Blaise DIAGNE, le précurseur controversé
- F. H -                   

J’ai rencontré le personnage de Blaise Diagne en consultant le forum internet de nos frères de la respectable loge l’E.:  en avril 2005.

Il fut le premier député noir africain à l’assemblée nationale, le premier africain noir dans un gouvernement français, le premier africain noir au conseil de l’ordre du Grand Orient de France.

Ayant pris ma décision de faire une planche sur ce frère, je me suis rendu sur des sites internets africains comme celui de Grioo.com .Sur ce site Diagne apparaît comme un défenseur du travail forcé.

Cette allégation m’a beaucoup troublé. En effet cela ne collait pas avec la personnalité de Blaise Diagne . J’ai donc beaucoup travaillé et beaucoup cherché.  .Je suis arrivé à un document d’une trentaine de pages qu’il a fallu réduire en ne gardant que l’essentiel pour mettre fin aux polémiques.

Je vais tout d’abord vous présenter brièvement la vie et la personnalité de Blaise Diagne . Ensuite, je vais tenter de répondre à trois controverses :

  • 1. Diagne et la force noire.
  • 2. Diagne et  le panafricanisme .
  • 3. Diagne et le travail forcé .

  • Jeunesse

Galaye M'Baye Diagne est né le 13 octobre 1872 sur l’île de Gorée au Sénégal ; «  Je suis le fils d'un cuisinier nègre et d'une pileuse de mil ! », lança, comme par défi, Blaise Diagne, lors de sa campagne législative de 1914.

Inscris à l'Ecole élémentaire des Frères Ploërmel de Gorée ; les Frères le baptisèrent sous le nom de Blaise Adolphe [1] .

Boursier du gouvernement,il suit de brillantes études secondaires [2] ; en 1891, il est reçu au concours des douanes coloniales où les places occupées par des africains sont assez peu nombreuses à l'époque. Commence alors une longue errance à travers l'outre-mer français  [3] : Marié à 37 ans, il est père de trois garçons : Adolphe qui a fait sa carrière dans l’armée française où il deviendra médecin-général et compagnon de la libération, Raoul premier footballeur professionnel noir en équipe de France et longtemps entraîneur en équipe de l’AOFet Rolland fonctionnaire dans les chemins de fer, le seul à avoir suivi les traces de son père en embrassant une carrière politique et en participant à la formation du Rassemblement démocratique africain (Rda) . Notre frère Rolland Diagne a été initié en 1980 dans la loge qui porte le nom de son père à Dakar, il est passé à l’orient éternel en 1994 [4]

 En butte à une administration coloniale murée dans ses préjugés [5] , Diagne ne sombre pas dans le ressentiment. II cherche d'autres voies vers une idéale « France des lumières » et pense les trouver dans la franc-maçonnerie parallèlement à sa carrière dans l’administration des douanes .

  • La franc-maçonnerie.

C'est à la loge « l'Amitié » de Saint-Denis de La Réunion qu'il sera initié à 27 ans, le 21 septembre 1899. [6]

. Il est compagnon, le 25 juin 1900. Il accède à la Maîtrise le 17 février 1901 . La Réunion présente l’avantage d’avoir un statut juridique où tous les habitants sont électeurs ce qui favorise l’égalité et les relations interraciales [7] . Selon ses affectations, Blaise Diagne travaillera dans différents Ateliers comme l'Indépendance Malgache de Tamatave (1906) dont il est le Vénérable fondateur, à la « France Australe » de Tananarive (1907) et participe pendant quelques années à l’activité politique et maçonnique de Madagascar. Il a été par ailleurs consacré au 18ème degrés (grade symbolique Chevalier Rose-Croix) au Chapitre « L’Amitié » de Saint Denis de la Réunion . On le retrouve parfois dans les banquets solsticiaux comme en 1907 à la loge « France Australe » où il prononce un discours militant en faveur de la laïcité dans les colonies . Pendant son séjour en Guyane, il s’affilie à la Guyane républicaine Orient de Cayenne (1911) et à l'Union Guyanaise Orient de st Laurent du Maroni . Il s’affilie à la loge les Inséparables du Progrès à l’Orient de Paris en juillet 1906, il démissionne en décembre 1919. Il sera membre fondateur de la loge franscisco ferrer de la Grande Loge de France à l’orient de Paris le 15 février 1910, il démissionne en février 1920 . Ensuite, il s’affilie à la Loge Pythagore Orient de Paris le 27 février 1922, où il fréquente les ateliers dit supérieurs [8] . Il fut le Vénérable Maître de 1922 à 1924 puis vénérable d’honneur ad vitam de cet atelier .

Blaise Diagne est, en 1922, l’orateur du convent du Grand Orient . Il est la même année le premier franc-maçon de couleur à accéder au Conseil de l'Ordre du Grand Orient. Il y reste jusqu’en 1924. Membre du Comité permanent des loges d’outre-mer, créé en 1919 par le Grand Orient, il s’occupe en particulier des loges d’Afrique, et pendant un temps de celles de Madagascar. Enfin, en tant que député et franc-maçon, il assure la présidence de la fraternelle parlementaire. Diagne a présenté de nombreuses planches . La plus part sont des planches politiques sur les colonies.(l’égalité des races, la polygamie en AOF, la situation politique en Indochine).

