L'Inde : Ombres et Lumières  avec une annexe sur le Champa
- J.P Lajoinie -                   

    L'Inde est, avec la Thailande et la Chine, le pays d'Asie que j'ai eu l'occasion de visiter régulièrement pour des raisons professionnelles et personnelles depuis plus de 30 ans.

Etant fasciné par la complexité de ce pays je me suis interrogé sur les principales composantes de cette complexité en les analysant le plus rationnellement possible et c’est le résultat de cette réflexion que je voulais vous faire partager ce soir.
Comme le titre de cet article le laisse supposer mon propos consistera à étudier les zones d’ombre puis celles de lumière pour se terminer par une conclusion.

J’illustrerai la force de la culture indienne par un exemple en Indochine le Royaume du Champa qui occupait la partie centrale du Vietnam actuel.

Les zones d'ombre

Une attitude apparente de résignation de la part des habitants en grande partie due à la religion hindoue qui veut que toute vie est atroce, illusion, déception et manque et prône la métempsycose. Chaque hindou accepte son sort qui est lié à son karman accumulé pendant les existences antérieures, il est en quête de délivrance (Mukti ou Moshska) de la jouissance(bhukti). L’hindou accepte également l’ordre social immuable : le dharma. Incidemment, en Hindi demain et hier sont le même mot : kal, qui veut dire un jour au-delà. 
Le système des castes(du portugais casto=pur) perdure malgré les critiques des Jains puis des boudhistes il y a 25 siècles et une Constitution actuelle plutôt égalitaire. Le maintien de ce système est probablement imputable à l’attitude mentionnée plus haut et au fait que la société indienne est restée très rurale, y compris en ville où les serviteurs sont les observateurs des « dérives » éventuelles des mœurs de leurs patrons et où les habitants des bidonvilles se regroupent spontanément par village et reproduisent la stratification sociale dudit villlage.
Cette organisation repose sur la notion de pureté décroissante.
0n rappelle qu'il y a principalement: les Brahmanes(prêtres à l'origine), les Kshatriyas(rois et guerriers), les Vaishyas(agriculteurs, commerçants), Shudras(serviteurs) et les hors castes ou intouchables qui représentent, avec les tribus près de 20% de la population.
Les trois premières castes sont dites « deux fois nées » car leurs enfants reçoivent à l’adolescence une sorte d’initiation.
En fait il y a des milliers de variantes y compris chez les intouchables(les blanchisseurs bien connus de Bombay, les éboueurs, les cantonniers, les cordonniers, ….)
Ce système, qui repose à l'origine sur des rôles sociaux précis, s'auto entretient(la plupart des mariages restent encore aujourd'hui arrangés et andogames) et s'est imposé chez les musulmans et les chrétiens par mimétisme. C'est un formidable systeme bloquant(3% de la population seulement est brahmane mais occupe 70% des places à l'université). On estime que les intouchables(dalits, peuple brisé ) ont deux fois plus de « chances » d’être plus mal payés, chômeurs et de vivre en-dessous du seuil de pauvreté que les membres des castes.  
L'individu n'existe pas hors de sa caste et la capilarité sociale est quasiment impossible malgré, il est vrai, un systeme de quotas garantis à l'université et l'administration. Le Président de la République, qui a été remplacé en 2003 (?) par un musulman, était intouchable et le nouveau Premier Ministre est Sick. Les indiens émigrés hors castes sont repérés et traités comme tels par leurs concitoyens dans leurs pays d'accueil.
Il faut signaler que Gandhi, lui-même, ne s'est pas opposé au système des castes mais au caractère hiérarchique de celles-ci, il a dit qu'elles traduisaient "les quatre divisions de la société, chacune complémentaire de l'autre et aucune inférieure ou supérieure par rapport à l'autre", c'est lui aussi qui a qualifié les intouchables de "Harijan" ou "enfants de Dieu".
Les historiens semblent tout de même d'accord pour dire que c'est le système des castes qui a sauvé la civilisation indienne des nombreux envahisseurs étrangers et du despotisme de certains dirigeants dont Ashoka(j’en parle dans ma deuxième partie).
La situation de la femme indienne est globalement peu enviable. La femme , n'a en fait aucune existence en dehors de son père, de son mari, de son fils..La dot, sans laquelle son mariage n'est pas possible, est souvent source d'endettement des familles à vie.
Dans les bidonvilles c'est typiquement un scooter ou un réfrigérateur qui est apporté en dot, l'objet est immédiatement confisqué par la belle famille d'accueil.
Souvent cette dernière considère que la dot est insuffisante et on estime que chaque année 5000 femmes sont tuées, généralement en faisant la cuisine et en mettant « par accident » le feu(dont le symbolisme de purification incarné par le Dieu Agni est très fort en Inde) à leur sari parce que la dot est estimée insuffisante.
