Bref panorama de la F.: M.: en Afrique aujourd’hui
- JL D. -                   

Introduction

Les grandes Obédiences Françaises comme le GODF et la GLDF ont ouvert depuis la fin du 18ème siècle de nombreuses LL.: en Afrique noire et dans l’Océan Indien. Dans un certain nombre de pays, elles ont donné naissance à des Obédiences « nationales ». Dans d’autres, des LL.: dépendant de ces Obédiences françaises persistent. A côté de cela, il est utile de mentionner que dans toute une série de pays (en particulier anglophones) existe une F.:M.: typiquement anglosaxone. Enfin, il existe encore de nombreux pays où la F.:M.: est purement et simplement interdite.

Dans la présentation qui va suivre, je commencerai par faire de l’histoire et de la géographie pour bien « planter le décor » de la F.:M.: en Afrique noire au Sud du Sahara et dans l’Océan Indien aujourd’hui. Je parlerai ensuite de quelques Obédiences nationales, puis de la Conférence des Puissances Maçonniques en Afrique et à Madagascar (CPMAM).

La discussion qui suivra cet exposé préliminaire conduira sans doute à aborder toute une série d’autres questions plus délicates.
 

  • Première partie : Approche historique de la FM en Afrique noire

Dans cette approche historique, on peut distinguer 1/ une phase initiale : celle des premières LL.: en Afrique, 2/ la période qui se situe entre la fin de la seconde guerre mondiale et les indépendances qui correspond à l’implantation de LL.: coloniales et, 3/ la période qui s’étend des indépendances jusqu’à l’apparition des premières Obédiences nationales.

1. La phase initiale : celle des premières LL.: en Afrique

On peut dire que la Maçonnerie est ancienne en Afrique puisque la première Loge a été fondée au XVIIIème siècle, donc peu de temps après l'apparition de notre Ordre en Europe. En effet, la première Loge qui alluma ses feux en Afrique fut la R.:L.: "Saint-Jacques des Vrais Amis Réunis" à l'Or.: de Saint-Louis du Sénégal. C'était le 15 mars 1779 et sous les auspices de la Grande Loge de France que la constitution de cette Loge fut décidée et elle n’alluma ses feux que le 9 juillet 1781. Le F.: CHORIER, un marchand tapissier à Paris venu s’installer à Saint Louis, en fut le premier Vénérable Maître. Elle regroupait des militaires, des fonctionnaires, des commerçants liés ou non aux grandes compagnies concessionnaires coloniales (dont la Compagnie du Sénégal) et quelques artisans. Cette composition sociologique est typique des LL.: pratiquement jusqu’aux indépendances et même un peu au delà.

Cette R.:L.: à l'Or.: de Saint-Louis du Sénégal devenue "Saint-Jacques de la Vertu", était encore active en 1787 mais disparut dans la tourmente révolutionnaire. Il fallut attendre 1823 pour qu’une seconde L.: voit le jour au Sénégal toujours à l'Or.: de Saint-Louis du Sénégal (alors capitale de la colonie du Sénégal) sous le titre distinctif « La Parfaite Union ».

A partir de ce moment là, la F.:M.: connut dans cette colonie des périodes fastes et d’autres qui le furent beaucoup moins. Il était en effet classique qu’à un Gouverneur F.:M.: ou proche de la F.:M.: succède un Gouverneur « calotin » qui décide de faire fermer les LL.: dès son arrivée. C’est que la situation de la F.:M.: aux colonies dépendait et reflétait en quelque sorte les luttes qui opposaient en métropole la F.:M.: et l’église catholique. Toutes les colonies ont connu cette alternance et ses conséquences sur la vie des LL.:Maçonniques en place ou à créer.

Pour continuer avec Saint-Louis du Sénégal, il faut indiquer que les FF.: des LL.: de cet Or.: (pratiquement tous blancs à cette époque, cela va sans dire) se sont tout de même très tôt intéressés, à travers leurs travaux, aux populations noires. Une de leur préoccupation majeure était l’instruction des noirs et on peut dire que nos FF.: sont à l’origine de nombreuses initiatives prises en ce sens dans le monde profane.

Il faut aussi retenir que le premier Sénégalais à être initié le fut en 1882 : il s’agissait du F.: Biran DIABY, employé de commerce.