Il y a une contradiction dans le parcours maçonnique de Blaise Diagne :il ne fut jamais membre d’une loge sénégalaise . Il y a une explication possible :

- Les loges sénégalaises accueillent des blancs expatriés dont de nombreux fonctionnaires et Diagne est jugé anti-blanc par l’administration coloniale et souvent critiqué anonymement par la presse coloniale. Il se méfie de ces frères de Dakar [9]

En septembre 1913, l’administration lui accorde, un « congé de convalescence  à passer entre France et Sénégal ». Ainsi Diagne [10] , , pourra être candidat aux élections législatives de 1914, dans son pays natal.

  • La députation.

Au sein de l'AOF (Afrique occidentale Française), créée en 1895, le Sénégal, siège de la capitale fédérale (St Louis puis Gorée et enfin Dakar), joue un rôle important [11] . La circonscription législative du Sénégal comporte les quatre communes de Dakar,Gorée ,St Louis et Rufisque.

Jusqu'en 1914 la vie politique et économique de la colonie est dominée par les grandes familles bordelaises (Lesieur ,Teisseire …) et par les métis qui se partage le pouvoir [12] .

Avant Diagne, aucun noir africain n’a jamais été élu député. Ce dernier part avec un désavantage : il est inconnu de la plu part des électeurs [13] . Il bénéficie néanmoins du soutien de nombreuses personnalités africaines anti-coloniales [14] .. Avec le chef des « Jeunes Sénégalais », Lamine Guèye, Diagne crée la Démocratie du Sénégal, journal « républicain et social » 

organe du parti des jeunes Sénégalais.

. Diagne cristallise les espoirs d'une génération qui rêve de se voir représenter par un Noir au palais-Bourbon [15] .

: « ils disent que vous n'êtes pas français et que je ne suis pas français ! Je vous dis que nous le sommes, que nous avons les mêmes droits » [16] .

  La campagne électorale est très houleuse. Les propos sont acides. Blaise Diagne est accusé, par ses adversaires, de fanatique, d’hypocrite et de démagogue cherchant à introduire les questions raciales dans les colonies. « son nom est wolof, son prénom catholique et il est franc maçon » dit-on contre lui.

Lors du second tour qui a lieu le 10 mai, Diagne l’emporte Cependant, sa victoire semble prendre tout le monde de court : de Paris, le ministre des colonies abasourdi, exige des explications. Les plaintes des marchands de Bordeaux s’accumulent sur le bureau du gouverneur général, William Ponty. Le nouvel élu Diagne profite aussi du vote à bulletin secret, utilisé pour la première fois au Sénégal au cours de ce scrutin. Les inscriptions sur les listes sont massives ; Blaise réussit à faire passer ses idées au niveau de la bourgeoisie franco-créole ;le professeur d’histoire contemporaine Iba der Thiam a parlé de la « révolution du 10 mai 1914 »  : « une révolution pacifique qui, sans poser la revendication de l'indépendance nationale, postulait néanmoins, en termes non équivoques, celle de la dignité, de l'égalité et du progrès » [17] .

Blaise Diagne arrive au palais-Bourbon en juillet 1914, pour rejoindre certains de ses frères (Faure, Violette et Candace) au parti républicain socialiste fondé en 1910 par Viviani, qu’il quitte pour les non-inscrits en 1918 jusqu’en 1931 où il s’inscrit au groupe des indépendants de Georges Mandel (l’ancien chef de cabinet de Clémenceau en 1917).

En 1915, Diagne [18] réussit à faire voter une loi conférant la nationalité française aux sénégalais issus des quatre communes,( Saint-Louis, Gorée, Dakar, Rufisque) notamment parce que ceux qui en étaient originaires étaient incorporés dans les troupes coloniales sans bénéficier des mêmes avantages que les troupes françaises. Mais l’administration coloniale résiste à la volonté d’assimilation et d’égalité en ayant une lecture restrictive de la loi . Un an après, cette loi est renforcé. C’est ainsi que toute personne descendant directement d‘une personne née dans les quatre communes est et demeure un citoyen français qu’elle y réside ou non.

Diagne ,membre de la ligue des droits de l’homme aux cotés de Ferdinand Buisson, se signale à plusieurs occasions par ses prises de position pour le respect des droits de l’homme [19]  :

En 1918, il intervient pour défendre Sananke Mory, fils de Samory Touré, le symbole de la résistance africaine à la colonisation ,dont il sollicite et obtient la fin de l’exil.

 En 1919, deux touristes américains font expulser deux officiers africains d'un bus (Ne comprenant pas que la ségrégation raciale ne soit pas appliquée en France), Diagne proteste au Parlement ce qui conduit le président Poincaré à se prononcer publiquement contre les discriminations liées à la couleur [20] .