L'avortement concerne surtout les embryons féminins à tel point qu'il y a maintenant 93,5 femmes pour 100 hommes en Inde(et même 84,5 filles pour 100 h garçons dans les quartiers huppés de New Delhi où les avortements après échographie sont très « tendance ») alors que ce taux est inversé en 0ccident. 0n peut se demander ce que va devenir cette situation lorsque la science permettra le choix du sexe….
En 2001 le taux d’alphabétisation des femmes était de 75% pour les hommes et 54% pour les femmes avec de fortes disparités par Etat(88% au Kérala et 33% dans l’Uttar Pradesh).
Les lois de Manou écrites il y a 22 siècles, largement reprises par l'épopée du Mahabharata, décrivant la femme comme racine de tous les maux et porteuse de tous les vices ne sont finalement pas pires que, par exemple, les positions de Socrate ou certains passages de la Bible. Toutefois, alors que l'Occident a connu une révolution heureusement favorable sur ce plan, surtout depuis 30ans, la femme indienne continue à être victime de violence.
Par exemple dans le rapport de mai 2001 Amnesty International (il n’y a pas de chiffres dans les rapports 2003 et 2004) estimait que plus de 50% des femmes seraient victimes de violences diverses(coups, viols, etc..). Cette situation serait particulièrement marquée chez les femmes intouchables. Parmi les exemples cités j'ai retenu celui-ci: 50 membres de castes supérieures ont empêché une femme qui avait été violée et battue de déposer sa plainte au poste de police. Toujours d'après le rapport, seuls 5% des cas de violence seraient recensés, les victimes craignant d'être déshonorées, éconduites ou de subir les violences ou railleries des policiers eux-mêmes.
Enfin 200 femmes seraient tuées chaque année pour sorcellerie supposée.
L'Inde est sale et pauvre, c'est ce qui saute aux yeux et/ou prend à la gorge en arrivant. Les grandes villes regorgent de bidonvilles(on estime que la moitié de la population de Bombay, Calcutta et Delhi vit dans des quartiers auto-construits et précaires, régulièrement déplacées de plus en plus loin des centre-ville; ce phénomène s’est beaucoup accéléré au cours des 20 dernières années) de personnes qui couchent sur les trottoirs, dans les halls de gare, ou défèquent sur les bas-côtés des routes ou le long des voies ferrées etc…
L’Inde abrite la moitié des personnes mal nourries dans le tiers monde.
Le peu d'intérêt apporté à la chose publique par les indiens (infrastructures en général) est patent.
L'évolution de l'Inde contemporaine
Les nouvelles classes moyennes (près de 300 millions ont un revenu supérieur à 8500$/an) sont fascinées par le consumérisme à l'occidental(Mac Do, Coca Cola,…)
Le BJP, qui a été  à la tête de la coalition gouvernementale pendant 2 législatures  prône l'"hindutva"(hindouité) qui veut officiellement le progrès matériel et la bonne gouvernance sans renoncement à la culture hindoue. En fait cette politique encourage les extrémistes anti-chrétiens et anti-musulmans. En deux ans(1999/2000) 200 incidents violents contre des personnes ou institutions chrétiennes ont été recensés(contre 86 en 1998 et 24 en 1997). La "justification" de ces violence est l'intention, prêtée à ces communautés,  de vouloir changer l'ordre social et de travailler contre les intérêts du Pays. En 1992 la mosquée d'Ayodhya a été détruite car elle avait été construite au 16ème siècle sur un temple hindou qui marquait le lieu de naissance du Dieu Ram, héros de l'épopée du Ramayana… Un rapport reposant sur des fouilles archéologiques est sorti l’an dernier et il confirme l’authenticité de cette revendication, il est très contesté par les musulmans. Il faut s’attendre au pire: en 2002 plus de 1000 musulmans ont été assassinés dans l’Etat du Gujarat après l’incendie d’un train le 27 févier 2002 et la mort de 60 passagers hindous rentrant, précisément d’un pèlerinage à Ayodhya. Il semble que ces mesures de rétorsion ont été mises en œuvre avec l’accord tacite de la police locale et  l’enquête diligentée n’avait  toujours pas aboutie fin 2004 alors que 100000 musulmans ont fui leurs maisons par crainte de représailles, La moitié des plaintes avaient été classées sans suite. Il est vrai que le Gujarat est un fief du BJP.
Un autre aspect de cette hindouité est le succés du pèlerinage des Hindous de la Kumbh Mela qui a lieu tout les 12 ans à la confluence des deux fleuves sacrés du Gange et de la Yamuna au nord de l’Inde : 15 millions de pèlerins en 1977, 35 millions en 1989 et 70 millions en 2001. Le renouveau religieux et l’augmentation des revenus n’expliquent pas tout….
L'Inde est devenue une puissance nucléaire et les 5 essais de mai 1998 ont été l'objet d'un consensus politique et populaire dans le Pays
Le développement économique très déséquilibré entre un axe ouest est(Etat du Gujarat, Bombay et Bangalore) et un Centre Nord et Nord Est qui sont à la traîne
Un phénomène démographique non maîtrisé:  600 millions d'habitants en 1960 ; 1 milliard en 2000 et 1,25 milliards en 2015?

