, anh đành phụ em !

Littéralement : Où est ce moment où tu étais pâle et épuisé, je te soignais en t'apportant de mes propres mains le bol de médicament accompagné de tranches de citron ? Maintenant que tu redeviens robuste et en bonne santé, tu t'adonnes à de nouvelles amours et tu me laisses tomber !
Et tel autre Vietnamien reproche à son infidèle :

    "Khi nào em nói vói anh
    "Như rựa chém xuống đất,
    "Như mật rót vào tai !
    "Bây giờ em đã nghe ai,
    "Gặp anh ghé nón nghiêng vai không chào !

Littéralement : Où est ce moment où tu parlais avec moi comme la serpe qui s'enfonce dans le sol, comme si tu versais du miel dans mon oreille ? Maintenant que tu t'es donnée à quelqu'un d'autre, lorsque tu m'as rencontré, tu t'es caché le visage dans ton chapeau conique et tu t'es détournée pour ne pas me saluer !
Les chansons et les proverbes vietnamiens de toutes formes sont d'autre part partagés entre deux humeurs antagonistes : La douce mélancolie des confidences intimes prenant comme témoin constant la nature fidèle et la jovialité souvent ironique, parfois sarcastique mais dénotant toujours une juvénilité ardente et épicurienne.
C'est cette fusion de tristesse et de gaieté qui fait la valeur littéraire de notre tradition orale, car elle reflète la réalité, la vraie vie des humains  où il n'y a guère de situation purement tragique et exclusivement comique.
Dans ses confidences intimes, le Viêtnamien s'adresse tantôt directement à la nature qui partage ses sentiments :

    "Đêm khuya ra đứng bờ ao,
    "Trông cá, cá lặn ; trông sao, sao mờ !
    "Buồn trông con nhện giăng tơ,
    "Nhện ơi ! nhện hỡi ! nhện chờ mối ai ?
    "Buồn trông chênh-chếch sao mai
    "Sao ơi ! sao hỡi ! nhớ ai sao buồn ?

Littéralement : Très tard dans la nuit, je m'en vais au bord de l'étang. Je regarde les poissons, les poissons replongent dans l'eau ; je regarde les étoiles, les étoiles pâlissent. Tristement, je regarde l'araignée tisser sa toile : "Ô araignée ! ô araignée ! A quelle destinée attendent tes bouts de fil ? (c'est-à-dire des nouvelles, des messages ?)". Tristement je regarde l'Etoile du Berger se pencher (sur l'horizon) : "Ô étoile ! ô étoile ! A qui penses-tu tant pour être si mélancolique ?".
Tantôt il évoque la nature comme témoin, même comme complice, et par une certaine analogie, il nous mène insensiblement à la confidence :
    "Đố ai quét sạch lá rừng
    "Để ta khuyên gió, gió đừng rung cây
    "Rung cây, rung cội, rung cành,
    "Rung sao cho chuyển lòng anh với nàng ?

Littéralement : Je défie quiconque arrive à balayer toutes les feuilles de la forêt, je conseillerais alors au vent de ne plus secouer les arbres. Certes, on peut secouer les tiges, secouer les racines, secouer les branches, mais comment peut-on arriver à secouer notre amour ?
La nature dans la littérature vietnamienne n'est ni indifférente, ni hostile. Elle est l'Amie, la fidèle confidente toujours prête à s'accommoder à nos humeurs, à partager nos peines aussi bien que nos espérances :

    "Khi vui, non nước cũng vui,
    "Khi buồn, sáo thổi kèn đôi cũng buồn."

Littéralement : Quand on est joyeux, la montagne, le fleuve (qui symbolisent la nature) le sont aussi. Mais quand on est triste, même les sons des flûtes et des trompettes n'arrivent pas à dissiper en nous la tristesse !
A côté de cette vague mélancolie, on peut noter une jovialité naïve et ironique : on rit pour s'amuser soi-même, pour amuser les autres ou pour railler malicieusement mais sans méchanceté aucune, les travers individuels et ceux de la communauté.
Et puisque "le rire est le propre de l'homme" comme l'a dit Rabelais, la jovialité dans notre tradition orale est pour ainsi dire une manifestation concrète et certaine de la vie de notre peuple.
Mais le Vietnamien rit aussi quand il est trop triste. Nguyễn Công Trứ, un poète du XIXè siècle ne l'a-t-il pas confirmé dans ses deux célèbres vers :
    "Ngôi buồn mà trách ông xanh,
    "Khi vui muốn khóc, buồn tênh lại cười. "

Littéralement : Ennuyé, je me mets à reprocher la Providence : (Pourquoi me fait-elle) pleurer quand je suis gai, et rire quand je suis désolé ?
En fait, il vous arrive souvent de voir le Viêtnamien rire à toute occasion : quand il se fâche, il rit ; quand il doute, il rit ; quand il est embarrassé, il rit ; quand il s'avoue vaincu, il rit et même devant la mort, certains arrivent aussi à rire. Mais laissons aux psychologues et aux sociologues le soin d'expliquer ce singulier phénomène qui, souvent, a choqué, même scandalisé la plupart des étrangers. Pour le moment, occupons-nous du rire dans notre tradition orale.
D'abord, ce sont des ritournelles qu'on s'amuse à répéter presque interminablement en faisant rimer le dernier mot du dernier vers avec le dernier mot du premier vers :

1 - "Không đi thì nhớ thì thương,
2 - "Hễ đi thì mắc cái mương cái cầu !
3 - "Không đi thì nhớ thì sầu,
4 - "Hễ đi thì mắc cái cầu cái mương !
        1 - "Không đi thì nhớ thì thương,
        2 - "Hễ đi ....