Pour en terminer avec le Sénégal, signalons que la première L.: qui fut créée à Dakar (par essaimage de Saint-Louis du Sénégal), est la R.:L.: « L’Etoile Occidentale » : c’était le 4 Septembre 1899, sous l’égide du GOdF. Entre-temps Dakar était devenue la capitale de la colonie du Sénégal et aussi la capitale d’un vaste ensemble de colonies qu’on appelait l’AOF (Afrique Occidentale Française). La 1ère L.: de Dakar a donc aujourd’hui un peu plus d’un siècle.

La F.:M.: est apparue à peu près à la même époque dans de nombreuses autres colonies :

·      en 1904 au Gabon : la R.:L.: « Aurore du Gabon » du GOdF à l’Or de Libreville. Cette L.: se transportera à l’Or.: de Brazzaville dès 1906 (Brazzaville était devenue la capitale de l’autre vaste ensemble de colonies constitué en Afrique centrale sous le nom d’AEF : Afrique Equatoriale Française). Cette Loge, qui a peut-être tout simplement suivi des fonctionnaires FF.:MM.: « mutés » de Libreville à Brazzaville prendra le titre distinctif d’« Aurore du Congo ». Cette L.: est considérée comme l’ancêtre de la FM au Congo Brazzaville (et en Afrique équatoriale) et figure donc naturellement dans l’historiographie de la première Obédience congolaise, les Grand Orient et Loge associés du Congo (GOLAC) à sa création [1] .

·      en 1907 au Dahomey (aujourd’hui Bénin) : la R.:L.: « Union et Concorde » du GOdF à l’Or.: de Cotonou.

·      en 1907 en Guinée : la R.:L.: « Les Pionniers du Niger » [2] du GOdF à l’Or.: de Conakry.

·      en 1916 en Guinée également : la R.:L.: « L’Etoile de Guinée » de la GLDF à l’Or.: de Conakry.

·      en 1930 en Côte d’Ivoire : la R.:L.: « Fraternité Africaine » du GOdF à l’Or.: d’Abidjan.

·      en 1932 au Cameroun : la R.:L.: « La Lumière du Cameroun » du GOdF à l’Or.: de Douala.


Dans les colonies françaises, toutes les LL
.: sont, bien entendu, fermées par les autorités de Vichy en 1940, du moins dans les territoires qui en dépendent. C’est vrai en particulier pour les colonies de l’AOF. Pour ce qui est des colonies de l’AEF qui ont rallié la France Libre du Général de Gaule sous l’impulsion notamment du F.: Félix EBOUE, noir d’origine guyanaise et Gouverneur Général de l’AEF. Les FF.: se sont très largement mobilisés pour poursuivre la guerre au sein du mouvement créé par de Gaule. Les déplacements de ces FF.: vers les différents fronts ouverts par la France Libre (et surtout les alliés coalisés contre Hitler et ses amis) a eu pour conséquence la mise en sommeil de pratiquement toutes les LL.: de la région.

2. De la fin de la 2nde guerre mondiale aux indépendances

Après la guerre, beaucoup des LL.: citées plus haut rouvrent leurs travaux. D’autres naissent comme par exemple :

·      « Fraternité du Bénin » du GOdF à l’Or.: de Lomé (Togo) en 1953,

·      « Les amis réunis » du GOdF à l’Or.: de Conakry (Guinée) en 1957,

·      « Vérité et Persévérance » du GOdF à l’Or.: de Yaoundé (Cameroun) en 1958,

·      « La Croix du Sud » de la GLDF à l’Or.: de Dakar en 1960, etc.

Dans ces LL.:, l’ouverture aux africains est timide, quelques fois nulle. Le milieu sociologique du recrutement des LL.: chez les européens n’a pratiquement pas bougé. Si ceux-ci pouvaient se montrer généreux - voire humanistes - pour les populations noires avant la guerre (la fameuse mission civilisatrice), il se développe après la guerre une certaine méfiance pour les idées nouvelles et en particulier pour les idées d’émancipation véhiculées en particulier par les intellectuels africains qui vont faire leurs études en France. On peut aujourd’hui affirmer que les FF.: et les LL.: implantées en Afrique n’ont pratiquement pas accompagné les mouvements africains d’émancipation de la tutelle coloniale qui se développaient ici et là. On peut même dire qu’ils se sont bien souvent on ne peut plus conservateurs.