Les zones de lumière.

La longue histoire (marquée par une tradition commerciale et spirituelle au départ de l'Inde mais guerrière vers l'Inde). Je reviendrai sur l’influence spirituelle indienne en parlant du Champa.
Danielou, dans son livre "l'Histoire de l'Inde" qualifie ce Pays de "musée de l'histoire" en raison de la continuité de sa civilisation. L'Inde a, en effet, conservé dans des états séparés les cultures, les races, les langues et les religions.
Les  plus anciens sites actuellement situés au Pakistan de Mohenjo Daro(Sindh) et de Harappa(Punjab) dans la vallée de l'Indus remontent à -3000 AVJC.
Ce sont peut-être les berceaux de la civilisation sumérienne, elle-même à l'origine de Babylone, de l'Assyrie.
Les Egyptiens attribuaient eux-mêmes une origine orientale à leur culture, les marchands indiens naviguaient jusqu'au Moyen 0rient en 3000 avant JC.
Les cultures méditerranéennes et dravidiennes ont donc des origines communes.
Les échanges entre le mondes égyptien, grec, romain et indien sont patants: le Dieu Shiva correspond à Osiris, Dyonisos ou Bacchus..
Les barbares aryens(qui veut dire noble en sanskrit) sont venus de la Russie Asie Centrale actuelles, probablement chassés par la sécheresse, ils ont pénétré en Inde à partir de -2000 AVJC apportant la langue: le sanskrit.
Le fameux Mahabharatra serait, d'ailleurs l'histoire de la guerre entre les dravidiens (habitants d'origine) les "Pandayas" et les Aryens les "Kauravas".
Il faut dire qu’il existe peu de documents écrits sur la période de –3000 à Alexandre le Grand. Les seuls textes existants sont brefs et restent indéchiffrés à ce jour, les textes des Vedas écrits de –1500 à –500 ne permettent pas d’établir une histoire cohérente.
Cette absence de textes clairs permet aux tenants de l‘Hindutva de contester la version ci-dessus, ils estiment que les aryens venaient du nord de l’Inde et non de Russie/Asie Centrale.
Les iraniens conquirent le nord de l'Inde.
Alexandre le Grand alla jusqu'à l'Indus.
Les Rajpoutes, qui régnèrent du 9ème au 12ème siècle étaient des indo aryens, mêlés à des Scythes, des Parthes, des indo iraniens, des grecs et des huns.
Les turco mongols établirent leur domination en lnde en même temps que sur le Proche 0rient mais surtout vers 1550, lls ont régné jusqu'à l'arrivée des 0ccidentaux(Portugais, Français et, surtout, Anglais).
Les Anglais ont commencé à négocier, à travers la Compagnie des Indes Orientales, des comptoirs dès 1613 et ont annexé l'Inde à l'Empire Britannique en 1858.
On connaît mieux l'histoire contemporaine rendue populaire en Europe par le livre "Cette nuit la liberté" et le film "Ghandi".
Les conclusions que je tire de cette histoire rappelée à grands traits sont:
Ce sont les rivalités internes qui ont toujours fait le lit des envahisseurs(sinon comment expliquer que l'armée britannique n'a jamais dépassé 100000hommes)
Les indiens n'ont jamais été expansionnistes en termes de territoire
L'Inde a assimilé les différentes cultures de ses envahisseurs en les modifiant très sensiblement(on peut signaler que le systême des castes existe même chez les musulmans et les chrétiens)
L'Inde a eu un grand rayonnement culturo/religieux. On a parlé des échanges avec le bassin méditerranéen mais il faut parler aussi de la diffusion de  l'hindouisme puis du bouddhisme en Asie du Sud Est et en Chine. 