Littéralement : Si je ne vais pas (chez toi), j'aurai le mal d'amour ; mais si j'y vais, je serai arrêté par les fossés et les ponts. Si je vais ne pas (chez toi), je serai accablé de tristesse ; mais si j'y vais, je serai arrêté par les ponts et les fossés.
Nous rions aussi devant un semblant de naïveté :

    "Con kiến mày ở trong nhà,
    "Tao đóng cửa lại mày ra lối nào?
    "Con cá mày ở dưới ao
    "Tao đổ nước vào mày sống được chăng?

Littéralement : O fourmi, tu es dans la maison, je vais fermer la porte, par quelle issue pourras-tu en sortir  ? O poisson, tu es dans l'étang, je vais y verser de l'eau, comment arriveras-tu à survivre ?
Souvent aussi nous rions à cause d'une méprise, d'un quiproquo :

    "Bà già đi chợ cầu Đông
    "Bói xem một quẻ có chồng lợi chăng
    "Thầy bói xem quẻ đoán rằng
    "Lợi thì có lợi, mà răng không còn.

Littéralement : La vieille dame s'en va au marché de l'Est ; Elle demande au devin s'il est avantageux (lợi) pour elle d'avoir un mari. (Comme le mot "lợi" a deux significations : avantage et gencive) le devin a compris la question suivant le deuxième sens du mot "lợi" c'est-à-dire gencive. Alors, après avoir consulté l'horoscope il répondit à la vieille dame : "En vérité je vous le dis, il y a des gencives, mais il ne vous reste plus de dents".
La liste des citations serait-elle bien longue et ennuyeuse, car les techniques du comique sont presque pareilles dans toutes les traditions orales : Depuis les propos grossiers, les jeux de mots jusqu'à l'emploi des répétitions, des méprises, des quiproquos, des contradictions, des exagérations, de l'ironie...Je voudrais simplement insister sur les caractères bien spécifiques de notre rire, de notre jovialité dans la tradition orale.
D'abord, cette jovialité est une forme de participation directe du peuple viêtnamien au maintien de la juste mesure, de l'équilibre moral de notre société dans l'ancien temps. Le Viêtnamien a toujours vénéré les "quân-tử" ou les honnêtes hommes, les lettrés, les héros, les religieux.... mais il ne manque pas de tourner en ridicule les "quân-tử" trop bornés et trop scrupuleux, les lettrés fainéants, les faux héros, les religieux vivant à l'écart de la communauté.

    "Quân-tử là quân-tử Tàu
   "Ăn cơm thì  ít, ăn rau thì nhiều"

Littéralement : Est-ce un quân-tử ? Ce n'est qu'un quân-tử à la chinoise qui mange peu de riz et beaucoup de légumes !
ou encore :

    "Quân-tử nhất ngôn là quân-tử dại,
    "Quân-tử nói đi nói lại là quân-tử khôn"

Littéralement : Le quân-tử qui n'a qu'une parole est un quân-tu inintelligent. Le quân-tử qui sait corriger ce qu'il a dit est un sage quân-tử.
C'est un avertissement que Confucius lui-même a formulé dans un entretien avec Tử-Cống, un de ses disciples favoris : "En dernier lieu, dit le Maître, celui qui sait tenir sa parole, qui sait se montrer résolu dans ses activités, peut être considéré à la rigueur comme un quân-tử, quoiqu'il puisse devenir trop borné et trop scrupuleux..."
Quant aux lettrés, les "kẻ sĩ ", qui, dans l'ancien temps, occupaient le premier rang devant les agriculteurs, les ouvriers et les commerçants, étaient aussi l'objet de raillerie de la population, si, sous prétexte de s'adonner aux études, ils se soustrayaient aux travaux productifs :
    "Nhất sĩ nhì nông, hết gạo chạy rông, nhất nông nhì sĩ "
Littéralement : Au premier rang c'est le lettré, au second l'agriculteur. Mais quand le riz est épuisé, et qu'on doit courir le quémander, alors c'est l'agriculteur qui viendra au premier rang et le lettré au dernier.

    "Ai ơi chớ lấy học trò
    "Dài lưng tốn vải ăn no lại nằm"

Littéralement : O jeune fille, n'épousez pas les étudiants. Leur dos trop long fait dépenser trop d'étoffe et après avoir mangé à leur faim, ils ne font que dormir.
D'autre part, malgré leur grande adoration des héros, les Vietnamiens savent à l'occasion en distinguer les vrais des faux.
    "Anh hùng là anh hùng rơm,
    "Tôi cho mồi lửa hết cơn anh hùng"

Littéralement : Est-ce un héros ? Ce n'est qu'un héros de paille ! Il suffit d'une torche pour anéantir la fougue héroïque.


Et, quoique Bouddha soit vénéré par la majorité des Vietnamiens, le peuple n'a pas une grande admiration pour les bonzes vivant à l'écart de la communauté :

    "Thứ nhất là tu tại nhà
    "Thứ hai tu chợ, thứ ba tu chùa"

Littéralement : Le meilleur milieu pour mener une vie sainte, c'est-à-dire pour suivre la doctrine de Bouddha afin de gagner notre salut, est notre famille ; le second est le marché, et le troisième est la pagode.
En effet :     "Tu đâu cho bằng tu nhà
                  "Thờ cha, kính mẹ, ấy là tu thân"
Littéralement : Rien ne vaut sa propre maison ! Pourquoi va-t-on chercher ailleurs un endroit pour mener la vie de religieux ? Vénérer son père, respecter sa mère, c'est la meilleure manière de mener une vie sainte.
Même dans une pagode, le bonze n'arrive pas toujours à avoir la paix dans son cœur :

    "Sư dang tụng niệm nam mô,
    "Thấy cô xách giỏ mò cua lên chùa.
    "Lòng sư luống những mơ-hồ,
    "Bỏ cả kinh-kệ, tìm cô hỏi chào,
    "Ai ngờ cô đi đàng nào
    "Tay cầm tràng hạt ra vào băn khoăn."