Ceci n’est pas tout à fait nouveau puisque notre F.: Blaise DIAGNE, sénégalais, fonctionnaire des douanes, initié à la Réunion en 1899, député du Sénégal en 1914, Conseiller de l’Ordre du GOdF de 1922 à 1925 (1er noir à être élu à une telle fonction), Sous-Secrétaire d’Etat aux Colonies en 1931 (1er noir à être nommé à une telle responsabilité), ne visita jamais aucune L.: du continent africain - même pas du Sénégal - tant il savait qu’il n’y aurait pas été bien accueilli.

Heureusement de nombreux africains ont été accueillis (et initiés) dans les LL.: métropolitaines. Au fur et à mesure de leur retour en Afrique, il ont su s’introduire, se faire apprivoiser en quelque sorte, s’imposer parfois, non sans difficulté.

3. Du lendemain des indépendances aux premières Obédiences nationales

En général, les Obédiences nationales ne sont pas apparues tout de suite après les indépendances politiques. En effet, la période qui suit l'indépendance politique des Etats francophone (1958 pour la Guinée après le NON au référendum organisé par le Général de Gaulle, 1960 pour les autres pays) ne fut pas très favorable à l'expansion de la Maçonnerie sur le continent. Dans plusieurs pays, des dictatures marxistes (ou plutôt pseudo-marxistes selon certains historiens) ou des dictatures militaires, ou encore des régimes à parti politique unique, s'établissent. Ceux-ci ne faisant pas bon ménage avec les Francs-Maçons et c'est ainsi que la L.: de Conakry créée en 1957 fut fermée dès 1958 et celle de Brazzaville en 1967.

En Côte d’Ivoire, la F.:M.: fut interdite en 1962 à la suite de la découverte d'un soi-disant complot qui aurait curieusement réuni des FF.:MM.:, des communistes et des catholiques. Plusieurs FF.:MM.: ivoiriens furent mis en prison tandis que les FF.:français étaient expulsés. Il fallut attendre 1970 pour que le Président Houphouët-Boigny reconnaisse officiellement qu'il avait été trompé et qu'il n'y avait jamais eu de complot. Et ce n'est qu'en 1972 que les Loges sont autorisées à rouvrir dans ce pays.

Au Sénégal, la F.:M.: put continuer ses travaux au lendemain des indépendances; de même qu’au Cameroun, à Madagascar, au Togo ou au Gabon. La F.:M.: ne rencontra pas trop de désagrément, sauf peut-être celui - qui n'est pas mince à mes yeux - de ne pas jouir de l'indépendance absolue qui est son essence même. Dans tous ces pays francophones, la présence de Ministres, d’hommes politiques et de hauts fonctionnaires locaux dans les Loges n’a pas été rare. Beaucoup, sur les colonnes comme hors des Temples ont su rester des FF.:

Mais le fait le plus important est sans doute le fait que, dans bien des pays, les LL.: du GOdF et de la GLdF ont progressivement donné naissance à un certain nombre d’Obédiences « nationales » telles que :

·      le Grand Rite Malgache (GRM) à Madagascar en 1962,

·      les Grands Orient et Loge Unis du Cameroun (GOLUC) [3] en 1962,

·      la Grande Loge Unie de Côte d’Ivoire (GLUCI) en 1962,

·      le Grand Bénin de la République du Bénin en 1967,

·      le Grand Rite Equatorial (GRE) [4] au Gabon en 1976,

·      les Grand Orient et Loge Associés du Congo (GOLAC) en 1987,

·      la Grande Eburnie de Côte d’Ivoire en 1990,

·      etc

  • Deuxièmes partie : le paysage maçonnique aujourd’hui

Toutes ces Obédiences ont reçu patente de l’une des deux Obédiences GOdF / GLdF ou bien des deux à la fois. Elles fonctionnent naturellement avec des cadres locaux. Mais les étrangers qui vivent sur place n’hésitent pas à demander à rentrer en Franc-Maçonnerie dans ces Obédiences, y compris les rares coopérants français qui travaillent et vivent aujourd’hui dans ces pays.