L'Inde est une mémoire historique vivante. Il y aurait encore des tribus dans le sud qui continueraient à vivre comme au néolithique, on sait, par ailleurs que ce pays est une puissance nucléaire et a une industrie de l'information à l'égal de celle des pays occidentaux. Dans les campagnes les norias continuent à cotoyer les tracteurs.
L'Inde a gardé son âme, elle est attachée à ses traditions et à ses valeurs. Ceci implique la part d'ombre dont j’ai parlé (castes, situation de la femme, etc…) mais il est très appréciable d'y constater une certaine permanence sous de multiples aspects: vestimentaire(les femmes portent toujours le sari, souvent seyant…), comportementaux(les hommes d'affaires y parlent volontiers d'histoire, de mythes et de légendes, de philosophie: ce qui est devenu, hélas, très rare en 0ccident), culturels: le feuilleton Mahabharata( a fait un tabac à la télévision il y a quelques années), c'est le propriétaire d'un bar de village qui nous a commenté un temple dédié à Vishnou avec forces détails, c'est un ingénieur électro-technicien qui nous a fait visiter le temple des rats au Rajasthan en nous expliquant que cela portait bonheur de voir le rat blanc.
L'Inde a une histoire d’ouverture aux autres cultures et a prouvé qu’elle pouvait, aussi être non violente.
Depuis plusieurs siècles y cohabitent plusieurs religions: l'hindouisme(majoritaire), l'Islam, le Sikhisme, le Jainisme, le Chistianisme. Le drapeau de l’Inde comporte trois couleurs : le vert de l’islam, l’orange de l’hindouisme et le blanc de la paix.
L'Inde est un état laïque par opposition au Pakistan qui est une République Islamique.
Le bouddhisme, né en Inde par opposition au Brahmanisme/Hindouisme(comme le jainisme), n'était plus pratiqué. La raison de sa disparition est intéressante: l'empereur Ashoka(-274 à -232) avait voulu ériger le bouddhisme en religion d'état avec un systeme comparable à l'Inquisition en Europe. L'Inde a donc refoulé cette religion.
On dit aussi que les brahmanes ont mené une action très énergique visant au retour de l’hindouisme.
Toutefois cette religion/philosophie revient à travers la conversion des intouchables pronée par un des rédacteurs de la Constitution indienne, lui-même intouchable le Dr Ambedkar. Ce dernier a donné l’exemple en se convertissant pour cesser d’être intouchable. Il y aurait donc maintenant en Inde plusieurs millions de bouddhistes. Sans parler des réfugiés thibétains(dont le Dalai Lama) installés surtout dans le nord du Pays.
Des observateurs ayant vécu longtemps en Inde font remarquer toutefois que cette tolérance serait, en fait, une indifférence par rapport au sort d'autrui….
Pour ce qui est de l'accueil tout voyageur peut s'en apercevoir et pas seulement sur les sites touristiques où ledit accueil est souvent intéressé.
Quant à la non violence(ahimsa) je ne vais pas vous infliger le rappel de l'action exemplaire de Gandhi.
Toutefois, peut-on considérer maintenant qu’une société aussi inégalitaire, aussi cloisonnée soit non violente ?
L'Inde est la plus grande démocratie du monde. Ce systeme démocratique tirerait son origine de l'hindouisme, religion ouverte à toutes les diversité où se cotoient de multiples sectes. Les royaumes se sont historiquement construits par consensus entre de nombreux chef locaux et le souverain par "fitva" qui veut dire transfert d'allégeance. La démocratie locale au niveau des villages (les Panchayats) serait directement issue de cette tradition. Aujourd'hui encore ces Panchayats sont élus par l'ensemble des habitants (toutes castes confondues) et ses membres ont un mandat d'un an non renouvellable!!
Au niveau national cette démocratie locale a été relayée par le systeme parlementaire britannique.
Après une suprématie exercée après l'Indépendance par le Parti du Congrès(Gandhi, Nehru, I. Gandhi) jusqu'à la mort de Rajiv Gandhi en 1991 dans l’assemblée avant les élections de mai 2004 il y avait 39 Partis représentés, dont 24 dans la coalition du Gouvernment.
Je n’ai pas trouvé les chiffres de la nouvelle assemblée mais le Parti du Congrès revenu au pouvoir ne dispose que de 145 sièges contre 272 pour la majorité et son premier allié est un parti d’intouchables du Bihar, corrompu, violent et populiste.
Toutefois il suffit de lire la presse locale, regarder la télévision où toutes les opinions sont exprimées librement, rencontrer un défilé, un sitting à Bombay ou ailleurs pour constater la vivacité de ce systeme. Les partis(nationaux et locaux) y sont d'une grande diversité depuis le parti communiste jusqu'au parti extrêmiste et quasi fasciste hindou(celui-là même dont était issu l'assassin de Ghandi). Les limites de cette situation, unique dans les pays en développement, sont que le clientélisme, la corruption sont omniprésents au point que l'opinion rejette la classe politique nationale.
On peut toutefois souligner que si les Indiens ont envoyé des délégations très remarquées à Seattle, à Porto Allegre et qu’ils ont accueilli le Forum Social Mondial à Bombay en 2004 c'est bien grâce à la vivacité de leur systeme démocratique.