Littéralement : Le bonze est en train de réciter les prières alors qu'une jeune fille entre dans la pagode, tenant dans ses bras une nasse pleine de crabes. Le cœur du bonze commence à s'embrouiller; il abandonne les prières et s'en va à la recherche de la jeune fille pour la saluer. Hélas, on ne sait pas par quelle porte elle est repartie. Chapelet dans la main, le bonze ne fait que sortir et rentrer, le cœur fort tourmenté...
En second lieu, le rire dans la plupart de nos chansons et nos proverbes de toutes formes a pour objet "le sort de la femme" dans la famille et dans la société : tantôt on s'oppose aux maris oppresseurs, tantôt on raille sans méchanceté les vieilles filles ou les gens qui se marient trop jeunes suivant l'ancienne tradition de notre pays.
Mais auparavant, voici une nouvelle "revalorisation" des hommes par rapport aux femmes : 

    "Ba đồng môt mớ đàn ông,   

    "Đem về bỏ lồng cho kiến nó tha
    "Ba trăm một mụ đàn bà,
    "Đem về mà trải chiếu hoa cho ngồi"

Littéralement : Pour trois sapèques, on peut acquérir dix mille hommes qu'on enferme dans la cage, livrés aux fourmis. Et trois cents sapèques, c'est le prix d'une femme que l'on invite à venir s'asseoir sur nos nattes fleuries !
Et dans la conversation de chaque jour, on a souvent cité ce dicton :
    "Con là nợ, vợ là oan gia"
Littéralement : Nos enfants, ce sont nos anciens créanciers (réincarnés) et notre femme, c'est notre victime (de notre vie antérieure) qui vient nous demander des comptes.
En effet, dans l'ancien temps, la plupart des Vietnamiens ont cru à la métempsychose : une fois mort, l'homme peut renaître dans ce monde ; Il y a une transmigration sans fin des âmes d'un corps dans un autre. Ainsi le prince Sakya Muni par exemple, avant d'atteindre le stade de Bouddha (c'est-à-dire celui qui possède la Vérité) avait passé par plus de cinq cents vies antérieures appelées Jatâka (littéralement : Naissance ; le futur Bouddha a connu les conditions les plus diverses : il a revêtu tour à tour les formes animales, humaines et divines tandis qu'il accumulait d'énormes mérites nécessaires pour parvenir au Suprême Eveil). Nous autres, nous subissons les conséquences néfastes des mauvaises actions que nous avons commises dans nos existences antérieures ; et les mérites de notre vie présente seront récompensés dans notre vie future. Les enfants étaient des personnes à qui nous étions débiteurs, aussi sont-elles réincarnées dans notre famille pour que nous payions notre dette en les élevant. Quant au mari et à la femme, d'après cette croyance populaire, ce sont des gens qui se sont causé bien des malheurs dans leur vie antérieure, aussi ont-ils dû renaître pour se marier afin de se faire souffrir l'un, l'autre.
On a pu même noter des vers hardis par lesquels la femme tient à prendre sa revanche :
        "Ông ăn chả thì bà ăn nem"
Littéralement : (Si) monsieur mange du pâté, madame mangera du hachis (ce qui signifie : si le mari prend une concubine, la femme aura un amant).
Et :    "Lẳng-lơ cũng chẳng có mòn.
         "Chính-chuyên cũng chẳng sơn son để thờ."

Littéralement :  Si vous êtes libertine, cela ne vous usera pas; mais fidèle à son mari, vous ne serez guère embaumée pour être adorée.
ou encore :    "Có chồng càng dễ chơi ngang !
                    "Đẻ ra, con thiếp con chàng, con ai ?"
Littéralement : Une fois mariée, je pourrai m'amuser à mon aise ! Si j'accouche d'un enfant, de qui pourrait-il être ? De moi, de toi, de qui… ?
Souvent aussi, on taquine les vieilles filles qui n'arrivent pas à trouver un mari :

    "Đi đâu mà chẳng lấy chồng ?
    "Người ta lấy hết, chổng mông mà gào
    "Gào rằng : "Đất hỡi, tròi ơi !
    "Sao không thí bỏ cho tôi chút chồng ?"
    "Ông trời ngoảnh lại mà trông :
    "Mày hay kén chọn, ông không cho mày".

Littéralement : "Où étais-tu, pourquoi n'es-tu pas venue pour recevoir un mari ?". Comme (les autres filles) les ont tous raflés, la pauvre relève sa croupe pour prier : "O terre ! O ciel ! Pourquoi ne me donnez-vous pas un petit mari en aumône ?". Le Dieu du Ciel se retourne vers elle et répond : "Tu es trop difficile dans ton choix, je ne t'en donne pas !".
Puis on fait semblant de s'apitoyer sur son sort :

    "Gái có chồng như gông đeo cổ
    "Gái không chồng như phản gỗ long đanh.
    "Phản long đanh anh còn chữa được,
    "Gái không chồng chạy ngược chạy xuôi
    "Không chồng khổ lắm, chị em ơi !"

Littéralement : La femme mariée est comme une personne qui porte une cangue au cou. La fille qui n'a pas de mari est comparable à un lit en bois dont les joints sont défaits. On peut réparer de pareil lit. Mais que peut-on faire de ces filles qui n'ont pas de mari ? Elles passent leur temps à courir de long en large ! O quel malheur d'être une fille qui n'a pas de mari !
Jadis, les gens se mariaient très jeunes. Un garçon de neuf ou de dix ans par exemple, épousait souvent une fille de quinze ans à dix huit ans et réciproquement. Et ces drames furent l'objet de raillerie, de moquerie dans notre tradition orale :

        "Bông bồng, cõng chồng đi chơi,
        "Đi ngang qua vũng, đánh rơi mất chồng
        "Chị em ơi ! cho tôi mượn cái gàu sòng,
        "Để tôi tát nước vớt chồng tôi lên".