On a beaucoup glosé en France sur la qualité des Travaux dans les LL.: de ces Obédiences. Mais je peux vous dire et témoigner du fait que beaucoup de LL.: de l’hexagone devraient prendre l’exemple sur les LL.: africaines pour le sérieux avec lequel les travaux sont conduits.

Certaines Obédiences nationales africaines fonctionnent néanmoins avec des hauts et des bas. Ceux-ci peuvent être dus à des difficultés internes de personnes (comme partout) mais également à des problèmes conjoncturels : cherté de la vie et donc difficultés de recrutement (à peu près partout), conflits, comme au Congo il y a quelques années, ou en Côte d’Ivoire aujourd’hui. Dans ce dernier pays, on peut dire que la politique est rentrée dans les LL.: Si on y rajoute les très sérieuses questions de sécurité, il en a résulté une grande désaffection des Tenues. Beaucoup de LL.: ne se réunissent plus, les autres ont des difficultés à ouvrir les Travaux…

A côté de ces Obédiences nationales, les grandes Obédiences Françaises possèdent encore aujourd’hui des LL.: dans un certain nombre de pays d’Afrique. Pour ne parler que des LL.: bleues, le GOdF est présent au Cameroun (2 LL.:), à Djibouti (1 L.:), à Madagascar (1 L.:), à Maurice (3 LL.:), au Sénégal (3 LL.:) et au Togo (4 LL.:) [5] . La GLdF est présente au Cameroun (1 L.:), au Congo (1 L.:), au Sénégal (1 L.:), au Gabon (1 L.:) et au Togo (4 LL.:) [6] . La GLTSO s’est implantée au Sénégal (3 LL.:) et au Congo (1 L.:). La GLFF est également bien implantée dans le sous-continent : au Sénégal (1 Triangle), en Côte d’Ivoire (1 L.:), au Togo (1 L.:), au Bénin (1 L.:) au Cameroun (1 L.:) et au Congo (1 L.:).

Au Congo Brazzaville, après une brouille avec les GOLAC, le GOdF a suscité la création, en 2000, d’une autre Obédience à qui il a accordé patente : le Grand Orient du Congo Brazzaville (GOCB). Celui-ci a commencé par une L.: à Paris puis, après réconciliation des FF.: congolais, le GOCB a pu s’implanter à Brazzaville et à Pointe Noire. La coexistence des GOLAC et du GOCB est aujourd’hui pacifique. Fort du soutien de GOdF, c’est finalement le GOCB qui a ré ouvert la première L.: qui a existé au Congo : la R.:L.: « Aurore du Congo » qui avait été créée à Brazzaville en 1906. C’est donc cette Obédience, le GOCB, qui a organisé le 100ème anniversaire de la FM au Congo (et en Afrique Equatoriale) en mai 2006 à Brazzaville.

Enfin, signalons qu’en Afrique même, dans des circonstances particulières comme en Côte d’Ivoire ou au Cameroun, le GOdF n’a pas hésité à rouvrir des LL.: et ceci malgré des accords avec les Obédiences Nationales à qui elle a accordé patente !

Le Droit Humain constitue un cas particulier du fait que cette Obédience, qui a son siège à Paris, est structurée en Fédérations nationales (Juridictions et LL.: Pionnières) sur tous les continents et donc aussi en Afrique. Cette Obédience - internationale par construction - est présente sur le continent africain en Afrique du Sud (9 LL.:), au Burundi (1 L.:), au Cameroun (2 LL.:), en Côte d’Ivoire (3 LL.:), au Burkina Faso (1 L.:), à Madagascar (1 L.:), au Mali (1 L.:), à Maurice, au Nigeria (1 L.:), au Rwanda (1 L.:), au Sénégal (1 L.: [7] ), au Tchad (1 L.:) et au Togo (3 LL.:) avec des statuts différents. Bien que les premières implantations eurent lieu après 1960 et l’indépendance de la plupart des pays africains, ces LL.: ont été crées sous les auspices de la Fédération Française, les membres fondateurs provenant essentiellement de cette Fédération. Le rattachement de ces LL.: à la Fédération Française perdura jusqu’en 1997 ! Cette année là, les deux Loges d’Abidjan (Côte d’Ivoire, 70 membres) formèrent la Juridiction Ivoirienne [8] tandis que les autres LL.: de la sous-région prirent le statut normal de Loge Pionnière.