Tous ces combats pour l’égalité ne se font pas facilement :

Diagne est caricaturé en anthropophage dans le Figaro avec la légende suivante : « Diagne frère trois points, député du Sénégal, fondateur et sorcier du groupe parlementaire maçonnique. Justement redouté de ses adversaires : son père, en effet, mangeait du blanc. »

Diagne est également victime des campagnes du parti communiste. Les communistes ont quitté la LDH en 1922 après son exclusion par le Kominterm.


  • Blaise Diagne, un homme de controverse.

1. Première controverse. Blaise Diagne et la force noire.

En 1914, c’est la mobilisation générale contre l’Allemagne.

Toute la société et l’ensemble du monde politique adhèrent à l’union nationale contre l’Allemagne et ses alliés.

 Le décret de mobilisation du 9 octobre 1915 permet de lever 51.000 hommes au Sénégal et au Soudanet provoque de nombreux troubles [21] . L’intervention de Blaise Diagne est alors décisive. Au Parlement français, il est considéré comme la voix de l’Afrique. Il propose d’échanger « l’impôt du sang » contre l’octroi « aux plus évolués de la population africaine » de la citoyenneté française. Ses propositions, débattues à l’Assemblée, aboutiront, en mars 1916 à une loi accordant aux natifs de quatre communes, Gorée, Dakar, Saint-Louis, Rufisque, de n’être plus des sujets mais des citoyens, ce qui implique le service militaire. Pour eux, « l’égalité est reconnue à travers le sacrifice ». Ce droit fut obtenu avec de nombreuses difficultés . En effet, l’administration française y était fermement opposée.

La guerre franco-allemande sera sanglante, en particulier pour les forces noires envoyées de façon massive sur la Somme, à Verdun, puis au Chemin des Dames

C’est dans ce contexte d’unité nationale contre la barbarie allemande que Blaise Diagne va aller plus loin  

Il est donc sollicité par Clémenceau qui crée un poste spécifique pour lui dans son gouvernement et l'envoie en mission en Afrique. Il devient le 16 janvier 1918, commissaire de la République dans l'Ouest africain puis, le 11 octobre, commissaire général aux troupes coloniales avec rang de sous-secrétaire d’Etat aux Colonies et de gouverneur. II conserve ces fonctions en 1920 et 1921, dans les cabinets Millerand, Leygues et Briand. 

Joost Van Vollenhoven, nouveau gouverneur général de l'AOF s’oppose au recrutement des africains et à la nomination d’un gouverneur-bis sous le prétexte officiel que « les pouvoirs de la République ne se partageaient pas comme une brioche ». mais en réalité fils de colon d’Algérie, il acceptait mal de partager ses pouvoirs avec un noir. Désavoué, il va sur le front où il est tué au combat (situation paradoxale où un gouverneur blanc de l'AOF défend la non-participation des africains alors que Diagne doit les convaincre de participer à l’effort de guerre).

Au Sénégal, le nouveau gouverneur Gabriel Angoulvant qui rechigne à le recevoir est prié par Clémenceau d’accueillir Diagne à sa descente de bateau avec tous les honneurs dus à son rang. Diagne réussit à convaincre ses interlocuteurs africains du bien-fondé de sa démarche et plus de 80 000 africains rejoignent les rangs de l’armée française.

L’année 1918 voit donc la montée en puissance de Blaise Diagne, élevé à la dignité de commissaire de la République. Son prestige en Afrique est immense. Il est chargé de faire à nouveau appel à la force noire, mais il veut que l’on offre des contreparties à ses concitoyens. Le « réservoir africain » fonctionne durant cette dernière année de guerre qui doit ouvrir des perspectives nouvelles pour les Africains qui ont servi sous les drapeaux français. L’armée coloniale est née ; elle aura son école, Blaise Diagne y croit : « Il y a le plus grand intérêt au point de vue politique et social à faire passer le plus grand nombre possible par l’Ecole de l’Armée de façon à ce qu’ils soient rendus à leur colonie d’origine plus instruits et mieux pénétrés de l’influence française. » .C’est-à-dire avec la nationalité [22] .

Blaise Diagne fut victime d’une campagne menée par le parti communiste en 1927. Jacques Duclos lui reprochait d’avoir envoyé ses compatriotes à la guerre et de rester à l’abri. Blaise Diagne répond « J’étais ici avec de nombreux collègues, en 1914, qui sont restés à leur banc pour remplir leur devoir, tout comme moi. J’ai d’ailleurs été mobilisé, bien que je ne dusse aucun service militaire, et je suis resté six mois sous les drapeaux. Je ne m’en suis pas fait avantage. Je suis plus modeste à ce titre que vous et certains autres ».

Diagne en tant que haut-commissaire a donc obtenu :

  • la nationalité pour les anciens combattants .
  •  la création de l’école de Médecine de l’AOF (janvier 1918) jusqu'à cette date seules les études vétérinaires étaient permises aux africains 
  •  la création du lycée Faidherbe de ST Louis (juin 1919) jusqu'à cette date seule l’école primaire était ouverte aux africains.