Littéralement : Hop ! Hop ! Je porte mon mari à califourchon sur mes épaules pour le promener. En traversant une flaque d'eau, mon mari y est tombé. Ô chères amies ! Prêtez-moi un grand seau pour que je puise l'eau afin de repêcher mon mari.
ou bien :
       "Lấy chồng từ thủa mười lăm

        "Chồng chê còn bé không nằm cùng tôi.
        "Đến năm mười tám, đôi mươi,
        "Tôi nằm dưới đất chồng lôi lên giường
        "Một rằng thương, hai rằng thương,
        "Có bốn chân giường gãy một còn ba.
        "Ai về nhắn với mẹ cha,
        "Chồng tôi nay đã giao hòa cùng tôi".
Littéralement : J'ai été mariée à l'âge de quinze ans. Mon mari me trouva alors trop jeune et ne se coucha pas avec moi. Mais depuis que j'atteins mes dix huit, vingt ans, quand je dors par terre, mon mari m'entraîne dans son lit et ne cesse de me répéter : "Comme je t'aime ! Comme je t'aime", à tel point que les quatre pieds de notre lit, un s'est déjà cassé, et il n'en reste que trois. Ô vous qui aurez l'occasion de rentrer dans notre village, vous direz à mes parents que maintenant mon mari et moi, nous nous entendons très bien.
*
Mon exposé sera incomplet si j'omets de présenter les contes et les légendes qui constituent un genre particulier de la tradition orale.
En effet, il convient de rappeler que la littérature orale et populaire du Vietnam peut être à la rigueur divisée en trois genres distincts :
- les "tục ngữ" ou proverbes, composés de phrases laconiques, rimées et rythmées et de forme immuable constituant en quelque sorte la voix de la raison.
- les "ca dao", đồng dao"... ou chansons, composés de vers plus longs, aussi de forme immuable, constituant pour ainsi dire la voix du cœur !
- et les "chuyện cổ-tích" ou contes, légendes, composés de récits en prose souvent imaginaires, n'ayant pas de formes particulières : quoique chacune des histoires reste presque la même, chaque conteur la présente à sa manière, avec un style qui lui est propre. C'est en quelque sorte une évasion donnant libre cours à l'imagination.
Mais d'abord, les contes que la masse populaire aime le plus sont sans doute les "tiếu-lâm" ou conte à rire. Ce sont des récits comiques sur les tours de farces grotesques, des ruses malicieuses, des plaisanteries parfois mordantes et satiriques s'adressant à certaines classes de la société pour dépeindre leurs travers, leurs défauts : autorité trop absolue des seigneurs, des mandarins, cupidité des bourgeois, niaiserie des maris, péchés des bonzes manquant à leur discipline...
Les héros bien connus dans les 'tiếu-lâm", - les plus rusés, mais mauvais plaisants et peu scrupuleux étaient Ba Giai (Monsieur Giai), Tú Xuất (le bachelier Xuất) et Trạng-Quỳnh (le docteur Quỳnh).
 Leurs légendaires exploits étaient fort goûtés, non seulement par des gens du peuple mais aussi par les lettrés de l'ancien temps.