C’est en 2000 que le Suprême Conseil du DH International décida de la création d’une Fédération : la Fédération Ouest Africaine. Contrairement à l’habitude qui voulait qu’une Fédération épouse les frontières d’un pays, cette Fédération là fut créée régionale puisqu’elle comportait au départ les LL.: de trois pays : le Sénégal, la Côte d’Ivoire et le Togo (le Cameroun qui n’a pas souhaité se joindre au mouvement). La même année 2000 sont créées les Loges pionnières de Conakry (Guinée) et de Bamako (Mali). La première demande immédiatement son affiliation à la Fédération Ouest-africaine tandis que la seconde souhaite rester Loge Pionnière, directement rattachée au Suprême Conseil, à Paris. En 2000, la FOA compte 206 membres.

Depuis, d’autres LL.: se sont créées dans la région : à Ndjaména (Tchad), à Ouagadougou (Burkina Faso, en 2002), à Pointe Noire (Congo en 2003) et à Lagos (Nigeria en 2005). Aucune d’elles ne souhaite rejoindre la FOA ; elles préfèrent prendre le statut (confortable) de Loges Pionnières, directement rattachées au Suprême Conseil, à Paris. Il fallu attendre janvier 2004 pour que la Fédération Ouest Africaine tienne son premier Convent (à Abidjan). Le second eut lieu en février 2006.

La Fédération Sud-Africaine constitue un cas à part puisqu’elle fut crée au temps de l’apartheid. Avant 1989, il n’était pas question d’admettre des gens de couleur en son sein. L’abolition de l’apartheid ne se traduisit pas automatiquement par l’entrée de noirs dans les LL cette Fédération. Comme en 1997, il n’y avait toujours pas de FF.: ou de SS.: non blancs dans aucune des 9 LL.: bleues de la Fédération Sud-Africaine, le SC s’en inquiéta et il lui fut répondu que « les portes ont toujours été ouvertes mais qu’aucun noir ne s’était présenté ». Il semblerait qu’un noir ait enfin été initié il y a moins d’un an…

Enfin, il y a lieu de souligner que certaines LL.: du DH sont en sommeil pour des raisons politiques évidentes : c’est le cas du Burundi, du Rwanda et du Tchad.

  • Troisième partie : La CPMAM et les REHFRAM

La Conférence des Puissances Maçonniques d’Afrique et de Madagascar (CPMAM) qui s’est appelée initialement la Conférence des Puissances Maçonniques d’Afrique (CPMAF) est comme le CLIPSAS, l’AMIL ou le SIMPA, une entente entre Obédiences. Ici, il s’agit des Obédiences africaines adogmatiques dont le siège est en Afrique. Comme indiqué plus haut, ces Obédiences « du Sud » ont bien souvent reçu patente des Obédiences mères « du Nord ». Née en 1980 à Libreville (Gabon) [9] , la CPMAM comprend aujourd’hui, du Nord au Sud et d’Ouest en Est, la Grande Eburnie (GE) de Côte d’Ivoire, la Grande Loge Unie de Côte d’Ivoire (GLUCI), la Grande Loge Symbolique Masculine d’Afrique (GLSYMA), le Grand Bénin de la République du Bénin (GBRB), la Grande Loge Unie du Cameroun (GLUC ex GOLUC), la Grand Loge Symbolique du Gabon (GLSG ex GRE), les Grand Orient et Loge Associés du Congo (GOLAC), le Grand Rite Malgache (GRM) et le Grand Rite Malgache Féminin (GRMF). La Présidence de la CPMAM est assurée à tour de rôle par le Grand Maître d’une des Obédiences membres.