Conclusions

Il  est à craindre que les zones d’ombre continuent à obscurcir encore l’Inde :

Le sort des femmes et des intouchables, même s’ils ont bénéficié d’ un coup de projecteur au Forum Social Mondial de février 2004, continuera à être peu enviable
La difficile cohabitation hindous/musulmans et hindous/chrétiens ne devrait pas s’améliorer, même si elle peut difficilement se détériorer.
La poursuite de la libéralisation de l’économie va amener son cortège de sans emplois dans les campagnes et les villes.

A l’inverse quelques signes encourageants existent :

Le retour inattendu du Parti du Congrès en mai 2004 grâce à la défaite du BJP va peut-être calmer les ardeurs de l’hindutva et, par exemple, permettre la reprise emblématique de l’enquête au Gujarat.
Le gouvernement précédent a bien engagé les pourparlers de paix avec le Pakistan et le Congrès continue.
La croissance indienne(9% en 2004 après 5 à 7% depuis 2000), pourrait grossir les rangs de la classe moyenne.
L’Inde a été l’un des instigateurs de la création du Groupe des 20 qui a fait entendre sa voix lors de la réunion de l’OMC à Cancun et dont le contre poids par rapport aux Pays du Nord pourrait changer les règles du commerce mondial en faveur de pays comme l’Inde.
Le déficit en femmes signalé plus haut a quelques conséquences heureuses : certains parents ont renoncé a la sacro sainte dot pour pouvoir caser leur fils…..



Bibliographie :

L’Inde « Autrement »
L’Inde Jacques Dupuis « Kailash»
Le génie de l’Inde Guy Sorman « Fayard »
Histoire de l’Inde A. Danielou « Fayard »
Swami PDG et moine hindou Swami Pranavanda « Delville»
Dans la peau d’un intouchable Marc Boulet « Seuil »

ANNEXE.

Un exemple d’influence culturelle de l’Inde en Asie : le Champa.