Le seigneur Trịnh avait un beau chat, Trang Quynh décida de le voler pour s'emparer du collier en or que l'animal portait à son cou. Il l'enferma dans sa chambre ; à l'heure du repas, il plaça côte à côte deux assiettes, l'une contenant des poissons et de la viande, l'autre du riz et des légumes. Chaque fois que le chat allait vers la première assiette, il le frappait brutalement. Au bout d'un mois de dressage, le chat allait spontanément vers l'assiette de riz et de légumes même s'il n'avait plus à craindre d'être battu.
Un jour, Trang Quynh promena son chat pour le faire voir aux eunuques du seigneur. Celui-ci le fit venir avec le chat pour le sommer de lui rendre l'animal.
- C'est bien mon chat et non le vôtre, dit Trạng Quỳnh. Il y a d'ailleurs un moyen de savoir à qui appartient ce chat. Daignez faire apporter deux assiettes, l'une contenant des mets de la cuisine du palais, l'autre du riz et des légumes de ma pauvre cabane. Si le chat va à la première assiette, c'est qu'il appartient à Votre Altesse, et s'il va à la seconde, c'est qu'il est bien le chat de votre humble sujet.
L'épreuve, comme vous pensez bien, aboutit à la confusion du seigneur. Trạng Quỳnh emporta le chat et rentra chez lui en célébrant la haute clairvoyance du seigneur.
Une autre fois, pour jouer un mauvais tour au chef des eunuques du palais du seigneur Trịnh qui avait un coq de combat célèbre, Trạng Quỳnh fit propager le bruit qu'il avait, lui aussi, un coq de combat redoutable et invincible. Intrigué, le chef des eunuques s'amena chez lui pour le défier. Trạng Quỳnh fit semblant de se récuser en disant que son coq ne valait rien, mais sur l'insistance du chef des eunuques, il finit par accepter le pari.
Le jour venu, Quynh apporta un énorme coq castré, que le coq adverse, après quelques coups de bec et d'ergots, fit fuir honteusement aux éclats de rire triomphant du chef des eunuques. Alors Trạng Quỳnh embrassa son pauvre coq gravement blessé et lui dit tristement mais non sans malice : "Pauvre castré, tu n'es même pas conscient de la propre valeur ! Tu as voulu faire le fier et voilà le résultat de ta vanité !"
Le chef des eunuques s'arrêta de rire et s'en alla sans saluer personne.
Quant au bachelier Xuât, pour se venger d'une commère acariâtre, vendeuse de vêtements qui l'avait fort mal accueilli, il s'amena un soir à sa boutique, en grande pompe, turban à la tête, babouches aux pieds, porté sur un palanquin par ses amis déguisés en valets ; Mais il portait seulement une culotte et par-dessus une longue tunique qui cachait la nudité de ses jambes. Comme il faisait sombre, personne n'y prêta attention. Tu Xuât acheta un beau pantalon, le mit sur-le-champ puis s'en alla calmement sans payer. La vendeuse le fit arrêter. Devant les juges, Tú Xuât enleva le pantalon, montra sa culotte et dit : "Voilà l'unique pantalon que j'ai mis. Peut-on concevoir qu'un homme comme moi se promène en pleine ville avec une seule culotte et sans pantalon ?" On lui donna raison et il fut acquitté.
Il faut remarquer que dans les contes comiques, on aime à tourner en dérision le mari niais, crédule et que sa femme, malgré tous ses efforts, ne parvient pas à rendre plus intelligent.
Un mari avait l'habitude de manger trop vite. Un jour lui et sa femme invitèrent le chef de canton à venir déjeuner. Pour aider son mari à bien se conduire à table, la femme attacha une ficelle au pied de celui-ci en recommandant : "Tu ne prendras une bouchée que quand, de la cuisine, je tire la ficelle". Tout se passa bien au début du repas, mais une poule passa par hasard et s'accroche malencontreusement à la ficelle. Elle l'agita tellement que le mari crut que c'était sa femme qui lui faisait signe de manger plus vite... et l'incident tourna en une véritable scène comique.
Un autre, rentrant un soir de la rizière, se tint dans la cour et parla à haute voix à sa femme : "Tu vois, j'ai trouvé un moyen intelligent qui m'épargne la peine de porter la charrue à la maison chaque soir et de l'apporter de nouveau à la rizière le lendemain : je l'ai cachée dans la meule de paille près de la pagode". La femme lui dit : "Ne crie pas si fort, les malfaiteurs peuvent t’entendre et viendront la voler". Le lendemain, au retour de sa rizière, il fit signe à sa femme d'entrer dans la chambre, ferma la porte de lui chuchota à l'oreille : "Maintenant que personne ne nous entend, je peux te dire qu'on a volé notre charrue".
Il y a dans tous les pays des contes à rire vraiment grivois, le Vietnam ne prétend pas en posséder des plus intéressants. Je ne commettrais point l'imprudence de les raconter devant un public de choix.
Il en est même pour les contes que nous racontons à nos enfants pour les divertir, contes qui aboutissent toujours à la conclusion éternelle : en fin de compte, le bon est récompensé, le malin et le mauvais sont punis.
Je voudrais ici faire un rapprochement entre deux contes, la Cendrillon de la France et "Les sœurs Tấm Cám" du Viêtnam, qui ont à peu près les mêmes péripéties au début :

Maltraitée par sa marâtre, dédaignée par sa demi-sœur et confinée dans la cuisine, Cendrillon aussi bien que Tấm réussit, aidée par une fée, à se rendre un soir au bal du palais royal où elle fut remarquée par le prince héritier qui ne tarda pas à l'épouser, au grand dépit de la marâtre et de sa fille. Si le conte français s'arrête à cet heureux dénouement, le conte viêtnamien par contre, continue avec un épilogue plein de péripéties.
"Un jour Tấm rendit visite à son père malade, la marâtre lui demanda de grimper sur un aréquier pour cueillir des noix d'arec afin de les lui offrir. Quand Tấm fut arrivée au sommet de l'arbre, sa demi-sœur Cám coupa le tronc de l'aréquier. Tấm tomba et fut tuée sur le coup. Le prince héritier en éprouva une grande douleur et fut inconsolable. La marâtre emmena Cám au palais pour la donner au prince en remplacement de Tấm. De son côté, après sa mort, Tấm fut réincarnée dans un colibri, un joli petit oiseau, et vint se blottir tendrement dans les manches de l'habit du prince, son mari. Celui-ci le chérit et le nourrit dans une cage d'or. Un jour, profitant de l'absence du prince, Cám tua l'oiseau et le mangea. A l'endroit où furent jetées les plumes du colibri, poussa un plaqueminier qui ne porta qu'un seul fruit. Une vieille mendiante, un jour, s'arrêta au pied de l'arbre, demanda au fruit de tomber dans sa besace, et le fruit y tomba. Elle le ramena à sa maison et le cacha dans sa chambre. De ce fruit sortit une belle jeune fille qui n'était autre que Tấm. Et la mendiante l’adopta. Tấm demanda à la vieille femme d'aller inviter le prince. Celui-ci se moqua de la mendiante et exigea, pour se déplacer, que la route soit tapissée de brocart, et la maison peinte en or. Ce qui fut réalisé en un clin d'œil grâce aux prières de Tấm aux divinités. Quand le prince entra dans la cabane, il fut tout de suite intrigué par la confection fort habile des chiques de bétel dont seule Tấm possédait la recette. Il appela Tấm qui sortit aussitôt de sa cachette. Le prince la ramena au palais, et les méchantes, la  marâtre et sa fille furent punies".
Je viens de résumer succinctement l'épilogue du récit "Deux sœurs Tấm Cám". Mais le conte tout entier, avec ses nombreuses péripéties est beaucoup plus long. Et c'était dans l'atmosphère merveilleux de ces sortes de conte que les enfants viêtnamiens de l'ancien temps étaient initiés aux premières notions de réincarnation, de Karma, de métempsychose, notions qu’évoqueraient plus tard dans leur subconscient une vague nostalgie des existences antérieures, un certain détachement de la vie présente, une confiance presque irraisonnée en l'avenir. Les Vietnamiens d'autrefois n'ont guère connu cette indescriptible frayeur devant l'éternité dans laquelle ils pourraient être éventuellement mais irrévocablement condamnés pour quelques péchés qu'ils auraient commis dans cette vie éphémère. Par contre, d'après cette ancienne croyance, ils ont toute l'éternité devant eux pour expier leurs fautes comme pour bénéficier des mérites acquis durant plusieurs existences antérieures. On ne meurt pas, la mort n'est qu'une transition pour réaliser la transmigration de l'âme d'un corps à un autre.
Mais, direz-vous, ces contes, ces conceptions de la vie et de la mort ne sont-ils pas inspirés de l'hindouisme et du bouddhisme de l'Inde et de la Chine ? En effet, de par sa situation entre deux grandes et anciennes civilisations, - celle de la Chine et celle de l'Inde - il est bien naturel que le Viêtnam en ait subi les influences les plus profondes. Toutefois, ni l'hindouisme, ni le bouddhisme ne sauraient reconnaître cette croyance populaire comme orthodoxe : car si le salut des fidèles de ces religions n’était atteint que par leur libération du cycle de réincarnation et par leur entrée dans le Nirvâna, dernière étape de la contemplation, caractérisée par l'absence de la douleur et la possession de la Vérité, - l'espérance des Vietnamiens par contre était de pouvoir reconnaître après leur mort en une vie qu'ils espéraient meilleure que la précédente.
Mais nos futures vies pourraient revêtir les formes animales ou végétales comme dans celle des Jatâka de Sakya Muni. Ainsi, Nguyễn Công Trứ, un célèbre lettré du XIXè siècle, n'a-t-il pas formulé ce vœu bien original :