Tout ceci c’est fait  malgré l’opposition de l’administration coloniale.

La Grande Guerre constitua une rupture au sein même de l’Afrique Occidentale Française. Les modifications apportées aux structures coloniales, les changements dans les mentalités, notamment suite aux récits des anciens combattants, la prise de conscience des évolués qui pour certains suivent les traces de Blaise Diagne, et pour d’autres prennent une voie radicalement différente, transforment les regards et les relations de part et d’autre de la barrière coloniale.

2. Deuxième controverse. Blaise Diagne et le Panafricanisme .

Blaise Diagne, ami de Georges Clèmenceau le président du conseil, obtient le droit de réunir le premier congrès panafricain à Paris pendant la session de la conférence de paix de 1919. « ne le criez pas sur les toits, mais allez-y » dira Clèmenceau à Diagne.

Qu’est ce que le Panafricanisme ?

Ce mouvement apparaît au début du XIX éme siècle, mais le terme lui-même apparaît en 1900 lors de la conférence panafricaine de Londres [23] . Le Panafricanisme c’est le fait de rassembler la communauté africaine mondiale.

Il y a à l’époque plusieurs organisations qui se réclament du Panafricanisme :

Une des principales organisations est l’UNIA (Association universelle pour l’amélioration des nègres) crée par Marcus Mosiah Garvey à Kingston en Jamaïque en 1914.

[24] Pour Garvey, le panafricanisme repose sur trois concepts :

1)      La race d’abord : l’intérêt racial des africains avant tout.

2)      L’autosuffisance :les africains doivent œuvrer pour eux-mêmes.

3)      Le statut national :l’Afrique aux africains ceux du continent et ceux de l’étranger.

Ces idées vont marquer les hommes politiques noirs de Kwame Nkrumah père de l’indépendance Ghanénne à Malcom X .

Il y a les mouvements communistes comme celui de Georges Padmore.

Enfin il y a le mouvement dirigé par l’américain William Edward Burghardt Du Bois organisateur de la NAACP (Association nationale pour la promotion des gens de couleur) en 1909. WEB Dubois est le partisan de l’intégration interraciale. C’est ce mouvement que Diagne va promouvoir.

Le 1er Congrès de Paris.

Il accueille 57 représentants originaires des colonies africaines,du Libéria , d’Abyssinie, des Antilles,des Etats Unis,d’Haïti, d’Afrique du sud au Grand Hôtel, Boulevard des Capucines du 19 au 21 février 1919. Ainsi que des parlementaires noirs Français :Gratien Candace,

l’ami guadeloupéen de Diagne, Joseph Lagrosillière (Martinique) et René Boisneuf (Guadeloupe).

Ce congrès suscite un vif intérêt parmi les délégations de la conférence de paix en particulier venant des pays ayant des intérêts en Afrique. Seuls les Etats-unis semblent désapprouver la présence de WEB Du Bois à Paris.

Le Congrès se montre très critique à propos du ségrégationnisme américain, mais il n’y a aucune critique du colonialisme français. À une question de Marcus Garvey, Diagne répond : "Nous africains de France avons choisi de rester français puisque la France nous a donné la liberté et qu’elle nous accepte sans réserves comme citoyens égaux à ses citoyens d’origine européenne. Aucune propagande, aucune influence de la part de Noirs ou de Blancs ne peut nous empêcher d’avoir le sentiment que la France seule est capable de travailler pour l’avancement de la race noire."Lors de ce premier congrès, il est demandé à la conférence de paix de laisser les colonies des vaincus sous une gestion internationale. La conférence de paix suivra cet avis en plaçant ses territoires sous des mandats.

Le Deuxième congrès Panafricain.

Il se déroule successivement en trois sessions à Londres, Bruxelles et Paris en Août et septembre 1921 . À Paris, le congrès se réunit rue Blanche dans la salle des Ingénieurs, Il est présidé par Blaise Diagne, aidé par ses lieutenants Lamine Gueye et Amadou Dugay Clédor. De nombreux partisans de Garvey sont là ainsi que WEB Du Bois. Le congrès insista sur l’idée d’égalité raciale comme fondement sur lequel peut être édifié l’autodétermination nationale. Diagne s’oppose aux partisans de Garvey à propos d’une communauté multinationale noire dirigée par des noirs étrangers à l’Afrique.

Diagne reste partisan d’une coopération pacifique entre blancs et noirs permettant un développement en Afrique Ainsi, il dit « Isoler la race noire et la laisser travailler seule à sa propre évolution est une occupation ridicule. Pour ma part, il ne me convient pas de compromettre, par un geste inutilement téméraire, une cause juste »

 Diagne a choisi Web Du Bois car il pensait que Garvey était communiste. En réalité Garvey ne sera jamais communiste, mais Web du bois rejoindra le parti communiste en 1961 après avoir renoncé à sa nationalité américaine peu avant sa mort.

