La Foi du Muslim’ :Une Foi logique, simple et sans mystères mais très exigeante
- Nadim Michel Kalife -       


 En discutant  religion  avec  mes  amis   muslimin’ (pluriel de muslim’=musulman  en arabe), j’ai toujours l’impression que seuls comptent les droits d’Allah, qui occultent les droits de l’Homme. L’homme doit d’abord observer ses devoirs envers son Créateur, qu’il doit toujours implorer ou invoquer dans ses actions quotidiennes pour bénéficier de sa miséricorde, considérée comme infinie. Cela signifie que, même si le muslim’ pèche et récidive, il pourra toujours se faire pardonner, à condition que sa foi en l’Absolu d’Allah soit confirmée à tous moments.
Dans le mental du muslim, l’Islam est la jonction entre Dieu et l’homme. C’est Dieu qui a doté l’homme, seul parmi toutes les créatures, des dons de la parole et de l’intelligence, et c’est justement par la Parole qu’Allah révèle la Vérité à l’homme qui peut seul la comprendre grâce à l’intelligence dont Dieu l’a doté. De la sorte, l’homme a reçu de son Créateur tout ce qu’il faut pour pouvoir user de sa libre volonté en vue de découvrir la Science (ilm en arabe) contenue dans le Koran, révélé à son Envoyé le Prophète Mohammed. Par conséquent, il suffira au croyant de le lire et d’y réfléchir avec ardeur (= Ijtihad) jusque dans la méditation mystique, pour réussir à emprunter la Voie (=al tariqua) qui mène à Allah, le Transcendant, l’Absolu. La boucle se trouve ainsi bouclée, par le retour de la créature vers son Créateur.
Ainsi, aux yeux du croyant rationnel, l’Islam justifie l’abandon de soi à Allah, dans une soumission totale et sans conditions, dans le sens littéral du mot « Istilam » dont dérive « Islam ».
Il est donc démontré à l’adepte musulman, d’une façon simple et sans ambages ni mystères, que l’Islam est la meilleure des 3 religions monothéistes qui se sont succédées sous la paternité de leur  fondateur commun, Abraham, justifiant par la même occasion que Mohammed est le dernier Envoyé de Dieu, venu pour clôturer le cycle des Révélations, par la récitation des Paroles d’Allah transcrites dans le Koran. Cela justifie aux yeux des croyants l’apprentissage obligatoire de la langue arabe qui est la langue d’Allah, lui permettant de réciter Ses propres mots, en lisant ou mémorisant le Koran.
C’est pourquoi, en vue d’obtenir la miséricorde du Tout-puissant Allah, le muslim se doit d’observer scrupuleusement tous les préceptes de l’Islam, lesquels figurent intégralement dans le Koran, la Sunna et la Chari’a. Or, ces textes sacrés ne dissocient pas le spirituel du temporel, ni la foi des actions de l’homme au quotidien. Ils couvrent tous les domaines de la vie courante de l’époque (de 611 à 632), notamment la lutte contre les idolâtres et les hypocrites, les relations avec les juifs et les chrétiens de Médine,  le statut juridique des personnes comme le mariage, le divorce et les successions, les transactions entre croyants, le respect des biens et droits d’autrui, les bonnes œuvres, l’équité, la justice, les châtiments pour vol, fornication, adultère et calomnies contre des femmes honnêtes, les interdits comme le vin, la viande de porc, les jeux de hasard, la divination et l’usure, la condamnation du gaspillage et de l’avarice, etc…
A travers la Sunna du Prophète, le muslim apprend les « bonnes manières » à pratiquer par les musulmans pour toutes circonstances. C’est un code des usages quotidiens ou « adab ». Ainsi est il recommandé de ne pas souffler sur la nourriture, de manger de la main droite,d’éviter de manger de l’ail ou de l’oignon crus avant de se rendre à la mosquée, de ne pas boire directement à l’outre, comment s’habiller, notamment le port du turban et l’usage du parfum pour les hommes, l’interdiction de la perruque chez la femme et la recommandation du voile pour les protéger des regards indiscrets, tandis que les lieux d’aisance sont interdits dans la maison,…etc.
C’est donc par rapport à cette conception globale de l’homme soumis à Allah, qu’il faut comprendre la réalité de ce qu’on nomme « les 5 piliers de l’Islam » qui ont pour but une étroite intégration de la communauté musulmane au-delà des frontières nationales, la « Oumma  islamiya ». En Islam, il ne s’agit pas seulement de croire, mais aussi de le manifester par une conduite appropriée.
De la sorte, le croyant n’est plus enclin au doute. La seule observation des règles de vie lui permet d’éviter l’erreur et le péché. Cela assure un équilibre moral et psychologique. C’est donc par sa propre intelligence que le croyant décide librement d’assurer le salut de son âme au Jugement Dernier, l’autorisant à rejoindre le Prophète dans les jardins du Paradis céleste en évitant la géhenne, pour l’éternité.
Tout cela explique ce qui nous frappe en observant la vie des musulmans : le caractère inébranlable de leur conviction et la combativité tenace de leur foi, les rendant inaccessibles au doute. L’Islam se révèle ainsi comme la condition d’une vie équilibrée et sereine.