Les REHFRAM sont les « Rencontres Humanistes, Africaines et Malgaches » [10] . Il ne s’agit pas d’une autre organisation mais d’une activité annuelle organisée par la CPMAM, convoquée alternativement dans les différents Orients des Obédiences membres [11] . La dernière rencontre s’est déroulée à Lomé (Togo) en février 2006 et la prochaine aura lieu à Yaoundé (Cameroun) en février 2007. Ces rencontres se déroulent sur deux jours [12] sans décors (les séances sont totalement profanes dans leur déroulement même si n’y sont admis que des FF.:MM.: [13] ) et ont pour objectif de débattre d’un sujet social [14] , que les FF.: et les SS.: à titre individuel, les LL.: et les Obédiences ont pu préparer dans l’intervalle d’une année. Les FF.:, les SS.:, les LL.: et les Obédiences du Nord sont cordialement invités à contribuer aux thèmes de réflexion proposés et à se joindre aux FF.:, aux SS.:, aux LL.: et aux Obédiences de la CPMAM pour en débattre lors des Rencontres elles-mêmes, en Afrique donc [15] .

A noter qu’à l’exception des REHFRAM 2000 à Tananarive (Madagascar), le Droit Humain a toujours participé à cet événement en tant qu’Obédience à travers des représentants soit de la Fédération Française (au début), soit de la juridiction d’Afrique de l’Ouest (ensuite) soit de la Fédération Ouest Africaine (depuis que cette dernière existe).

Conclusion :

La FM en Afrique est bien présente en Afrique. Peut-on dire pour autant qu’elle se porte bien ? Elle est assez diversifiée et souffre certainement de dérives. Ici et là la politique est rentrée dans les Loges. Mais ce n’est pas une spécificité africaine.

De longs et pénibles efforts sont encore nécessaires …

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Annexe 1

La F.:M.: d’inspiration anglo-saxonne en Afrique noire

Pour ce qui est des pays anglo-saxons d’Afrique, les Loges créées par les FF.: britanniques de la Grande Loge Unie d'Angleterre ou des Grandes Loges d'Ecosse ou d'Irlande, avant les indépendances politiques, sont restées jusqu’à aujourd’hui sous la dépendance de ces Grandes Loges même si ont été créés des districts nationaux. Pour ce qui est du Ghana et du Nigeria, dont les territoires sont entourés des pays francophones, on sait seulement qu’en 1991, on comptait 87 Loges dans le premier (au Ghana) et près d'une centaine dans le second (au Nigeria) ce qui est bien plus important en nombre de FF.: et de LL.: que dans les pays francophones.

Il faut rappeler ici que la Maçonnerie a joué un rôle prépondérant au Liberia depuis son indépendance jusqu’à récemment et plus précisément jusqu’au coup d’état du Sergent Samuel Doe qui passa par les armes sur une plage de Monrovia tous les dirigeants FF.:MM.: de ce pays où, il faut le dire, la F.:M.: se confondait avec l'Etat.

A noter que des LL.: dites « régulières » se sont aussi multipliées dans l’espace francophone sous l’impulsion de la GLNF avec une différence tout de même : à savoir que la GLNF a dépassé le stade de districts nationaux et promu la formation d’Obédiences nationales indépendantes d’elle avec pour tête de pont et fer de lance la Grande Loge du Sénégal et la Grande Loge du Gabon. Conformément à une tactique bien établie, il s’agit d’intéresser d’abord les Chefs d’Etat (qui ont vocation à devenir GM de ces Obédiences nationales) et de drainer derrière eux les cercles dirigeants et les milieux d’affaire. Cette Franc-Maçonnerie là prospère dans de nombreux Etats d’Afrique subsaharienne y compris dans ceux qui, à l’exemple de la Côte d’Ivoire, connaissent des tensions internes fortes.

Annexe 2


La F.:M.: féminine à Madagascar

A Madagascar, le GRM a connu une histoire particulière puisqu’elle a créé en son sein, des LL.: d’adoption pour accueillir les épouses des FF.: (issus du GOdF et de la GLdF). Des SS.: initiées en France, en particulier à la GLFF, ont poussé les LL.: d’adoption à réclamer un statut et des prérogatives identiques à celles des FF.: au sein du GRM. Il s’en suivit une véritable rupture qui conduisit les SS.: à se rapprocher de la GLFF. Contrairement aux autres pays africains, les SS.: ont été assez nombreuses pour créer un nombre suffisant de LL.: et donc pour créer leur propre Obédience, autonome, avec patente de la GLFF : la Grande Loge Féminine de Madagascar (GLFM).