    "Kiếp sau xin chớ làm người
    "Làm cây thông đứng giữa trời mà reo !"

Littéralement : Pour ma future existence, je demande à ne pas renaître "homme", mais à me réincarner en un pin pour chanter tout haut dans les cieux.

Comme dans presque tous les pays de l'Asie du Sud-Est, le Viêtnam a importé de l'Inde les contes du cycle Jatâka sur les vies antérieures de Bouddha.
Mais il me semble qu'il ne fait qu'emprunter le récit, d'ailleurs fortement modifié et adapté aux coutumes et mœurs du pays pour en tirer une conclusion qui lui est propre. Du conte indien intitulé "Kharaputa-jataka" (7) par exemple, les versions chinoise, laotienne et viêtnamienne aboutissent à des dénouements bien différents qui trahissent en quelque sorte la mentalité de chaque peuple. Ils partent d'un récit à peu près semblable : Un homme se lia d'amitié ou eut la grâce d'une divinité qui lui donna le pouvoir surnaturel de comprendre de langage des animaux à condition d'en bien garder le secret sous peine de mort instantanée. Il lui arriva de rire parfois devant sa femme, car, grâce à ce pouvoir surnaturel il pouvait surprendre des conversations bien drôles entre les différents animaux. Sa femme en fut fort mécontente et le somma de lui dire la cause de son hilarité, en le menaçant de se tuer. Le mari fut placé devant un dilemme : S'il révélait la vérité à sa femme, il mourait instantanément, mais s'il ne le faisait pas, sa femme se suiciderait, et il en mourait aussi de chagrin. Le mari s'en alla alors dans le jardin pour réfléchir et il entendait une autre conversation entre les animaux de sa basse-cour ; l'un d'eux émit une réflexion que le pauvre mari trouva fort sage. Et c'est à partir de ce moment que les trois contes chinois, laotien et viêtnamien se différencient :
Dans le conte Chinois, c'est le bélier qui dit à une de ses brebis : "Ce roi - car le pauvre mari dans le conte chinois était un roi - est bien sot de mourir pour sa femme. Quant à moi, si tu meurs, je ne manquerais guère de brebis". Le roi l'ayant entendu, fit cette réflexion : "Tout roi que je suis de tout un royaume, je n'atteins pas la sagesse d'un bélier". Il fit alors venir la reine et lui dit : "Je ne révèle pas le secret de mes rires. Libre à vous de vous tuer, ce sera fort bien. J'ai dans mon harem beaucoup d'épouses, qu'ai-je besoin de vous ?". Et le conte chinois se termine par une citation de la parole du Bouddha : "Le Maître a dit : Bien sot est l'homme qui veut se tuer à cause de la femme".
Dans le conte laotien, c'était le coq qui faisait cette réflexion au chien : "Si notre patron avait deux ou trois femmes comme les autres, combien de fois lui faudrait-il mourir pour les contenter ? Ah, le pauvre homme, qui, n'ayant qu'une seule femme, n'arrive même pas à la dompter ! Regarde-moi, j'ai cinquante femmes dans ma basse-cour et j'ai toujours su les maîtriser. Que les femmes respectent et écoutent leur mari !...". Le chien lui demanda : "A ton avis, comment devrait-il agir ?" - "C'est simple, répondit le coq, il n'a qu'à rosser sa femme comme il faut et elle saura se conduire plus sagement". Gagné par le raisonnement du Grand Coq, le laboureur  (le pauvre mari dans le conte laotien est un laboureur) alla chercher un bâton et donna une bonne correction à sa femme qui capitula aussitôt.
Mais dans le conte viêtnamien, le récit tourne plutôt en tragi-comédie : "Une fois en possession de la pierre merveilleuse qui lui donnait le pouvoir surnaturel, le mari comprit le langage des oiseaux, de fourmis, et toutes les espèces d'animaux. Il n'osait pas dire à sa femme qu'il possédait cette pierre ;  car s'il le faisait, la pierre s'évanouirait et il lui serait arrivé un grand malheur. Un jour la femme alla s'accroupir dans un coin du jardin (pour uriner) le mari entendit les fourmis crier : "Voilà une inondation, cherchons une hauteur pour nous mettre en sécurité". Il se mit à rire. Sa femme fut tellement vexée qu'elle en mourut. Le mari fut très affligé de la mort de sa femme, s'en alla chez un ami pour essayer de se  consoler…
Tandis que les versions chinoise et laotienne suivent de près le conte indien, celle du Viêtnam reprend aussi le thème "l'homme qui comprend langage des bêtes", non pour prouver que "bien sot est l'homme qui veut se tuer à cause d'une femme", comme l'a dit le Maître dans le Jatâka, mais pour retrouver une conception orthodoxe du bouddhisme : L'existence dans l'univers d'un nombre incalculable de mondes dont fait partie le monde terrestre des hommes. Et la disproportion inimaginable des choses, la contradiction des situations, (infime et vulgaire dans le monde des hommes mais grandiose et tragique dans celui des fourmis), ont provoqué le comique au récit qui ne tarde pas toutefois à terminer par un dénouement bien triste : "La femme fut tellement vexée qu'elle en mourut".