Un rituel ordonnancé, accaparant et rassurant

Pour mériter la miséricorde d’Allah et se faire pardonner ses péchés, il faut se conformer à ce qu’il a dicté à son Envoyé Mohammed. Parmi ces Paroles, il ya d’abord ce que l’on surnomme les 5 Piliers (arkân) de l’Islam. Parmi ces 5 obligations basiques, rien n’est plus important que la prière canonique, (la salat’), qu’il faut exécuter 5 fois par jour, entre le lever et le coucher du soleil, en se prosternant une trentaine de fois en  direction de la Kaaba tout en invoquant à haute voix la toute puissance d’Allah, par l’une de ses 99 appellations du Koran. Cette répétition conditionne la conviction doctrinale du croyant en lui rappelant constamment et méthodiquement le but de son existence, qui vise à rejoindre le créateur à travers les 3 épreuves: la Foi (« el-imân » signifiant la certitude en Allah), la Loi (« el islâm » signifiant l’abandon de soi à Allah) et la Voie (« el-ihsân » signifiant le perfectionnement vertueux par l’effort constant).
Pour ce croyant le sens du sacré est ancré dans son esprit et meuble son existence. C’est pourquoi à ses yeux, il vaut mieux perfectionner l’homme en le reliant à son créateur miséricordieux, plutôt que de vouloir réformer le monde où règne la passion, le culte du matérialisme, la pratique de la cupidité et de la ruse,  tous ces vices résultant des errances de la raison détachée de Dieu.
La civilisation moderne et matérialiste attribuée à l’occident judéo-chrétien se trouve ainsi condamnée par sa déviation spirituelle vers la décadence, qui se manifeste dans sa littérature non sacrée et son art dégénéré. Par contre, en parlant d’Islam, il faut toujours se référer au Koran et à la Tradition, par opposition à la civilisation moderne qui détourne l’homme d’Allah en dévorant son temps, qu’il consacre comme un forcené à la seule amélioration de la productivité et au progrès matériel, au lieu de chercher à s’épanouir en glorifiant son Créateur par la contemplation. D’ailleurs un proverbe musulman ne dit il pas que « la lenteur est de Dieu et la hâte de Satan » ?
Cette fidélité à la Tradition est exprimée dans plusieurs Hadiths du Prophète disant par exemple que « Ma communauté ne déchoira pas tant qu’elle portera des turbans », ou que « Le turban est une frontière entre la foi et l’incroyance », ou encore « Au jour du Jugement Dernier, l’homme recevra une lumière pour chaque tour de turban autour de sa tête », convaincu de ce que le port du turban fait gagner le croyant en générosité tout en emprisonnant sa pensée pour lui éviter de se dissiper et d’oublier le sacré.
La sauvegarde de la Tradition s’exprime également au sujet de la femme musulmane qui incarne le foyer, ce foyer qui revêt un caractère sacré pour l’intimité de l’homme et qui doit donc rester inviolable. C’est ce qui explique le voile et la réclusion de la femme permettant au foyer de demeurer à l’abri des tentations de la pensée à la dissipation et à l’infidélité. Or la dépravation des mœurs est réputée devenir une pratique courante dans la civilisation moderne qui demeure détachée du sacré, où les passions et la malice dominent au détriment de la contemplation et de la prière qui nous rapprochent de l’Absolu. L’interdiction du vin s’explique par le fait qu’il égare l’esprit en le détachant de Dieu, menant à l’erreur et au péché par le déséquilibre qu’il génère en nous.
La doctrine islamique aboutit donc à une religion de la certitude et de l’équilibre intérieur, à travers une Foi convergente qui se présente comme une évidence, sans jamais se poser des questions sur la nature d’Allah. Il n’y a pas de mystère ni de doute.
En préconisant la pauvreté, le jeûne, la solitude et le silence, elle prédispose le croyant à une ascèse contemplative qui contribue à créer une solidarité organique entre tous les membres de la communauté islamique.

