POUR   COMPRENDRE   L’ISLAM
- Nadim Michel Kalife -                   


   Le Prophète Mohammed se considérait comme le restaurateur de la véritable religion monothéiste qui avait déjà été révélée à Noé, Abraham, Moïse et Jésus.

LE   CONTEXTE   SOCIO-CULTUREL   DU   TEMPS   DE   MAHOMET

Mohammed est né vers l’an 570 dans une tribu  bédouine, les Kouraïch’. Orphelin de père à sa naissance et de mère 6 ans après, il fut alors confié à son oncle paternel qui lui fit sillonner à dos de chameaux les déserts d’Arabie et les villes de la Syrie chrétienne d’alors, partie intégrante de l’Empire byzantin. Il découvrit le christianisme oriental qui n’était pas du tout serein : les chrétiens  refusant de croire au dogme de la Trinité étaient excommuniés par le Concile de Chalcédoine en 451. De nombreux moines échappèrent aux persécutions en se réfugiant dans le désert où ils prêchaient contre l’Eglise catholique en l’accusant de ne pas reconnaître l’unicité de Dieu. Cette polémique, très vivace à l’époque, avait marqué le jeune Mohammed qui rendait visite régulièrement au moine BAHIRA vivant en plein désert syrien, et qui avait «vu » en lui un « homme de Dieu ».
Depuis la fin du 1er siècle, l’Arabie avait accueilli un grand nombre de familles juives, enfuies de Palestine après la destruction du Temple en l’an 70. Aussi, beaucoup d’arabes d’Arabie s’étaient-ils convertis à la religion de Moïse, notamment au Yémen, où le Roi Himrayite, Dhù Nuwas, avait imposé le judaïsme. D’autres arabes, au nord de l’Arabie, avaient constitué de petits royaumes chrétiens, alliés aux Byzantins chrétiens. Quant à la tribu Kouraïchite de Mohammed, elle était restée animiste et très attachée aux superstitions du désert croyant en l’existence de Djinns à l’esprit malfaisant, qu’il faut savoir apaiser par des sacrifices offerts aux 360 idoles que le Prophète avait détruites dans la Kaaba en conquérant La Mecque en 630.
 La Kaaba, était considérée depuis toujours, comme le Centre du Monde, où il fallait traditionnellement se rendre en pèlerinage pour offrir un sacrifice aux divinités adorées. Cela explique la pratique bédouine de se prénommer « Abd’… » suivi de la divinité le protégeant contre les Djinns malfaisants.. Dans ce contexte d’inquiétude spirituelle, lesbédouin, demeurés à l’écart des conquêtes byzantine à l’Ouest et Sassanide à l’Est, en raison du climat inhospitalier, attendaient un «signe du ciel » pour se forger un destin propre.

LES  DROITS  D’ALLAH  ET  LES  DEVOIRS  DES  HOMMES

Le mot ISLAM signifie « soumission totale à son vainqueur » pour bénéficier  de sa miséricorde,et, par extension, au Dieu unique et Tout puissant, dont la croyance était antérieure à Mahomet. Il s’agit des «Hanif », que le Cor’an reconnaît comme descendants d’Abraham. Le Croyant est soumis à ses devoirs envers son Créateur, qu’il doit nommément invoquer par des formules sacrées.  Il s’agit d’un Dieu actif et très présent, ordonnançant tout. L’homme doit donc toujours implorer sa miséricorde. Dans tout ce qu’il entreprend, il invoque «Incha’ Allah », signifiant « à condition qu’Allah accepte ». Ainsi, le Jour du Jugement Dernier, le Muslim espère mériter d’Allah le bonheur éternel après sa mort.
LA   FORCE   PERSUASIVE   DE   LA   PENSEE   CORANIQUE

Le pacte conclu entre le premier Prophète Abraham et son Dieu unique EL(Eloha en hébreu, Eli en araméen, Allah en arabe) n’ayant pas été bien compris par les religions juive et chrétienne, Allah a envoyé son Dernier Prophète, Mohammed, en lui dictant la Vérité dans le Coran, consacrant ainsi son caractère inviolable et supérieur à la Bible et aux Evangiles inspirés par des hommes.

 Le Coran règle la vie de tous les jours, dans un langage simple à comprendre, le croyant ne risquant pas des interprétations byzantines. Tous les croyants, sans distinction, doivent réciter les 5 prières par jour, à la même heure, en se prosternant. Il n’y a pas de mystères religieux. Ce message d’égalité plaisait aux populations nouvellement conquises. De plus, le Cor’an et la Sounna constituent le seul lien entre le Mouslim et Allah, sans la hiérarchie religieuse et inquisitoire de l’Eglise.
La conquête islamique a su aussi s’adapter aux coutumes qui n’entraient pas en contradiction avec la Charia. Et elle toléra la présence des Chrétiens et des Juifs, désignés comme les « gens du Livre ». Aussi, en 10 ans(634-644) l’Islam avait il conquis les possessions byzantines de Syrie, Palestine et Egypte et l’empire Sassanide s’étalant sur l’Iran et l’Irak, la Charia représentant une grande avancée sociale pour tous ces peuples.
En effet, les nouveaux principes enseignés par le Cor’an, comme l’égalité entre tous les Croyants, le rôle de la femme auprès de son mari, le traitement plus humain de l’esclave et son affranchissement religieux, ainsi que la liberté de diffusion de la pensée grecque, faisaient que la civilisation islamique était la plus avancée. Toutefois, l’Europe  résista à l’Islamisation grâce à l’Eglise , ainsi qu’ aux Génois et Vénitiens qui dominaient la navigation en Méditerranée.