C'est en quelque sorte une petite pièce tragi-comédie qui, après la tombée du rideau, nous plonge dans un état de rêverie plutôt lyrique que métaphysique ou dogmatique comme dans un Jatâka bouddhique.
En effet, dans les temps anciens, le Viêtnamien a accueilli avec ferveur le Bouddhisme, comme toute autre croyance d'ailleurs sans être lui-même véritablement religieux. C'est ainsi le cas pour le Taoïsme, doctrine philosophique de l'inertie (non-action) qui a connu des déviations inattendues à travers notre tradition orale :
    "Tròi sinh voi, sinh cỏ"
Littéralement : Pour l'éléphant qu'il a crée, le Ciel fait pousser l'herbe pour le nourrir.
Pourquoi donc nous donner trop de peine ? Il faut bien profiter de la jeunesse, du moment présent :
    "Ai ơi chơi lấy kẻo già,
    "Măng mọc có lứa, người ta có thì.
    "Chơi xuân kẻo hết xuân đi,
    "Cái già sồn-sộc nó thì theo sau !"
Littéralement : Amusez-vous avant que n'arrive la vieillesse, car comme la pousse de bambou n'a qu'un temps, l'homme n'a qu'une saison (jeunesse). Jouissons du printemps  avant qu'il ne prenne fin et que la vieillesse ne vienne brutalement nous surprendre !
Tandis que le lettré le plus souvent acceptait religieusement les dogmes du Confucianisme, l'homme du peuple, toujours hérétique à l'égard des doctrines imposées par les envahisseurs, les a interprétés à sa manière. A la stricte discipline confucéenne qui exige des sujets une obéissance aveugle :
    "Quân sử thần tử, thần bất tử bất trung"
(Quand le roi ordonne à un sujet de mourir, si celui-ci n'obéit pas, il montre qu'il n'est pas fidèle), la tradition orale a opposé une réflexion pleine de bon sens :
    "Làm trên mà chẳng chính ngôi,
    "Khiến nên kẻ dưới chúng tôi hỗn-hào".
Littéralement : Si vous, les chefs, vous vous conduisez mal, ne soyez pas étonnés que nous, les inférieurs, nous vous manquions de respect.
Et sur le même plan que les dogmes rigides "Trung" et "Hiếu" (Fidélité au roi, Piété filiale), l'homme du peuple a placé un autre dogme qui lui est cher, le "Tình" (l'Amour entre les jeunes gens), une notion presque bannie de la doctrine du Grand Maître :

    "Minh về ta chẳng cho về
    "Ta nắm lấy áo ta đề câu thơ.
    "Câu thơ ba chữ đành-rành
    "Chữ Trung, chữ Hiếu, chữ Tình là ba.
    "Chữ Trung thì để phần cha
    "Chữ Hiếu phần mẹ, đôi ta chữ Tình !"

Littéralement : Tu veux rentrer ? Mais je ne te laisse pas partir. Je saisis le pan de ta tunique pour y inscrire un vers de trois mots très clairs : Trung (Fidélité au roi), Hiếu (Piété filiale) et Tình (Amour entre les jeunes gens). Le Trung, c'est pour notre père ; le Hiếu, pour notre mère, et pour nous, c'est le Tình, le Grand Amour !
En dernier lieu on retrouve encore notre tradition orale, une grande prédilection pour les problèmes relatifs au sort des humains devant la fatalité du destin.
Un rocher surplombant une baie et ayant la forme d'une femme par exemple, est un prétexte pour le peuple viêtnamien de donner libre cours à son imagination lyrique :
Jadis, deux jeunes orphelins vivaient ensemble jusqu'au jour où le frère aîné, dans un accès de colère, frappa d'un coup de couteau la tête de sa jeune sœur. Le sang coula tellement que, l'aîné la croyait morte, eut peur, il quitta le foyer et s'en alla se réfugier dans une province lointaine. Plus tard, il épousa une belle jeune fille de son goût. Tous deux s'aimaient tendrement et la femme mit au monde un fort beau garçon. Un jour, peignant les cheveux de sa femme, le mari découvrit à sa nuque une grande cicatrice. Et quand elle lui raconta ce qui s'était passé dans son enfance, l'homme s'aperçut que son épouse n'était autre que la propre sœur. Prit de remords, il décida de mettre fin à cette fausse situation. Il s'engagea alors dans l'armée du seigneur Nguyễn et prit voile vers sud. Tous les jours, la femme, accompagnée de son jeune enfant, venait s'asseoir sur la falaise pour guetter le retour de son mari. Des années et des années ont passé, le mari ne revint pas. Elle a pleuré tellement qu'elle en mourut, et sa dépouille se transforma en un rocher que, de nos jours encore on voit surplomber une des jolies baies du  Viêtnam du Centre.