Le caractère inébranlable de la combativité de la foi en Islam

L’équilibre de l’âme se trouve ainsi assurée dans l’Islam en permettant une ascension spirituelle par sa propre intelligence qu’Allah a conférée à l’homme. Cela lui offre la possibilité de comprendre les « signes » de Dieu, qui indiquent le chemin vers la « vérité essentielle », « al haquiqua’ ». Mais pour atteindre cette Vérité, il faut suivre « la voie », « al tariqua’ », laquelle se retrouve concentrée sur « la grande route commune » qui se traduit littéralement par « la Chari’a ».
Celle-ci a pour objet d’orienter le pratiquant sur la voie qui mène à Allah, en réglementant tous les aspects de sa vie privée et sociale, notamment le rituel du comportement au  quotidien de tout muslim’, le statut familial, le droit commercial, le code pénal, la réparation des dommages, la justice… etc. La « chari’a » est considérée comme la Loi sacrée, que l’intelligence humaine doit apprendre et respecter pour permettre à l’homme de comprendre l’Esprit de Dieu, cet Esprit que Dieu a soufflé dans l’argile pour le créer. La Chari’a est le tronc unificateur, de par la soumission de tous à ses préceptes, ce qui soude toute la communauté islamique internationale.
Or, la base fondamentale de la Chari’a est le Koran qui se présente comme la Parole incréée de Dieu. Allah s’y exprime au travers d’éléments créés, tels les mots, les sons et les lettres. Il s’agit d’une Ecriture sacrée qu’il faut réciter parce qu’il s’agit des Paroles même d’Allah, dont le nom est invoqué sous 99 qualifications distinctes, et dont le contenu est choisi exprès pour être à la portée de l’intelligence humaine.
Cependant, un texte sacré n’étant pas toujours évident pour tous les lecteurs, qui ne peuvent pas tous comprendre les sous-entendus du discours divin, il a fallu des commentaires qui ont été donnés par le Prophète de son vivant. C’est ce qui constitue la tradition orale qui accompagne la Révélation du Koran : c’est la « Sunna », qui a justement pour rôle de préciser le rapport des mots et les divers symbolismes exprimés dans le Koran.
Grâce au caractère divin de son contenu exprimé dans un langage parfait en arabe, le Koran possède ce caractère magique qui subjugue le lecteur musulman qui le lit obligatoirement en arabe. Cela le subjugue et l’amène à considérer chaque phrase comme un « plan divin », confirmant ainsi qu’il s’agit bien de la Parole d’Allah qui s’y exprime directement en langue arabe. C’est son caractère incréé qui fait du Koran un Livre sacré bien supérieur et plus vrai que les autres Livres sacrés qui l’ont précédé, où ce sont des faits et commentaires relatés sur les divers prophètes qui y sont rapportés par des manuscrits de scribes, passant de main en main, avec toutes les imperfections que cela peut induire.
Par conséquent, en dictant sa Parole à son dernier prophète, Mohammed, Allah offre sa dernière chance à l’homme pour régénérer son mental, en l’amenant d’abord à penser Allah, l’Unique et l’Absolu, pour exécuter ensuite la Parole d’Allah.
Dans ces conditions la lecture du Koran permet d’éteindre toute agitation mentale en offrant au cerveau humain tout ce qu’il doit penser et ressentir. De cette façon l’Islam épuise l’inquiétude humaine en infusant la sérénité et l’équilibre favorisant de Paix sociale. Et pour se conforter dans sa certitude d’être dans la bonne voie, le croyant doit scander à répétition la fameuse profession de foi, « allah akbar », qu’il invoque à chacune des 30 prosternations dans chacune des 5 prières quotidiennes, ainsi que dans toute manifestation de rue ou de combat, où il invoque la gloire d’Allah pour obtenir la victoire finale de la communauté islamique, à la quelle il croît aveuglément, fût-ce en utilisant des jets de pierre contre des chars et des avions de guerre.

Le tronc unificateur des 5 Piliers de l’Islam croyants en l’Islam

Le caractère inébranlable de la conviction du musulman et de sa combativité découle aussi de l’égalité stricte de tous les croyants dans le respect à la lettre des 5 obligations rituelles qui sont considérées comme les 5 piliers (arkân) de l’Islam :
-    la double profession de foi (shahada) en Allah, le Dieu Unique ou l’Absolu, et en Mohammed, son Envoyé  pour clôturer et parfaire sa Révélation à l’homme
-    la prière canonique (salât’) répétée 5 fois par jour en se prosternant une vingtaine de fois dans la direction de la Kaaba, tout en psalmodiant : « là ilah illa llah wa Mohammad rasula llah », avec une recommandation particulière de la pratiquer en communauté, notamment à la mosquée, surtout le vendredi
-    la dîme ou l’aumône légale (zakât’) qui offre au croyant de se purifier (zakka) en versant une sorte d’impôt canonique destiné à être redistribué aux pauvres et à couvrir les frais de sauvegarde de la communauté ;  et à défaut d’adhérer à l’Islam, les Dhimmi, chrétiens ou juifs exerçant un commerce dans le « dar el islam », doivent verser une sorte de capitation, la « jizia », en contrepartie de leur accueil et protection 
-    le jeûne du Ramadan (çiyâm ou bien sawm) qui couvre le 9° mois de l’année musulmane (qui est lunaire, comptant 354 jours au lieu de 365,25 jours pour l’année solaire) : c’est le mois de l’abstinence, rappelant la première Révélation coranique au Prophète par l’ange Gabriel (Jibril), et qui offre au croyant la possibilité d’expier ses péchés graves avant d’obtenir le pardon pour le redonner autour de lui, contribuant de la sorte à la réconciliation de tous les musulmans et au renforcement de la solidarité communautaire de la Oumma islamiya
-    la 5° obligation est le « hajj » ou le pèlerinage dans la ville de la Kaaba, la Mecque, suivant un rituel précis