L’ABSENCE  DE  DIALECTIQUE  ENTRE  FOI  ET  RAISON   EN  ISLAM

Le texte du Coran est dit «incréé », émanant de Dieu. « Al’ Kor ’an » signifie récitation littérale. L’on ne doit pas chercher à en critiquer une seule syllabe parce que la Vérité d’Allah dépasse notre entendement. 
La première négation de la dialectique entre foi et raison se trouve dans le Mektoub, signifiant que Allah connaît d’avance et décide de tous les événements. Et pour comprendre cette Loi divine, le Croyant doit entreprendre des efforts personnels sur lui-même, durant toute sa vie, en pliant son ego face au contenu du message coranique: c’est l’Ijtihad ou le Jihad au niveau personnel.
Dans ces conditions, tout esprit critique disparaît et la Foi (el Imân) se fond dans la soumission totale au message divin, en usant de la Vertu de perfectionnement permanent (el Ihsân). Ce cheminement place le Croyant dans un état de certitude et d’équilibre dans sa quête de la vérité. Le Muslim échappe ainsi aux incertitudes de l’ego occidental. Sur cette base, les Ulémas justifient leur refus de toute discussion sur la nature de Dieu. Il n’y a donc pas de Théologie possible.

SCIENCE   ET   CONNAISSANCE   EN   ISLAM

Les premiers siècles de l’Islam avaient connu un bouillonnement intellectuel extraordinaire, grâce aux exhortations du Prophète dans de nombreux Hadiths, disant : « la quête de la science est un devoir pour tout Muslim »; « Cherchez la science jusqu’à la Chine lointaine s’il le faut » ; « L’encre du savant est plus sacrée que le sang du martyr » …
 C’est le Calife érudit Al Ma’moun (813-833) qui fonda à Bagdad la Maison de la Sagesse(Bayt Al Hakmat) où travaillèrent des chercheurs de tous horizons. Cela avait permis au Califat Abbasside (750-1258) d’atteindre un niveau de rigueur scientifique et d’érudition inégalée depuis lors dans le monde arabe. Al Kindi (800-870) avait introduit le calcul numérique avec les chiffres 0 à 9, devenus universels. Al Farabi (870-950) affirma le primat de la philosophie sur la théologie. Son ouvrage « L’Etat modèle » prône un Etat fondé sur la Morale et la raison, à la tête duquel régnerait un roi philosophe, unissant le Politique et le Cor’an, annonçant la monarchie éclairée du Siècle des Lumières. Avicenne ou Ibn Sïnà (980-1037) réalisa un condensé du savoir universel, 7 siècles avant l’encyclopédiste Diderot du XVIII° siècle. Son« canon de la médecine » resta le principal manuel de médecine  des universités européennes jusqu’au XVII° siècle. Al Birouni (973-1050) écrivit la 1ère histoire du monde sous le titre de « Chronologie ».
Mais l’étouffement de la pensée philosophique islamique en Orient eut lieu par souci de centralisation du pouvoir turc, opérée sous la dynastie turque Seldjoukide, par le grand Vizir NIZAM (1018-1092) à la fin du XI° siècle. Elle refleurira sous les Almohades à Marrakech au XII° siècle, où Ibn Toufayl(1115-1185)  écrivit «Le vivant, fils de celui qui veille», annonçant le «Discours de la méthode», avec un homme qui parvient seul à la connaissance du Monde et de Dieu par sa réflexion rationnelle, et où la philosophie  atteignit son apogée avec Averroès (1126-1198) qui prône le monde et le cosmos existant de toute éternité et évoluant suivant leurs propres lois, quoique créés par Dieu. Mais, en rejetant l’immortalité de l’âme, Averroès entra en conflit violent avec l’orthodoxie musulmane qui le fit partir exil en Europe, où sa thèse porta le nom d’«averroïsme Latin » et fut reprise, deux siècles plus tard, par Thomas d’Acquin.
 
LE   DOGMATISME   RELIGIEUX   ET   L’EDUCATION   ISLAMIQUE

Le Prophète avait dit: « Dieu n’a rien créé de plus noble que l’intelligence ». Cependant, le grand philosophe religieux El Ghazali (1058-1111), soutenu par le Vizir Turc NIZAM, fixa l’orthodoxie religieuse en reprochant aux philosophes musulmans leurs mécréances incompatibles avec la foi du Cor’an. Il publia que la raison ne peut constituer un critère de vérité en soi, car la Vérité se trouve en Dieu seul. Cela permit aux Ulémas, jaloux de leur autorité sur la pensée des croyants, d’éliminer définitivement la Philosophie de l’enseignement, comme contraire à la religion. Et ils justifient cela par la Sourate(VII,33) : « Il est interdit d’associer quiconque à Allah », en la traduisant par :  « rien d’autre que ce qui a été révélé à Mohammed ne peut être ajouté ».
La Science étant limtée à la seule connaissance du Coran et de la Sounna, il n’y eut pas d’éclosion de la pensée expérimentale et scientifique dans le monde islamique. La raison resta donc soumise à l’enseignement de la foi par les Ulémas dans les madrassas. Ce dogmatisme s’est ensuite étendu au Maghreb et à l’Espagne, avec l’exil d’Averroès à la fin du XII° siècle. La civilisation islamique resta ainsi en dehors de l’essor culturel et philosophique qui allait entraîner l’occident européen dans une dynamique culturelle nouvelle, appelée l’Humanisme, annonçant les temps modernes avec l’éclosion de la liberté de conscience qui déboucha sur les découvertes scientifiques, la croissance capitaliste et l’esprit de laïcité.