Diagne s'est parfois comporté en visionnaire : ainsi en 1927, quand il a proposé d'instaurer une représentation parlementaire de l'ensemble des « indigènes non-citoyens » de l'empire colonial.

Pourtant malgré tout ces combats Diagne n’est pas considéré comme un homme politique panafricain.

Ces détracteurs lui reprochent ces idées d’assimilation.

Cependant en 1927, il dit :

« Il est permis à tout esprit d’envisager qu’un jour viendra où en pleine maturité, les races noires pourront être maîtresses de leurs destinées ».

L’aboutissement de l’assimilation apparaît dans la constitution du 27 octobre 1946 qui donne la qualité de citoyen à tous les ressortissants des territoires d’outremer ; mais en 1946 , c’était trop tard.

3. Troisième controverse. Blaise Diagne et le travail forcé .

Cette dernière controverse fait l’unanimité des auteurs contre Diagne. Ses défenseurs comme notre frère Fred Zeller préférant oublier ces aspects. Pourtant le contexte peut expliquer beaucoup de choses :

Tout d’abord revenons à l’idée de Diagne :le développement économique d’une Afrique française où tous les hommes sont à égalité dans la république . Ainsi je cite Diagne devant la chambre : «  Par leur effort de travail et l’éducation qu’ils feront sous l’égide de la France, les 50 millions et plus de ces territoires d’outre-mer seront un des meilleurs instruments de relèvement et de vitalité de la métropole »

« En effet, nos grandes colonies sont des colonies d ‘exploitation. Vous ne pouvez pas vous métropolitains, y faire du peuplement. Il est donc essentiel que vous mettiez la main d’œuvre indigène en bonne posture, pour à la fois travailler et se développer. »

Diagne n’évoque pas le travail forcé, mais ses détracteurs en particulier communistes vont entretenir la diffamation.
Ensuite la conférence du Bureau International du Travail (le B.I.T) sur le travail forcé ou obligatoire.
L’assemblée de la société des nations avaient en 1926 lors de la convention sur l’esclavage attiré l’attention de l’Organisation Internationale du travail (L’O.I.T) sur l’importance pour le B.I.T de continuer ses travaux sur le travail forcé.  La conférence est précédée d’une étude préalable réalisée par une commission . Cette dernière doit questionner les états membres

.En 1915, la France avait codifié le travail forcé :Il était de 15 jours par an en AEF, de 8 à 10 jours par an en AOF et de 4 jours par an au Sénégal .
La France se déclare favorable à l’interdiction à condition d’une période transitoire correspondant au degré d’évolution ethnique et sociale des populations . Chaque nation est représentée par quatre délégués : deux délégués gouvernementaux, un délégué patronal et un délégué ouvrier. Le vote est libre.

Blaise Diagne sera un des deux délégués gouvernementaux et Léon Jouhaux de la CGT sera le délégué ouvrier à Genève.

 Le 25 juin 1930, Diagne s’écria «  Nous sommes pour la suppression aussi rapide que possible de cette plaie sociale dont souffrent les races à l’une desquelles j’appartiens » Et il ajoute « Mais nous vous demandons en même temps de ne pas nous offrir une arme à double tranchant, qui servirait, d’une part, à trancher les liens d’asservissement, et d’autre part, nous laisserait dans une infériorité qui, précisément doit disparaître ».

Le projet d’interdiction du travail forcé est voté par la conférence par 93 voix sans aucune opposition mais avec beaucoup d’abstentions et après d’ardentes discussions . La France s’abstient car le gouvernement refuse adhérer à des clauses secondaires. En particulier : l’interdiction d’employer à des travaux publics une partie du contingent militaire. Cependant, le travail forcé est autorisé à titre transitoire pour des fins publiques et à titre exceptionnel [25] . La seconde guerre mondiale empêchera son application. Le travail forcé sera aboli en 1946 par une proposition de loi initiée par le député Houphouët Boigny, président du RDA.

Enfin, certains auteurs accusent Diagne d’avoir nié l’existence du travail forcé. Pour se faire, ils confondent le travail forcé et les contrats d’engagement à long terme. Ces contrats, ont été dissociés du travail forcé par le BIT dirigé par le socialiste Albert Thomas pour permettre la mise en valeur des territoires par des entreprises privées. Cette mise en œuvre est évoquée par le convent de 1923 du GODF dans ses conclusions : « les colonies sont des créations d’humanité, des conquêtes morales dont l’économie serait complémentaire de celle de la métropole . La sagesse des colonisés les écartera d’une indépendance qui ne serait qu’impuissance . La colonisation c’est le droit du plus fort à aider le plus faible : c’est la politique d’association ». C’est dans ce cadre de développement économique que se place Diagne, il est violemment pris a parti par une campagne menée par le journal l’Humanité comme un défenseur du travail forcé ainsi d’ailleurs que Jouhaux dont la CGT est séparé de la CGT –U communiste depuis 1920.Les communistes n’hésitants pas à faire l’amalgame avec la construction du chemin de fer Congo océan par la société privée les chantiers des Batignolles .Cette construction étant un mourroir et une des pages les plus sombres de la colonisation française.