Il s’agit ici d’un Dieu actif et très présent, qui ordonnance tout ce qui arrive aux hommes sur terre, qui sait « ce qui est bon » pour chacun d’entre nous.
De ce fait, il faut que l’homme, qu’Il a créé à partir de l’argile où Il a insufflé Son esprit ( min’ Ruhi) et qui Lui doit donc tout, ait foi en Sa toute puissance et en Sa miséricorde en Lui laissant don total de sa destinée entre ses mains: c’est la vraie signification du mot Islam, contraction du mot Istilam, ou abandon de soi à son vainqueur. En effet, pour bien comprendre ce rapport personnel avec Allah, propre à la pratique individuelle islamique, il faudrait rapprocher le mot ISLAM du mot ISTILAM (dont il est dérivé) et qui qualifie l’état du guerrier entièrement vaincu face à son vainqueur, à époque-là du VII° siècle: devenu son maître absolu, le guerrier vainqueur pouvait décider du sort du vaincu, la mort ou la vie sauve en le réduisant à l’état d’esclave. C’est cet état d’esclave envers son Créateur ou « Abd’Allah » qu’évoque le sens du qualificatif « Muslim » attribué à tout Croyant en le Dieu unique Allah et en son Messager Mohammed.
C’est cette humilité extrême que doit ressentir toute créature humaine envers son Créateur. Cela revient à renoncer à toute réclamation de Droits Humains face à ALLAH, le Tout Puissant, qui régente tout, en connaissant la destinée de chacun(le fameux « Mektoub »). C’est la raison pour laquelle le Croyant doit toujours implorer Sa miséricorde pour le protéger contre tous les aléas de la vie, que Allah seul connaît d’avance par Son omniscience parfaite de toute chose. Il est donc inutile, pour ne pas dire irrévérencieux envers ALLAH, de réclamer des Droits autres que ceux qu’Il a édictés dans le Cor’an, recueillis dans la Charia. En se déclarant totalement soumis à la volonté d’Allah Tout Puissant, le Fidèle est reconnu comme Muslim: c’est pourquoi, dans tout ce qu’il entreprend, il invoque Son accord dans l’expression très courante « Incha’ Allah! » signifiant « Que Allah veuille bien que cela se réalise! ». C’est ce qui justifie l’élan d’amour infini et de reconnaissance répétée que le Croyant manifeste avec sincérité et en permanence envers Allah, à qui l’on doit tout. Toute chose de l’univers Lui revient. Tout Lui est dû.
Comme tout vient de Dieu, les Droits de l’Homme dépendront simplement de la Volonté d’Allah, de ce que Allah voudra bien accorder à chacun, dans tout ce qu’il lui arrive, en attendant le Jour du Jugement Dernier où son sort sera décidé pour l’éternité en fonction de ce qu’il aura volontairement agi durant sa vie terrestre: c’est ce qui compte le plus pour le Croyant, bien au delà de son ego et de ses soucis quotidiens d’ici bas...Il n’y a donc pas lieu de se soucier des Droits de l’Homme: il suffit de s’en remettre à la seule volonté d’ALLAH, dont il faut respecter la Loi dictée à son Envoyé Mohammed.

Conclusion
C’est justement ce lien entre Allah et les hommes le reconnaissant comme leur Créateur Absolu, qui unit tous les Muslimin’ à travers la chaîne mondiale dénommée « Oumma Islamiya », dans laquelle tous les musulmans sont soumis totalement et de façon égalitaire à ALLAH, que tous invoquent nommément en toute occasion, avant et après chaque acte ou pensée, en le suppliant et lui rendant grâces.
Cette chaîne d’union fait preuve d’une foi aveugle, ressentie solidairement dans leur for intérieur, à travers un élan commun de reconnaissance infinie envers Celui qui les a créés et qui les guide dans leur abandon de soi à Allah qualifié d’« akbar » càd plus grand que tout.
C’est là le secret de leur fraternité en Islam. Elle est cristallisée en leur centre d’union qu’est Allah. C’est aussi l’explication de leur solidarité dans leur hostilité commune à tous ceux qui ne reconnaissent pas Allah et son Envoyé Mohammed comme tels.
N.M. Kalife