C’est un géographe danois qui, pour la première fois fin 18ème ou début du 19ème siècle a parlé de l’Indochine, repérant ainsi une zone influencée à la fois par l’Inde et par la Chine.
L’influence indienne s’est exercée plutôt de façon spirituelle alors que l’influence chinoise s’est faite de façon plutôt guerrière.
L’indochine verra donc du 8ème au 13ème siècle se dresser un manteau de temples dont les survivances principales sont Pagan, Angkor et Po Nagar (Nha Trang aujourd’hui) (My Son ayant été détruit par les américains en 1969) au Champa.
Les documents écrits sur ces civilisations sont rares mais il existe des inscriptions sur des stelles, les monuments, les bas reliefs systématiquement répertoriés par les archéologues de l’EFEO et d’ailleurs. Il faut aussi signaler les documents chinois.
L’histoire du Champa (appelé Linyi par les chinois) commence au 2ème siècle de notre ère dans la province actuelle de Binh Thuan.  Ce royaume a occupé principalement l’Annam actuel. Il a été très souvent en guerre contre les vietnamiens ou les khmers. Il a été  parfois associés aux khmers contre les vietnamiens.
La carte en circulation montre la lente migration des chams sous la poussée vietnamienne et la limite du royaume à sa fin au milieu du 17ème siècle.
Les Chams seraient venus de Java, ils étaient pirates (ou hardis marins) suivant les historiens, belliqueux, ils entretenaient une armée de 40 à 50000 hommes et 1000 éléphants..
Ils pratiquaient l’irrigation(le riz était cultivé 100 jours/an), entretenaient d’excellents vergers, étaient d’excellents artisans(sertisseurs de pierres précieuses, poteries…). Leurs échanges internationaux confiés aux indiens et aux chinois étaient basés sur l’exportation de pierres précieuses, bois de santal, ivoire, corne de rhinocéros, nids et plumes d’oiseaux, céramiques qu’ils échangeaient contre des tissus de soie, de l’or, de l’argent, du verre.

La pénétration de la culture indienne s’est faite pacifiquement et naturellement car elle apportait l’écriture (le sanscrit a probablement été la langue la plus parlée dans toute l’Indochine pendant plusieurs siècles), des principes administratifs et juridiques et des éléments mythologiques surtout par le shivaïsme qui apportait une analogie avec les cultes pratiqués localement : montagne/mer, principe masculin/féminin, génies du sol.
Apparemment ce sont des marchands, des nobles cultivés et des brahmanes ou des moines bouddhistes qui ont véhiculé cette culture.
Le bouddhisme a eu aussi sa place et a alterné ou cohabité avec l’hindouisme comme d’ailleurs chez le voisins Khmer. 
Les brahmanes ont toujours eu un pouvoir important : prêtres mais aussi conseillers des rois…..mais le système des castes a été appliqué avec beaucoup moins d’ardeur qu’en Inde et les mariages mixtes étaient courants.
Au 17ème siècle la sâti (suicide des veuves)était toujours pratiquée.
Au début du 20ème siècle les deux tiers des chams vivant au Vietnam étaient encore hindouistes et les autres musulmans mais la plupart de ceux qui s’étaient réfugiés au Cambodge étaient musulmans, l’influence islamiques s’étant surtout faite par la Malaisie.

Que reste-t-il de cette civilisation (en dehors du curry dans quelques plats vietnamiens) ?

Des temples, orientés est ouest, sous la forme de tours carrées(kalan) qui représentent le microcosme du monde avec le linga(masculin) et le yoni(féminin), visibles dans le centre du Vietnam, une statuaire visible à Danang et au Musée Guimet, des inscriptions épigraphiques. Les archéologues considèrent que le niveau de ces réalisations est inférieure à celles du Cambodge et que le sanscrit utilisé est moins pur que celui utilisé au Cambodge, pourtant les chinois ont dérobé, comme trésor de guerre, 1350 manuscrits sanscrits bouddhiques écrits au Champa.
Aujourd’hui les chams sont une des 54 minorités répertoriés au Vietnam où ils vivent d’artisanat et d’agriculture.
Entre 1975 et 1993 7000 chams musulmans ont été accueillis par la Malaisie.