Diagne est sollicité  le 26 janvier 1931 par Pierre Laval pour entrer dans son cabinet comme sous-secrétaire d’Etat aux colonies, fonctions qu’il conservera dans les 2e et 3e cabinets de Laval jusqu’au 19 février 1932. Ses détracteurs l'accuseront d’être un vieux politique coupé des réalités africaines dans son ministère... Pourtant, il livre au début des années 30 la "bataille de l’arachide" en usant de toute son influence politique et en mobilisant tous ses réseaux économiques et politiques pour que la chambre des députés accorde une subvention à l’arachide sénégalaise victime de la crise mondiale qui sévit en ce début des années 30.

.La bataille livrée pour obtenir des subventions pour l'arachide sénégalais a affaibli Diagne qui est malade. Alors qu'il est en voyage officiel en AOF en avril 1933, Diagne ressent un malaise. Il est atteint de tuberculose et est rapatrié en France. Il décède le 11 mai 1934 dans les Basses-Pyrénées à Cambo les Bains d’une pleurésie.

Il est enterré à l’entrée extérieure du cimetière musulman de Dakar, ville où il fut Maire de 1924 à 1934.

En conclusion [26] ,je souhaite vous lire un texte de Abdoulaye Wade Président de la République du Sénégal à propos de Blaise Diagne.

« Ce sont des intellectuels, anciennement marxistes, qui ont jeté aux orties, dans le même panier, le pouvoir colonial et les hommes politiques d'avant l'indépendance, sans comprendre que ceux-ci luttaient dans des conditions spécifiques. Il faut n'avoir pas connu la nature du pouvoir colonial pour considérer Blaise Diagne comme un « collabo », alors qu'il fut un très grand Africain, ardent combattant pour l'égalité et la justice. Il a fait participer les Sénégalais à la guerre de 1914 pour qu'en contrepartie, ils obtiennent la nationalité française. Pour lui, l'objectif devrait être l'assimilation totale des Sénégalais aux Français ; mais dans son esprit, assimilation signifiait égalité, pas identité. Blaise Diagne était très fier de ce que Senghor appellera plus tard la négritude ».



 

  • Bibliographie.

Ouvrages sur Blaise Diagne.

- Amady Dieng, Blaise Diagne ,premier député africain.
-JL Domergue, Blaise Diagne ,Paris ,1994.
-Article de J.L. Domergue, p 56-58 in « Humanisme » n° 216, juin 1994
-Article de Fred Zeller, p 33-39 in « Humanisme » n° 95, mars avril 1973
-Georges   Odo Article publié dans "L'histoire" n° 256 de 2001
-Brochure Br 2146 de la « Fraternité Africaine », « Blaise Diagne, 1872-1934 », sans date, 24p, --Archive du Grand Orient de France.
- Paul Yange Blaise Diagne (1872-1934).
- Abdou Rahmane Mbengue, Blaise Diagne.
- G W Johnson The rivalry between Diagne and Merlin for political mastery of french west Africa.

Ouvrages Généraux.

- Dictionnaire des parlementaires français ,tome IV.
- Hesseling,Histoire du Sénégal.
- Retour de Moscou, les archives de la LDH.1898-1940.
- Iris Schmeisser ,Paris and the black diaspora in the interroi years.
- Tony Martin ; le panafricanisme de 1441 au Xxéme siécle
- Combes A.  Les trois siècles de la Franc-Maçonnerie Française Edimaf 1987
- Girardet R. L'idée coloniale en France  Hachette 1995
- Ligou D.  Dictionnaire universel de la Franc-Maçonnerie  Navarre 1974
- Odo G. La franc-Maçonnerie en Afrique  Edimaf 2000
- Odo G. La Franc-Maçonnerie dans les colonies  Edimaf 2002
- Jean Martin, Lexique de la colonisation française, Dalloz, 1988, 395p
- Marc Michel Les Africains et la grande guerre. L'Appel à l'Afrique,.
- Convention sur le travail forcé,Genéve ;1930.
- Iba der thiam  Combat des populations africaines pour la démocratie.



[1] Galaye fut « placé » comme domestique dans plusieurs familles métisses. Adolphe Crespin, qui faisait figure de patriarche parmi les métisses de Gorée, remarqua le jeune Diagne pour son intelligence. Il l'adopta .

[2] envoyé à Aix-en-Provence jusqu’en 1889 par son père adoptif, le jeune Diagne revient malade : c'est à Saint-Louis qu'il achèvera ses études (il est major de sa promotion en 1890).

[3] il est commis de 2e classe en janvier 1892 au Sénégal ensuite au Dahomey (novembre 1892), puis est muté au Congo (1897), où le secrétaire général du gouvernement lui reproche de se poser en « émancipateur de la race noire » ; affecté à La Réunion (1898-1902), puis à Madagascar (1902-1906), il est « blâmé avec inscription au dossier » par Gallieni. La colonie européenne lui manifeste son hostilité : il a une liaison avec une jeune française, Marie Odette Villain, qu'il épousera en 1909.