Et la chique de bétel par exemple a été aussi l'inspiration d'un drame dans lequel l'homme se voit impuissant devant les circonstances fortuites de la vie :

Il était une fois deux jumeaux prénommés Tân et Lang qui se ressemblaient tellement qu'on avait de la peine à les distinguer l'un de l'autre. Devenus orphelins, ils vinrent suivre l'enseignement d'un ermite qui avait une fille d'une grande beauté. Elle plut aux deux frères qui se refusèrent toutefois à rivaliser pour l'obtenir. Afin d'en avoir le cœur net, elle servit un repas aux deux frères, mais ne mit qu'un seul couvert. Selon les convenances familiales, le cadet laissa son frère aîné manger le premier. La jeune fille reconnut ainsi l'aîné et le prit pour époux avec le consentement de ses parents. A partir de ce jour, Lang, le cadet, témoigna à sa belle-sœur tout le respect exigé par la tradition. Par contre, Tân, l'aîné, passa son temps à s'occuper de sa jolie femme et négligea ostensiblement son jeune frère. Humilié et désespéré, ce dernier quitta le foyer sans en aviser son grand frère. Il échoua sur la berge d'un grand torrent. Ne pouvant le franchir, il s'assit au bord de l'eau, et pleura tellement qu'il mourut d’épuisement. Sa dépouille se transforma en aréquier.
L'aîné partit cependant à la recherche de son frère et, ne le trouvant pas, se jeta dans le torrent où il se mua en un rocher, au pied de l'aréquier.
La femme allant à la recherche de son époux et arrivant au même endroit, tomba du rocher et mourut. A son tour, elle se métamorphosa en une plante de bétel, grimpant et s'enroulant autour du rocher. Plus tard, le roi Hùng Vương, au cours d'un voyage, s'arrêta au bord du torrent pour prendre un peu de fraîcheur. Il prit une feuille de bétel et une noix d'arec et se mit à mastiquer, puis cracha (à cause de son goût particulier) sur le rocher où, chose curieuse, le mélange prit immédiatement la couleur de sang. Le roi fit chauffer un morceau du rocher pour en faire de la chaux qu'il mastiqua avec la noix d'arec et la feuille de bétel. Il trouva une saveur devenant de plus en plus agréable et parfumée. Dès lors, il ordonna l'usage de la chique de bétel dans les cérémonies de fiançailles, de mariage et dans toutes les grandes fêtes et le peuple y vit le symbole d'une double affection, conjugale et fraternelle.
Mais souvent aussi, dans nos contes et légendes, la tragédie a pour cause l'étourderie, la conduite insensée des hommes :
Jadis, un mari, après une longue absence, rentra chez lui. Son jeune enfant, ne put le reconnaître et refusa de se laisser embrasser en disant : "Ce n'est pas toi qui es mon papa". Cette phrase l'a fort intrigué et il pensa que sans doute pendant son absence sa femme avait aimé un autre homme. Le lendemain, profitant de l'absence de sa femme, il demanda à l'enfant : "Mais qui est donc ton papa ?". L'enfant répondit : "Il ne vient plus depuis que tu es là. Il ne venait seulement qu'après la tombée de la nuit, restait toujours taciturne et suivait maman partout où elle allait sans la quitter même pour un petit moment". Dès lors, le mari témoigna à sa femme un mépris tellement insupportable que celle-ci s'en alla se jeter dans le fleuve.
Une nuit, après la mort de sa femme, pendant que l'homme amusa son enfant en désignant son ombre projetée sur le mur, l'enfant s'écria : "Mais c'est mon papa !". L'homme s'aperçut alors de sa méprise, de l'innocence de sa femme. Mais ce fut trop tard !
Je regrette de ne pouvoir vous présenter un certain nombre de contes et de romans populaires de valeur, tels que "Phạm Công et Cúc Hoa", "Phan Trần" (les Phan et les Trần), Nhị độ mai (les pruniers ont refleuri), Thạch Sanh (l'homme né de la roche), Trinh Thử (la souris vertueuse), Trê Cóc (histoire du silure et du crapaud), etc. par la simple raison que ce sont des œuvres écrites par des auteurs anonymes, le sujet de mon exposé de ce soir se limitant à une littérature populaire orale et non écrite.
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Quelle conclusion pourrais-je tirer de ces citations et digressions ?
Est-ce que cette musicalité des mots régis par un système variotonique, cette tendance au rythme et à la symétrie dans la phrase, cette puissance suggestive des homophones et des auxiliaires descriptifs, cette communion constante avec la nature, avec réserve et discrétion, pourraient nous rappeler en quelque sorte le lyrisme dans la littérature occidentale ?
Ou, est-ce que ce mélange du comique, trahissant un défoulement à peine contenu, et du tragique, mettant sans cesse l'homme face à son destin, pourrait évoquer le problème de la "condition humaine", un des thèmes les plus en vogue de la littérature moderne ?
Quoi qu'il en soit, si mon modeste exposé pouvait apporter quelques renseignements permettant de mieux connaître notre culture, pour mieux comprendre et mieux aimer notre peuple, un peuple qui a tant souffert et tant lutté pour survivre, ce serait pour moi un des plus grands honneurs que je puisse espérer.

Võ Thu Tịnh
Conférence faite à la Maison des Ecrivains Belges
Bruxelles – Belgique , le 9 Novembre 1978
1er tirage dans PRESENCE INDOCHINOISE, No 1, Paris 1979
2ème tirage à part Ed. PRESENCE INDOCHINOISE, Paris 1987

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