Les relations avec le GRM se sont ensuite suffisamment améliorées pour qu’elles changent le nom de cette Obédience et en adoptent un nouveau qui rappelle bien la filiation originelle : le Grand Rite Malgache Féminin (GRMF).



[1] C’est cependant sous l’égide du GOCB qu’elle a fêté son centenaire en mai 2006.

[2] Le fleuve Niger prend en effet sa source en Guinée.

[3] devenu depuis peu la Grande Loge Unie du Cameroun (GLUC)

[4] devenu depuis peu la Grande Loge Symbolique du Gabon (GLSG)

[5] Le GOdF est également présent dans les DOM et les TOM de la zone : à Mayotte (1 L.:) et à la Réunion (5 LL.:)

[6] La GLdF est également présente dans les DOM et les TOM de la zone : à Mayotte (1 L.:) et à la Réunion (3 LL.:)

[7] créée en 1962

[8] Ce statut conduit à la nomination par le Suprême Conseil de l’Obédience d’un « Délégué auprès de la Juridiction »

[9] Lors d'un pré-colloque interafricain sur "Traditions et Rites Africains" (le colloque prévu l'année suivante à Dakar n'a pas pu avoir lieu).

[10] Jusqu’en 2000 (REHFRAM de Madagascar), le développé de REHFRAM était « Rencontres Humanitaires Africaines et Malgaches »

[11] A l’exception de la première année, en 1992, et de 1999. En 1992, il s’agissait en effet au départ d’une initiative des LL.: de Dakar (Sénégal) : du GOdF, de la GLdF et du DH (Fédération Française à l’époque). En 1999, au Togo, ce sont les LL.: du GOdF, de la GLdF, du DH International et de la GLFF qui organisèrent les REHFRAM.

[12] Un Comité d’Organisation local est mis sur pied qui comprend en général, non seulement les représentants des Obédiences nationales/locales membres de la CPMAF, mais aussi des FF.: et des SS.: des autres Obédiences lorsque celles-ci ont des LL.: dans l’Or.: : cas à Madagascar (pour les REHFRAM 2000) où les LL.: du GOdF, de la GLdF, du D.:H.: et d’autres Obédiences de l’Océan Indien ont prêté main forte aux LL.: des Obédiences nationales, membres ou non de la CPMAF

[13] Environ 600 participants à Lomé en 1999, 350 à Lomé en 2006.

[14] Il y avait deux sujets (un symbolique et un social) à traiter jusqu’en 1998. Les sujets sociaux, propres à l'Afrique, ont été : 1992 (Dakar) "Quel rôle le FM peut-il jouer dans la lutte contre le sous-développement ?", 1993 (Douala) "Hors du Temple, qui es-tu FM ?", 1995 (Abidjan) "Le 3ème millénaire, comment les FFMM d'Afrique le préparent-ils ?", 1996 (Libreville) "Quel sens donner au message et à la pratique maçonnique en Afrique à l'orée du 21ème siècle ?", 1997 (Cotonou) "Comment organiser la formation et l'éducation de l'Homme pour l'évolution de l'Afrique ?", 1998 (Libreville) "La pauvreté et ses conséquences sur la démocratie en Afrique. Quelles perspectives suggérer ?", 1999 (Lomé) "Comment assurer la création et le juste partage de la richesse en Afrique ?", 2000 (Antananarivo) "Traditions africaines et tradition maçonnique à l'orée du 3ème millénaire", 2001, à Douala (Cameroun) « Poursuivons au dehors l’oeuvre commencée dans le Temple : pourquoi et comment ? », etc.

[15] En général ces REHFRAM se déroulent un vendredi et un samedi. Elles sont précédées le jeudi d’une rencontre des dignitaires des Obédiences membres de la CPMAM pour débattre de questions d’intérêt commun. Les dignitaires des Obédiences du Nord amies, présents, sont invités à rejoindre les précédents en fin de journée. Les REHFRAM elles-mêmes se terminent, après deux jours de travaux essentiellement consacrés au sujet préparé et accessoirement à la lecture de messages des Obédiences (du Sud comme du Nord), par des agapes fraternelles et parfois d’un bal (ce fut le cas à Madagascar)


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