[4]  Diagne est également le père d’ une fille , Odette, qui mourut à l’âge de 9 ans.

[5] En 1910, Blaise Diagne est nommé en Guyane, à Cayenne : le gouverneur, appelé à le noter, l'accuse de souffrir d'une « indigestion d'assimilation ». Il est très bien noté et cependant son supérieur hiérarchique dit de lui « C’est un employé dont je demande à tout prix de me débarrasser »

[6] Pour un auteur, Amady Dieng, il a d’abord été éconduit par la loge de Saint-Louis . Mais Monsieur Dieng ne donne aucune date . Je pense que c’est uniquement pour justifier le fait que Blaise Diagne ne fera jamais partie d’une loge sénégalaise par ressentiment selon cet auteur . Cette information n’est pas vérifiée .Une déclaration de Diagne mentionnerait son appartenance depuis 1892 mais il n’ y a pas de confirmation.

[7] Ces droits existent depuis 1833 pour les hommes libres et 1848 pour tous .

[8] Elevé au 30°degrés,il siége au conseil philosophique l’étoile polaire jusqu ‘a sa mort.

[9] Ainsi, il y a plusieurs exemples de demandes d’aides ou de subventions de la part de l’étoile Occidentale en 1931, l’atelier de Dakar. Diagne, sous secrétaire d’état aux colonies n’y a jamais répondu.

[10] sous l'influence des parlementaires de couleur des Antilles-Guyane, le député franc maçon Gratien Candace et le sénateur Alexandre Issac

[11] Soumise à l'autorité du gouverneur général la colonie est aussi dotée de trois institutions républicaines : la responsabilité municipale est détenue par les maires élus des quatre communes, la responsabilité des questions législatives échoit au Conseil général créé en 1879, le député assure le lien entre la colonie et la métropole.

[12] d’une part les grandes familles bordelaises, surnommées "les requins" par les Sénégalais assurent l'exportation des arachides, l'importation des biens de consommation et d’autre part les métis, surnommés "les traîtres" par les Sénégalais, ont le monopole des comptoirs de l'intérieur. Les Bordelais dirigent la politique économique, les métis la politique locale.

[13] il a quitté le pays en 1892 et il est incapable de faire de longs discours en Wolof et utilise le Français.

[14] Il est en contact avec l'association culturelle « l'Aurore », qui regroupe les « lettrés » africains, et le parti des « Jeunes Sénégalais », chez lesquels l'aspiration à l’égalité dans la citoyenneté française le dispute, déjà, a une volonté d'existence nationale

[15] « Je suis noir, ma femme est blanche, mes enfants sont métis, quelle meilleure garantie de mon intérêt à représenter toute la population ? » Diagne a parfaitement compris l’espoir qu’il représente chez les électeurs africains des quatre communes : le thème principal de la campagne électorale de Blaise Diagne est le maintien des droits historiques de vote et de citoyenneté des Africains des quatre communes

[16] On voit alors en lui celui qui allait prendre en charge les préoccupations du petit peuple. Ainsi son comité de soutien s’exprime en ces termes : « Si vous voulez avoir votre place au soleil, comme tout le monde, allez aux urnes, non plus pour vous donner un maître, mais pour choisir librement un ami, un parent, un défenseur de tous les instants .Vos adversaires tremblent à la seule idée de votre éveil politique et social ». Il faut donc barrer la route à ce petit nègre instruit. Les élections se préparent sur des feux ardents.

Au premier tour, le 26 avril 1914, Diagne est arrivé en tête. Il y a au total neuf candidats.

[17] Dans son Histoire du Sénégal, Mamadou Diouf, professeur à l'université d'Ann Arbor, fait le même constat : « la vie politique sénégalaise est contrôlée, jusqu'en 1914, par les Européens vivant dans la colonie et les métis. À cette date, Blaise Diagne met fin à leur hégémonie » ; et de préciser : « la vie politique sénégalaise connaît une très grande intensité, (...) mais les revendications sont surtout celles de l'assimilation et de l'égalité de traitement. Ni l'indépendance, ni l'autonomie ne sont à l'ordre du jour ».

[18] Son entrée dans la politique le conduit à s’engager concrètement dans la politique coloniale, dans laquelle il évolue depuis quelques années avec aisance. Il est le premier africain noir  à siéger au Palais-Bourbon. Cette élection ne fut pas du goût de tout le monde et des tentatives multiples sont relevées pour l’invalider. Blaise Diagne est pourtant réélu régulièrement par ses concitoyens jusqu’à sa mort en 1934. Son zèle de député français le pousse à intervenir dans les débats nationaux, ce qui fait grincer les dents des nombreux conservateurs, même dans les rangs maçonniques.

Pourtant Blaise Diagne est un acteur de l’idéal colonial maçonnique.

 L'assimilation de « l'indigène » est l'objectif retenu par la majorité des loges, soucieuses de servir un idéal de civilisation occidentale humaniste. La Franc-Maçonnerie se préoccupe des progrès de la médicalisation dans les territoires, de la scolarisation laïque, de la justice, de l'application des lois sociales, de la solidarité, de la liberté (d'opinion, de presse et d'association), de l'essor économique et technique. Autant d'éléments indispensables à l'assimilation. [18]

Certains francs-maçons vont plus loin, comme Blaise Diagne qui demande pour les autochtones, sujets français, la citoyenneté accordée aux « vieilles colonies » que sont les Antilles et la Réunion. Cette approche s'accompagne de l'intérêt porté par les Maçons pour le système de l'association des autres colonies, dont Albert Sarrault se fait l'avocat. Mais en tout état de cause il ne s'agit à aucun moment d'indépendance.

Blaise Diagne est donc assimilationniste comme de nombreux hommes de son temps. C ‘est également un homme qui s’investit dans la ligue des droits de l’homme avec Ferdinand Buisson.

[19] Pour la LDH, la solution est dans l’assimilation et même la francisation par l’école et l’enseignement du Français . Ainsi au congrès de 1926, les délégués s’inquiètent de l’apparition de ce qu’ils appellent des petites nations . Aujourd’hui, on parlerait de communautarisme. La LDH a 180,000 adhérents en 1931.

[20] En 1922, il se signale une nouvelle fois au Parlement prenant la parole au lendemain d'un scandale sportif qui a fait grand bruit : le boxeur Battling Siki, originaire du Sénégal (St-Louis), est dépossédé de son titre après sa victoire sur Marcel Carpentier par la fédération française qui revient sur la décision de l'arbitre. (Siki a gagné par KO, l’arbitre l’a déclaré perdant, mais les protestations du public contre une injustice flagrante l'ont conduit à redonner la victoire à Siki). "Si je m’exprime aujourd'hui" dira Diagne, "c’est pour que ce genre de choses ne se reproduisent pas à l’avenir. Il est inconcevable qu’on ait privé Siki de sa victoire simplement parce qu'il est Noir". Le titre sera finalement redonné à Siki malgré les critiques.

[21] Dès la fin 1915 : soulèvement des Bambaras au Soudan, nombreux troubles violents dans différentes régions. L'armée encercle les villages, s'empare des adultes et les emmène ligotés.

Les notables font preuve de prudence, les marabouts sont accusés d’avoir un discours ambigu, tous sont pris entre le besoin de s’accommoder des autorités coloniales et de soutenir les populations hostiles à la conscription.

[22] A son retour, il sera sollicité pour recevoir la légion d’honneur, récompense qu’il refusera d’accepter considérant n’avoir fait que son devoir. Le rôle de Diagne en cette fin de première guerre mondiale l'installe désormais comme un personnage incontournable dans les rapports entre la France et les colonies. Il ne fait cependant pas l'unanimité et ses détracteurs ne manquent pas de l'attaquer. Le journal "Les Continents" l'attaque en disant qu’il aurait reçu de l'argent pour avoir recruté des africains. Blaise Diagne poursuit l'éditeur en justice et Clemenceau témoigne en sa faveur, déclarant que Diagne avait mis fin à la "révolte des africains par la seule force de sa personnalité et que la question d'une quelconque récompense financière ou autre pour services rendus n'avait jamais été soulevée."

[23] organisée par Henry Sylvester Williams de l’île de Trinidad.

[24] Cette association comptera 1200 sections dans plus de quarante pays au milieu des années 20. 

[25] L’enquête de 1929 a donné lieu à deux rapports : Un majoritaire soutenu par Diagne et un minoritaire soutenu par Jouhaux.  Il y a eu un affrontement entre les deux hommes.

[26] Première conclusion présentée à Mantes le 16 mars 2006 :Blaise Diagne était assimilationniste, il refusait le communautarisme (les petites nations) et la ségrégation à l’américaine .Il défendait la citoyenneté mais en lui associant la reconnaissance des différences culturelles. Ainsi, il fut un des mentors de la négritude avant Senghor. C’est ce que nous appelons aujourd’hui, l’intégration.

 Pour lui, l’aboutissement ultime de l’intégration, le symbole de sa réussite était la nationalité.  Il fut un des initiateurs de la loi du 10 Août 1927 qui a assoupli les conditions de naturalisation et a renforcé le « jus soli ». Ce droit du sol qui a été remis en cause l’actuel ministre des DomTom du gouvernement Villepin.

 Il était également partisan du mariage mixte, indice positif d’intégration. En effet, depuis toujours, l’union des femmes et des hommes entre communautés constitue une mesure essentielle de l’intégration.

Enfin, il était partisan de la scolarisation, l’acquisition de la langue française confirmant la réalité d’une intégration en marche.

L’engagement de Blaise Diagne contre l’exclusion, l’enfermement communautaire et dans une tradition d’universalisme qui affirme l’égalité des hommes , la laïcité et  lutte contre les discriminations doit nous servir d’exemple aujourd’hui où le modèle français d’intégration semble en panne.

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